Un spectacle a rarement aussi bien porté son titre : récits de femmes, douceur, intimité et musique sont exactement ce qui attend les spectateurs au Studio Hébertot ce printemps. Et il serait dommage de s’en priver !
Délicates retrouvailles musicales post-mortem
Myrtille (Susanna Tiertant) arrive dans une maison vide, une urne funéraire à la main. Les meubles recouverts de draps laissent entrapercevoir un piano. S’imprégnant de l’atmosphère du lieu, elle joue quelques notes lorsqu’apparaît le fantôme de Framboise (Claire Mazard), l’ancienne propriétaire des lieux et son amie. Ensemble, elles revivent les moments forts de la vie de la défunte revenue d’entre les morts. Car Framboise a eu une vie riche : depuis son enfance où on lui reprochait son manque de féminité jusqu’à son engagement envers les femmes.
Les spectateurs suivent cet échange amical et intergénérationnel entre ces deux femmes musiciennes, ponctué de chansons et d’intermèdes musicaux au piano et contrebasse. Les actrices offrent des interprétations personnelles, élégantes et légères. Pour cela, elles puisent dans un large répertoire allant de Dalida à Barbara en passant par Yvette Guibert et Anne Sylvestre. La grande qualité de l’écriture a été de parfaitement faire répondre les chansons à l’histoire sans effet catalogue ni interruption, mais en les intégrant à la narration, et on ne peut qu’en féliciter les créatrices !
Un spectacle d’une grande sensibilité
La mise en scène est, elle aussi à l’image du spectacle : rassurante et soignée. Quelques meubles, quelques accessoires de costumes et surtout d’habiles et chaleureux jeux de lumières créent une atmosphère hors du temps, propice aux confidences. On ne sait si Framboise est véritablement un fantôme ou bien le fruit de l’imagination de Myrtille, mais cela a finalement bien peu d’importance. Les spectateurs se laissent porter par les récits croisés des expériences de ces deux femmes qui résonneront avec celles de beaucoup d’autres. Ils se laissent emmener par l’émotion et la tendresse qui émane du plateau et par la qualité du jeu des interprètes.
« Spectacle musical tendrement féministe et transgénérationnel » : un sous-titre affiché sur le site d’un théâtre a rarement été d’une telle justesse ! Chacun ne peut que se sentir bienvenu dans la maison douce que devient le Studio Hébertot les samedis à 14h. Jeune fille cherche maison douce où pratiquer le piano est un spectacle d’une grande délicatesse, porté par deux interprètes d’une grande justesse et sensibilité. Jamais moralisateur, le spectacle apporte cette sensation de douceur qu’on retrouve dans son nom malgré la gravité des thématiques abordées.
