Critique : “Mistinguett, Reine des années folles” au Casino de Paris

Critique : "Mistinguett, Reine des années folles" au Casino de ParisAutant vous le dire d’emblée, nous sommes sortis du Casino de Paris avec un avis tranché sur Mistinguett, Reine des années folles.  Le moins qu’on puisse dire c’est que le spectacle musical narrant un épisode de la vie de Mistinguett, mais aussi l’histoire du casino de Paris (les deux étant intimement liés) ne nous a pas laissé indifférents. Puis après avoir laissé se dissiper les émotions qui nous ont submergées, nous nous sommes interrogés sur les raisons et les arguments qui nous permettaient d’affirmer notre point de vue.

Peut-être est-ce pour la révélation de ce spectacle qu’est Carmen Maria Vega… La chanteuse (avec à son actif, trois albums dont un hommage à Boris Vian) se révèle être une excellente comédienne. Bien qu’ayant une élocution (trop) rapide au début de la première scène, la faisant "accrocher" sur certains mots (le stress ?), elle interprète une Mistinguett résolument moderne au caractère bien trempé, mais totalement en phase avec son époque. Nous pouvons appliquer le compliment à toute la troupe car tous les rôles principaux, les hommes de Mistinguett, sont aussi bons chanteurs que comédiens.

Et du texte à défendre, les artistes en ont… beaucoup ! Chose qui a fortement pesé dans la balance de notre prise de position. Mistinguett, Reine des années folles porte bien son qualificatif de comédie musicale. Là ou d’autres productions se contentent d’une phrase de liaison entre deux chansons (on pourrait citer des noms mais ne comptez pas sur nous !), le spectacle se dote d’un vrai livret et d’une véritable intrigue… certes simples, mais efficaces ! De plus, l’écriture de Jacques Pessis et Ludovic-Alexandre Vidal est de qualité. Certains spectateurs ont déploré le manque de numéros chantés et dansés au profit de "l’acting"… Mais n’est-ce pas le fait de raconter une histoire qui différencie la comédie musicale de la revue ? Pour nous, la réponse est toute trouvée. Si l’on veut être tout à fait honnête, il est vrai que nous avons préféré le second acte, certes plus dynamique. Mais le premier acte nous plonge dans l’ambiance des années folles, nous présente les personnages et amorce l’intrigue, ce qui joue dans la qualité de la narration. Enfin les chansons sont au service de l’histoire et non l’inverse, comme c’est trop souvent le cas dans d’autres productions (on pourrait encore vous les citer, mais n'insistez pas !).

Enfin, pour son premier essai, François Chouquet signe une mise en scène soignée et variée. Il alterne en effet, les tableaux chargés de nombreux artistes sur scène ("L’homme infâme" mené par un Fabian Richard époustouflant dans le rôle du mafieux) et les scènes dépouillées. Ainsi, celle de "Oser les larmes" est notre moment préféré du spectacle. Cette finesse se retrouve aussi dans le parti pris de faire jouer à Grégory Benchenafi, deux personnages. Vous découvrirez qu’il n’y a nulle raison économique dans ce choix.

C’est pour ces raisons et beaucoup d’autres (on pourrait aussi vous parler pendant des heures de Cyril Romoli, incarnant jacques Charles, metteur en scène et souffre douleur de Mistinguett, de la formidable équipe de danseurs dynamiques menée par Guillaume Bordier,  du final incroyable...) que l’on peut l’affirmer sans aucune retenue : oui, nous avons aimé et même adoré Mistinguett, Reine des années folles. C’est la preuve que l’on peut produire un spectacle populaire et de qualité sans forcément passer par la surenchère de moyens (rassurez-vous : De moyens, le spectacle en regorge, ils sont simplement intelligemment dosés et utilisés), ni se produire dans des Zéniths ou autres grands hangars sans âme.



Notre seule interrogation porte sur le coeur de cible des spectateurs que le spectacle cherche à attirer.
En effet, les séniors, pour qui le nom de Mistinguett est familier, pourraient être décontenancés par la musique des années vingt, remise au gout du jour. Tandis que le public jeune devra faire un effort de curiosité pour acheter son billet sur un nom de chanteuse ne lui évoquant pas grand chose.
Pourtant, une fois ces obstacles passés, l’un comme l’autre pourraient être séduits par l’envergure et l'excellente facture du spectacle. Il serait bête de passer à coté. Alors faites comme nous, n’hésitez pas !

Photos : Julien Vachon pour Musical Avenue


Mistinguett, Reine des Années Folles de Jacques Pessis, François Chouquet et Ludovic Alexandre Vidal.
 

Du 18 septembre au 4 janvier 2015
 
Au Casino de Paris
16 rue de Clichy
75009 Paris
 
En tournée en France et Belgique à partir de 2015

Composition des chansons originales : Jean-Pierre Pilot & William Rousseau

Paroles : Vincent Baguian
 
Mise en scène : François Chouquet
Chorégraphie : Guillaume Bordier

Costumes : Frédéric Olivier
Décors : Bernard Arnoult
 
Avec Carmen Maria Vega, Fabian Richard, Cyril Romoli, Grégory Benchenafi, Patrice Maktav, Mathilde Ollivier

8 réponses

  1. Kriffi
    Tout à fait d'accord. Une première 1/2h pas top mais le spectacle s'améliore beaucoup par la suite. Enfin un show bien écrit, bien joué (c'est si rare !!!) et surtout dans LA salle où il fallait le jouer. Un grand bravo aux artistes et surtout à Carmen qui incarne parfaitement Mistinguett.
  2. Girl7600
    Tous les comédiens-chanteurs sont excellents , je trouve dommage que vous n'ayez pas mentionné Patrice Maktav , que ,pour ma part je ne connaissais pas , et qui produit ,là , une performance , tout en émotion avec un timbre de voix très particulier . Bravo à tous les participants à ce spectacle.
  3. csil
    un nom de chanteuse ne lui évoquant pas grand chose ? Vous n'avez pas été assez dans les festivals vous ! A part ça, bonne critique, merci
  4. Benoît Tourné
    En évoquant le nom de la chanteuse que le public jeune connaissait peu, je voulais parler de Mistinguett et non pas de Carmen Maria Vega que j'apprécie. Pardon si ma phrase pouvait paraître ambigüe.
  5. Une admiratrice parmi tant d'autres je suppose
    Si tout est vrai dans votre article, il demeure incomplet ... Vous avez également oublié de parler de Mathilde OLLIVIER, qui interprète sublimement une Marie tour à tour, timide, rebelle, inquiète, séductrice, coléreuse et tellement classe dans son jeu de danse final avec le bel américain. Il parait que c'est son premier rôle ! impressionnant !!! Les plus de ce spectacle résident dans un choix de casting exemplaire, avec du sur mesure pour chacun des comédiens, tous aussi brillants les uns que les autres, et la bonne humeur qui se dégage de cette troupe. On les sent tellement heureux ... Merci à tous les instigateurs de ce projet. Vraiment
  6. romeo
    Critique tout à fait pertinente. Personnellement, j'y allais un peu "à reculons" mais j'ai été bluffé par la qualité du spectacle et de la troupe. On ne peut que leur souhaiter le meilleur !
  7. Andy
    Bravo à toute l'équipe! J'ai adoré. Enfin une véritable comedie musicale telle Londres ou broadway. C est agréable d'avoir un véritable jeu théâtral et pas seulement des chansons toutes les 5 minutes. Super casting et la grande gagnante est sans aucun doute carmen maria vega qui s' inscrit comme une de nos plus grandes interprètes actuelle de la chanson car doublée d un talent de comedienne, chose rarissime. Une star est née sur ce spectacle, à suivre, elle irra tres loin !
  8. Univers singulier mais très efficace, en plus j'adore ce casino !
  9. […] portes au spectacle Le Rouge et le Noir, l'Opéra Rock, nouvelle production d'Albert Cohen après Mistinguett, Les années folles. Après avoir assisté à quelques répétitions prometteuses, l'équipe Musical Avenue est allée […]
  10. […] de télévision The Voice tels que Yoann Launay et Haylen, mais également Patrice Maktav (Mistinguett – Reine des années folles), Elsa Pérusin (New – La Comédie musicale improvisée), Julie Fournier, Philippe Escande, […]

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