Critique : “Chantons dans le placard” au Théâtre des Variétés (petite salle)

Critique : "Chantons dans le placard" au Théâtre des Variétés (petite salle)La petite salle du Théâtre des Variétés accueille jusqu'à la fin de l'année la pièce de Michel Heim (La Nuit des Dupes ; metteur en scène et auteur de la troupe des Caramels Fous) créée en 2006. Mise en scène par Christophe et Stéphane Botti, cette comédie théâtrale et musicale dresse une anthologie délicieuse et intelligente de cent ans de chansons gay.

Un jeune chanteur doit passer une audition pour jouer dans une mystérieuse comédie musicale. Il doit présenter une chanson "gay" et va prendre conseil auprès d'un vieil artiste renommé pour sa culture interlope. Ce maître, accompagné par son pianiste, se lance avec brio et humour dans un tour d'horizon sans complaisance du répertoire de la chanson gay.

La salle est modeste, les décors sont sommaires, mais là n'est pas le propos de Chantons dans le placard : Michel Heim explore avec ce spectacle les relations tumultueuses que la chanson française entretient depuis toujours avec l'homosexualité.
Tout y passe, depuis les chansons interlopes des années 30 (véritables bijoux d'humour et d'ambiguïté) jusqu'aux —trop— sérieuses chansons homo-friendly des années 80 à 2000 qui cèdent au pathos (Michel Sardou, Lara Fabian et Catherine Lara en ambassadeurs des communautés gay et lesbienne… tout un programme !), en passant par les incontournables tubes de variétés ("Comme ils disent" ; "Une femme avec une femme" ; "Un garçon pas comme les autres") qui continuent de toucher par leur justesse et leur tendresse.

Vincent Escure, Michel Heim et Alvaro Lombard dans "Chantons dans le placard"

Les interprètes n'excellent certes pas toujours dans l'interprétation de la pièce et des nombreux titres qui la composent (on en vient presque à regretter de ne pas découvrir ou retrouver la distribution originale du spectacle qui réunissait entre autres Denis d'Arcangelo et Patrick Laviosa), mais se mettent au service du texte avec beaucoup d'enthousiasme et de sincérité.

Sous couvert de dresser une anthologie drôle, touchante, parfois ironique, voire cynique, des chansons qui parlent des homos, des bisexuels et autres créatures qui se jouent des genres, Michel Heim offre une réflexion d'une infinie justesse sur le rôle des gays (et dans une moindre mesure, des lesbiennes) dans notre société.
Si les caricatures ont la vie dure, l'auteur sait en jouer pour créer trois personnages hauts en couleurs qui reflètent avec pertinence les clichés qu'il nous arrive de croiser dans les rues du Marais et d'ailleurs. Une vieille tante militante, un jeune gay qui se croit modèle de virilité, et un pédé SM constituent la galerie de portraits non-exhaustive qui donne lieu à une analyse éclairée des revendications de l'homosexuel français d'aujourd'hui.

Vincent Escure, Michel Heim et Alvaro Lombard dans "Chantons dans le placard"

En confrontant ces trois personnalités qui n'ont que rarement l'occasion de se fréquenter dans la réalité, Michel Heim défend les folles (celles qui ont été de tous les combats, de la dépénalisation de l'homosexualité à la lutte contre le SIDA, et à qui la communauté gay doit beaucoup), les homos engagéEs et leur subversion contre leurs cadets et cadettes qui ont tendance à les ignorer et pour qui acceptation et tolérance sont synonymes de discrétion et mimétisme des couples hétérosexuels.

Le discours est audacieux et poussera tous les spectateurs à réfléchir, quels que soient leur genre et leur orientation sexuelle, quelle que soit leur volonté de se fondre dans la masse où d'affirmer leur différence.
Bien plus qu'une simple revue, Chantons dans le placard est un spectacle nécessaire qui fait marcher le cerveau et les zygomatiques.


Chantons dans le placard, de Michel Heim

Jusqu'au 31 décembre 2011
Du mardi au samedi à 21h30

Au Théâtre des Variétés (petite salle)
7 boulevard Montmartre, 75002 Paris

Tarif unique : 27€

Mise en scène : Christophe et Stéphane Botti

Avec : Vincent Escure, Michel Heim et Alvaro Lombard

0 réponses

  1. […] partie de la subculture interlope, plutôt que de lui rendre hommage comme le fit admirablement le Chantons dans le Placard de Michel […]

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire. Pas encore inscrit ? Cliquez-ici.