Critique : “Dreamboats and Petticoats” au Playhouse Theatre de Londres

Critique : "Dreamboats and Petticoats" au Playhouse Theatre de Londres

A Londres, le succès de Dreamboats and Petticoats ne faiblit pas. Ce musical, écrit à partir d’une compilation de succès des années 1950/1960, remplit le Playhouse Theatre tous les soirs. Sur scène, la plupart des artistes n’étaient pas nés à l’époque de "The Great Pretender", "Wake Up Little Susie", ou encore "Young Love", tandis que, dans la salle, les spectateurs avaient vingt ans au temps du twist. Pour autant ce spectacle n’a rien de nostalgique. Il pétarade de jeunesse, d’énergie et de joie. Et si on consent, pour une fois, à ne pas intellectualiser son plaisir et à ne pas prétendre que seuls Sondheim ou Gerschwin sont des compositeurs sérieux, on passe un pur moment de jubilation.

Une histoire somme toute banale servie par une énergie exceptionnelle

Certes le livret – écrit par Laurence Markz et Maurice Gran, deux scénaristes de sitcoms - n’est qu’un prétexte pour relier entre elles des chansons cultes des "sixties". L’histoire se situe dans un club musical pour adolescents. Bobby (Alexis Gerred), un blondinet propre sur lui, et Norman (Ben James-Ellis), genre teddy-boy et blouson de cuir, se livrent à un duel musical acharné pour remporter le concours du meilleur compositeur interprète de chanson et, accessoirement, les faveurs d’une bombe sexuelle, Sue (Emma Stephens). Tout cela sous l’œil exaspéré de Laura (Lorna Want), une adolescente bigleuse et mal attifée, secrètement amoureuse de Bobby. Mais Laura possède une arme précieuse... Elle écrit de bonnes chansons. Ce qui va la servir pour, évidemment, arriver à ses fins.

Une banale histoire d’amour, en somme. Pas de quoi soulever l’enthousiasme des foules. Alors qu’est ce qui fait courir tout Londres, et accessoirement toute l’Angleterre ? Car en plus de la troupe londonienne, une seconde troupe parcourt les théâtres de province avec le même succès. Tout simplement, l’extraordinaire talent et le professionnalisme de toute la troupe.

Premièrement, tous les tubes des années sixties ont été revisités par Keith Strachan. Ce dernier poursuit depuis plus de quarante ans une carrière de directeur musical, arrangeur et compositeur. Grâce à lui, tous ces airs connus ont encore plus de punch et de swing qu’à l’époque. Ils sont interprétés par des comédiens qui chantent aussi bien qu’ils dansent et qui déploient une énergie stupéfiante. Au point qu’on se demande comment ils font pour donner autant d’eux-mêmes soir après soir. Car le spectacle ne faiblit pas une seconde. On a l’impression que toute la troupe chante et danse pendant deux heures sans jamais reprendre son souffle.

Des interprètes de très haut niveau

Difficile aussi de désigner un artiste qui émerge au-dessus de la mêlée. Tous ont des voix exceptionnelles et l’étoffe d’une vedette. C’est là qu’on mesure l’abime entre la France et les pays anglo-saxons dans le domaine du musical. Il est clair qu'Oncle Sam et la perfide Albion possèdent un vivier de comédiens-chanteurs inépuisables, tous meilleurs les uns que les autres, alors que chez nous, on peine à trouver des comédiens capables tout à la fois de chanter, danser et jouer à ce degré de perfection, même si la tendance commence à s'inverser. L’explication est simple. En Amérique et en Angleterre, dès l’enfance, la musique fait partie de la vie quotidienne. A l’école, avant les cours, la journée commence par des hymnes chantés. L’éducation musicale y est tellement poussée que chaque école possède plusieurs orchestres... Inutile de chercher plus loin.

Sorti de l’Académie des arts de Kent and Surrey, Alexis Gerred (Bobby) a fait ses débuts en 2010, à Londres, avec le rôle principal dans Dirty White Boy. Il a été couvert d’éloges par la critique pour la couleur de sa voix et sa technique sans faille. La voix de Ben James-Ellis, l’autre compétiteur pour le titre du meilleur compositeur-interprète, est moins exceptionnelle mais son jeu est époustouflant et son interprétation de "The Great Pretender" et de "Let’s Twist Again" électrise la salle.

Les principaux rôles féminins, Laura et Sue, sont également joués par des pointures. Lorna Want, 23 ans, a déjà été distribuée en tête d’affiche dans la version musicale de Roméo et Juliette (la version anglaise de la comédie musicale française de Gérard Presgurvic), Footloose (actuellement en français à l'Espace Pierre Cardin) et Evita. Emma Stephens, une danseuse étourdissante, formée au Laine Theatre Arts, a été acclamée dans Grease, Saturday Night Fever et Peter Pan.

Les seconds rôles sont aussi remarquables que les premiers rôles. Le père de Bobby est tenu par le chanteur crooner des sixties, Tony Christie. Il fait ici ses débuts sur scène d'une comédie musicale en interprétant pour le plus grand bonheur des spectateurs son plus grand tube : "This Is the Way to Amarillo". Patrick Burbridge, dans le rôle de Derek, danse en même temps qu’il joue de l’alto saxophone avec un rare brio. Mike Lloyd, un colosse qui cumule cinq rôles à la fois, provoque l’hilarité à chacune de ses apparitions.

Pas étonnant qu’à la fin du spectacle, les spectateurs bondissent de leur siège pour danser avec les artistes.


Dreamboats and Petticoats, le "Rock’n Roll Musical" sur une compilation de tubes des sixties.

A Londres, au Playhouse Theatre
Northumberland Avenue, Londres WC2N 5DE.
Tel: 00 44 870 060 6631

Réservations jusqu’au 26 novembre 2011.

Livret : Laurence Marks et Maurice Gran ; Mise en scène : Bob Tomson ; Directeur musical : Keith Strachan avec David Clement-Smith pour les arrangements ; Chorégraphe : Carole Todd ; Décors : Sean Cavanagh ; Eclairages : Mark Howett ; Son : Ben Harrison ; Costumes : Bridgid Guy et Sean Cavanagh ; Production : Bill Kenwright et Laurie Mansfield en association avec Universal Music.

Avec Alexis Gerred (Bobby), Norman Ellis-James (Norman), Lorna Want (Laura), AJ Dean (Ray), Emma Stephens (Sue), Emma Hatton (Donna), Tony Christie (père de Bobby), Patrick Burbridge (Derek), Sophie Byrne (Daisy), Tim Jackson (Andy), Sam Palladio (Richard), Mike Lloyd (Frank), Stuart Ward (Eric) et Lauren Storer (Babs).

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