Amoureux du chant a cappella, Génération Barber est fait pour vous ! Entre finesse vocale et humour incisif, le spectacle mis en scène par Sophie Forte réjouit le public de l’Essaion qui en ressort revigoré.
Une nouvelle découverte nous a été offerte grâce au Barber Shop Quartet, un quatuor musical qui se réapproprie l’art du barbershop, style musical issu des échoppes de barbiers aux Etats Unis. Tout commence par l’audition – par les fondateurs du groupe – de deux artistes ténor et alto pour les rejoindre dans l’hommage à cette discipline prise très au sérieux. L’audition devient le terrain de joutes verbales traduisant un conflit de génération, difficile à laisser de côté.
A chacun ses vocalises
Dès le démarrage, les harmonies impressionnent de par leur qualité d’exécution et leur précision. Les quatre voix – une soprano, une alto, un ténor et une basse – échangent avec clarté tout en créant une unité au service d’une grosse dose d’humour. Le dialogue entre les protagonistes se transforme en querelle musicale sur fond de minutieuses polyphonies. A chacun son style ; un bruiteur – hilarant – fait également partie de l’expérience qui prend des chemins que nous vous laisserons découvrir. Et ce chemin, loin d’être linéaire, nous emmène vers des contrées assez inattendues.
Le côté malin du spectacle est de justement pouvoir juxtaposer le chant a cappella et les histoires truculentes pour éviter de créer un effet de lassitude pour le spectateur.
Génération Barber n’est donc pas qu’une performance vocale ou une démonstration de virtuosité : le travail des interprètes dans leur jeu est très important. Construit autour d’une succession de mini scénettes pédagogiques, le passage du chant à l’incarnation des propos et des personnages se fait facilement, tout en gardant un rythme très soutenu. La dernière création du quartet donne ainsi de la visibilité à ce style musical – assez peu représenté -, dans une version française qui remet au goût du jour des titres comme “honneur aux barbus”, tout à fait adapté pour l’occasion.
Une proposition pleine d’humour
Cela fait 20 ans que la compagnie Barber Shop Quartet propose ses créations, et ça se voit ! Le jeu est calibré et repose sur une certaine chorégraphie où chaque geste est réfléchi. La mise en scène de Sophie Forte propose un rapport quasi frontal avec le public, avec un ton décalé et plein de ruptures.
Assez classiquement, l’effet comique vient de ce décalage permanent des situations dans lesquelles chaque mot ou note deviennent le motif d’un dérapage ou d’un fil que l’on tire jusqu’au bout.
Les personnages eux-mêmes sont comiques, car caricaturaux : quand les anciens sont posés et respectueux des règles, les petits nouveaux font rapidement des sorties de route. Marie-Cécile Robin Heraud et Xavier Vilsek jouent les instructeurs et recadrent – chacun à leur manière – Clémence Paquier et Damien Dufour qui sont plein de bonnes intentions et de volonté pour partager leur expérience. Bien évidemment, tout le monde ne voit pas les choses de la même manière.
Si la construction comique se révèle efficace, elle s’inscrit à dans une certaine répétition car les procédés ont tendance à ne pas se renouveler. C’est principalement sur l’engagement et l’interprétation des artistes que repose la gloriole plutôt que sur l’évolution d’une narration. Néanmoins, ce n’est pas dérangeant car le dernier quart d’heure sort tout le monde de sa zone de confort. Le petit plus qui nous a bien fait rire : le final et les saluts au public digne d’Un jour sans fin.
En somme, Génération Barber trouve son public grâce à l’équilibre entre un chant et un jeu comique nécessitant tout autant une grande maîtrise et technicité. Encore un spectacle qui mérite d’être découvert.
Pour prendre vos places, c’est par ici.
A noter qu’une belle tournée dans toute la France est déjà programmée, et que le spectacle posera notamment ses valises au Off d’Avignon du 04 au 26 juillet au Théâtre l’Arrache Cœur.
