Critique : “Madiba” à l’affiche du Théâtre Comédia jusqu’au 27 mars

Nous nous sommes rendus au Théâtre Comédia qui accueille la nouvelle comédie musicale de Jean-Pierre Hadida (Anne, le musical sur la vie d'Anne Frank ; Le pirate et la poupée ; L'école des petits monstres) et nous n'avons qu'un mot à vous dire : courrez-y avant le 27 mars. 

Et oui, car en meme temps que vous chanterez et danserez au rythme des valeurs de liberté et d'égalité défendues par Nelson Mandela, vous apprendrez certainement quelque chose au cours de ce musical qui met en perspective le combat de Nelson Mandela, sa vie et l'histoire de son pays.  
 
C'est une histoire d'amour : un amour impossible. Une histoire classique donc, puisque l'histoire d'amour rendue impossible en raison d'un contexte social ou environnemental, est un scénario typique du théâtre et plus particulièrement de la comédie musicale.
Ici cette histoire d'amour fictive est au service du tableau dépeint de l'Afrique du Sud et de Nelson Mandela, depuis son entrée au Congrès National Africain en 1943, avant le durcissement de l'Apartheid, jusqu'à son emprisonnement en 1962 et enfin sa libération en 1990. Ces deux histoires : l'histoire d'amour fictive entre un jeune noir issu d'une famille employée chez un blanc, et la fille du chef de la police, et l'histoire de Nelson Mandela, mettent parfaitement en relief l'histoire de l'Afrique du Sud.
 
Mais une difficulté se fait sentir dans le livret : rassembler deux histoires qui n'ont pas la même amplitude chronologique : dépeindre 50 années de la vie de Madiba, et quelques années d'une histoire de jeunes amants. C'est ce qui constitue certainement le seul défaut du livret, qui perd un peu le spectateur notamment dans la première moitié du premier acte.
 
Pour remédier à cela, quelques artifices sont mis en place : le premier est le narrateur, qui se concentre sur l'histoire de Nelson Mandela et de l'Afrique du Sud. Même si les messages qu'il transmet sont importants et émouvants, la redondance des messages lui donne parfois une certaine lourdeur. Le second artifice est celui des dessins projetés en arrière-plan, auxquels on ne prête pas forcément attention au début, au moment où on en a le plus besoin.
 
Cependant, une fois que l'histoire se met bien en place, le parallèle entre les deux histoires est très efficace et les émotions parviennent directement aux yeux et au coeur des spectateurs : celle de la volonté de Madiba d'une lutte pacifique, celle de son emprisonnement, celle de la colère et la nécessité d'une rébellion plus agressive, celle des deux amants, et leur confrontation aux règles injustes et à la violence imposée par l'apartheid. Toutes ces émotions de tristesse, de colère, mais aussi d'espoir et de volonté sont magnifiquement transmises par une troupe d'un niveau dramaturgique excellent et par une musique à la hauteur des enjeux. 
James Noah (Sister Act ; Gospel sur la colline) réalise un Nelson Mandela plus que réel. La musique alterne musique traditionnelle avec chants zoulous, et musique moderne aux accents Soul et R'n'B. Cependant on ne fait qu'applaudir ces transitions musicales qui accompagnent les deux histoires de manière très juste, sans jamais sombrer dans la musique pop qui cherche à vendre du single sur les radios commerciales. Une bonne partie de la musique est jouée en live depuis le balcon : on s'en félicite, car l'engagement des chanteurs s'en ressent, et ce n'est pas si fréquent sur les scènes parisiennes.
 
La mise en scène signée Pierre-Yves Duchesne est efficace, et réussit à frapper nos esprits sans avoir recours à des décors grandiloquents. Des tableaux bien travaillés resteront dans votre mémoire : notamment la scène de l'agression du jeune militant par les Blancs, ou encore la scène où les deux amants tentent leur relation sur un banc publique. De la même manière, les chorégraphies de Johan Nus s'intègrent totalement dans les dramaturgies des histoires contées. 
 
Vous l'avez compris, nous avons été conquis par Madiba, le musical, qui se démarque totalement du paysage de la comédie musicale française par un univers qui lui est propre avec sa dimension historique et sa mise en perspective par une histoire fictive qui réussit à transmettre les émotions au public et les messages universels défendus par Nelson Mandela.
 

Madiba, le musical
 
Au Théâtre Comédia
Les jeudi, vendredi, samedi et dimanche, du 28 janvier au 27 mars 2016

Auteurs : Jean-Pierre Hadida & Alicia Sebrien ; Mise en scène : Pierre-Yves Duchesne ; Chorégraphies : Johan Nus.

Avec : James Noah,  Juliette Béhar, Manu Vince, Jean-Luc Guizonne, Faloen Tayoung, Lunik Grio, Roland Karl, Harmonie Dibongue-Levy, N’dy Thomas, Stéphanie Schlesser, Anthony Fabien, Joel Wood, Sabrina Giordano, Audjyan, Mômô Bellance, Nour Caillaud, Mickael Gadea, Thomas Bimai, Konan Jean Kouassi, Haykel Skouri, Kebin Jubert
 

 

1 réponse

  1. Anonyme
    Spectacle attachant dans ses intentions. Mais un livret vraiment dur à supporter et une sauce qui ne prend pas entre petite et grande histoire. Vous parlez à juste titre "d'artifices"... Il y en a beaucoup, notamment un manque d'unité musicale volontaire mais qui contribue au déséquilibre de l'ensemble. On décroche souvent.
  2. […] par Johan Nus, un artiste qui connaît bien la comédie musicale et qui a mis en scène récemment Madiba à Paris et prochainement le spectacle Timéo. La direction musicale sera effectuée par Patrick Leterme qui […]

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