Critique : “Suffragettes” au Théâtre Darius Milhaud à Paris

Londres, au début du XXème siècle. Le spectacle musical Suffragettes, au Théâtre Darius Milhaud, nous plonge avec sobriété et intensité dans le combat des Suffragettes, ces groupes de femmes anglaises qui œuvraient malgré le mépris du gouvernement pour obtenir le droit de vote. 

Du devoir de mémoire pour celles qui ont dû se sacrifier

Inspirée de faits réels, la pièce de théâtre musical écrite par Camille Pouget nous raconte l'histoire de l'idéaliste et passionnée Emily Davison (interprétée par Justine Marec). Celle-ci rejoint le mouvement des Suffragettes par l'intermédiaire de sa tendre amie Annie Kenney (interprétée par Julia Brossard). Un des groupes du mouvement à l'écharpe violette est mené par la charismatique Christabel Pankhurst (interpretée par Agathe Mourier). Il effectue notamment des missions de tractage à Londres pour attirer l'attention du gouvernement et des citoyens sur la nécessité de permettre aux femmes de voter et ainsi participer à la vie politique de leur pays.

Éveillant trop d'intérêt dans les journaux de l'époque, ces dernières commencent à déstabiliser le pouvoir en place. Le gouvernement décide alors d'y mettre un terme en lançant une forte campagne de répression avec la police à l'encontre des militantes. Heureusement pour nous, elles n'ont pas plié devant les menaces, la violence, la prison et la torture. Le spectacle nous rappelle les sacrifices que ces femmes, brillamment incarnées par de jeunes comédiennes talentueuses, ont dû faire pour nous permettre aujourd'hui de jouir d'un droit que l'on considère facilement acquis.

Des moments forts et intenses

Si le sujet pourrait se prêter à de grandes démonstrations et déclamations, c'est avec une mise en scène simple et une interprétation toute en retenue, que les spectateurs découvrent l'histoire de ces femmes. A ce titre, l'intégration de la comédienne-pianiste Laëtitia Authié, par ailleurs créatrice des chorégraphies, est particulièrement ingénieuse.

Le public fait même partie de la scénographie puisque l'espace narratif exploite toute la salle du théâtreOn se retrouve au milieu des tractations, on est invité à signer des pétitions et à partager l'invitation à une grande manifestation contre les forces de l'ordre (ndlr : d'ailleurs les membres de Musical Avenue s'engagent puisqu'ils ont partagé les tracts et signé la pétition !). Une interactivité amusante qui détend l'atmosphère pesante, alors que l'on observe impuissants ces femmes risquent leur vie.

Car la tension est évidemment omniprésente, et est portée à son paroxysme lors de deux tableaux à couper le souffle très ingénieusement mis en scène. La première est celle de la manifestation à Londres lors de laquelle le gouvernement britannique a ordonné, pour la première fois, de procéder à un maximum d'arrestations et de ne pas hésiter à utiliser la violence pour réprimer et effrayer les militantes. La deuxième, pour nos trois héroïnes qui n'ont pas fui devant le déchaînement de police, c'est la prison où leur seront infligés sévices et tortures dans une scène très poignante et chorégraphiée au rythme d'un slam qui nous emporte littéralement.

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Une construction du récit à améliorer

Malgré un léger manque de rythme, le spectacle est très bien écrit au début. Sont en effet progressivement introduits les divers personnages et événements qui vont se dérouler sous nos yeux. Nous regrettons toutefois un manque d'ancrage plus fort dans l'Histoire, afin de permettre aux spectateurs de se repérer un peu plus facilement dans la chronologie de ce combat mondial des femmes, sans pour autant tomber dans le spectacle encyclopédique.

Les chansons - relativement peu nombreuses - de Suffragettes sont bien écrites et s'insèrent plutôt bien dans l'intrigue. Nous avons particulièrement apprécié les séquences avec percussions et chorégraphies, qui permettent de renforcer l'intensité dramatique des scènes concernées. Le niveau de langue soutenu est également appréciable, même si l'écriture relativement dense mériterait un petit allègement car le débit des comédiens est assez rapide, et demande beaucoup de concentration aux spectateurs.

Enfin, si l'on est séduit par ce spectacle attendrissant et saisissant qui ne sombre jamais dans le pathos, le charme se rompt quelque peu sur le final. Déjà, il est difficile à identifier et les spectateurs ont longuement hésité avant de commencer à applaudir. Surtout, il nous laisse un peu sur notre faim au milieu d'un moment historique, sans mettre cet événement en perspective sur la suite du combat qui mènera finalement au droit de vote des femmes. 

Le spectacle va encore évoluer et s'améliorer et atteindre le format idéal pour raconter ces poignantes histoires qui valent la peine d'être transmises pour ne jamais être oubliées, par celles qui sont aujourd'hui reconnaissantes envers celles qui ont versé du sang et des larmes pour trouver leur juste place dans la société. 


suffragettes musical avenue théâtre Darius milhaudSuffragettes, de Camille Pouget et Aladin Taleb

Les 2, 9, 16, 23, 30 avril et les 15 et 25 mai 2019

Au Théâtre Darius Milhaud
80 allée Darius Milhaud 75019 Paris

Mise en scène : Camille Pouget ; Aide dramaturgique : Hugo Lévêque ; Compositeurs : Camille Pouget & Aladin Taleb ; Chorégraphie : Laetitia Authié ; Costumes : Estelle Laruelle ; Création lumière : Camille Pouget et Laetitia Authié

Avec : Julia Brossard, Baptiste Juge, Edouard Deloignon, Justine Marec, Agathe Mourier et Laetitia Authié au piano

2 réponses

  1. Corbeau-666
    Je crois qu'il y a une erreur dans l'article : " A ce titre, l'intégration de la comédienne-pianiste Laëtitia Authié, par ailleurs créatrice des costumes, est particulièrement ingénieuse. " Dans les crédits de l'équipe il est indiqué : " Chorégraphie : Laetitia Authié ; Costumes : Estelle Laruelle" Kroa kroa !

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