Rencontre : Grégori Baquet

On ne l'avait pas revu dans une comédie musicale depuis Roméo & Juliette de Gérard Presgurvic, qui l'avait révélé au grand public en 2001. Comme un signe du destin, voilà qu'il a été appelé pour reprendre à la dernière minute le rôle de Claude dans Hair (au théâtre Le Trianon jusqu'au 28 mars).
Rencontre avec un artiste multi-facettes et un peu grande gueule d'une très grande générosité.

Jouer les doublures et relever les défis les plus incroyables, ça le connaît : déjà en 1995, Grégori Baquet suit la troupe de Roger Louret qui joue à l'époque le spectacle Les Années Twist. Présent à chaque représentation, il observe de l'intérieur la mécanique de ce grand spectacle primé aux Molières.
Sa formation de chanteur et de comédien lui donne la chance de participer à cette grande tournée en tant que remplaçant.
À cette époque, il côtoie déjà sur scène Magali Bonfils (Chance, L'ultime rendez-vous) qu'il a retrouvée au Trianon du 24 au 26 février dans Hair.

Sa participation à cette comédie musicale culte, sous la direction du metteur en scène Ned Grujic (Fame), est arrivée comme une surprise : Grégori Baquet passe les castings, mais apprend bien vite que le rôle de Claude est déjà réservé à Fabian Richard. "On ne se connaissait que de réputation", avoue-t-il, "car à chaque fois on se retrouvait sur les mêmes castings, et c'est toujours Fabian qui gagnait le rôle !".
Sur Cabaret déjà, où il enchaîne avec succès les auditions, c'est Fabian Richard qui est finalement choisi pour le rôle tant convoité de Emcee.
Juste retour des choses, lorsque Fabian est contraint de ne plus chanter pendant plusieurs jours à cause d'un œdème, c'est Grégori qu'on appelle pour reprendre le rôle et sauver le spectacle !
Entre eux, néanmoins, la concurrence n'est pas féroce et il n'y a point de jalousie : "Fabian est un mec en or" nous assure-t-il, "il est là chaque soir avec moi, à m'épauler et à faire en sorte que tout se passe bien".
Cet esprit d'entraide est l'une des forces de la troupe selon lui : comme la Tribu qu'ils incarnent dans le spectacle, comédiens et danseurs forment une équipe extrêmement soudée : "C'est pour ça que ça marche, et c'est aussi pour ça que j'ai accepté. Quand j'ai vu le spectacle quelques jours avant de reprendre le rôle, je l'ai beaucoup aimé. Quand on les voit jouer, on se dit qu'ils s'éclatent vraiment, qu'il ne font pas semblant contrairement à ce qu'on peut voir dans beaucoup de troupes. Et maintenant que je suis sur scène avec eux, je me rends compte qu'on se fend vraiment la gueule !"

Il faut dire que pour Grégori Baquet, qui n'a pas souvent eu l'occasion de jouer dans des comédies musicales ces dernières années, partager la scène avec toute cette grande famille Française du musical est un plaisir immense. Son souhait serait d'ailleurs qu'un producteur ait l'audace de réunir tous ces comédiens pour un même projet. "Il faudrait que quelq'un fasse un jour un spectacle où il y aurait Laurent Ban, Jérôme Pradon, Alexandre Bonstein… où tout le monde se retrouverait pour donner corps à une grande comédie musicale !"
Tous ces gens qu'il cite, Grégori Baquet les a rencontrés il y a un peu plus de 17 ans à un autre casting pour Hair !
"Cette pièce a une résonnance très particulière pour moi, car j'ai passé mon premier casting à Mogador pour une tournée Européenne en anglais produite par les créateurs du spectacle. J'y accompagnais ma cousine qui passait les auditions, et je me suis retrouvé dans une salle d'attente avec tous les jeunes talents de la comédie musicale. Pablo Villafranca engage la conversation, et me dit “T'es un chanteur, non ? Pourquoi tu ne passes pas aussi l'audition ?”. Grace à ces encouragements, j'ai passé toutes les étapes du casting et je suis arrivé dans les trois derniers. Ils n'ont pas pris de Français finalement, et je me suis dit qu'il faudrait que je joue cette pièce un jour".

Pour ce fan du film, pouvoir enfin chanter "Manchester (England England)" comme il l'a toujours rêvé est un accomplissement ! "C'est un rôle sublime. J'adore mourir sur scène, et en plus je dois me foutre à poil dans cette pièce. C'est un rôle très complet !" dit-il avec humour.

"Plus sérieusement, indépendamment du thème très ancré dans notre Histoire récente, Hair raconte quelque chose qui nous touche tous. C'est une pièce très actuelle dans le fond".
Pour cette grande gueule, jouer un personnage contestataire est une occasion en or ! Dans les personnes qui l'inspirent, on trouve par exemple l'Abbé Pierre ou Coluche. Comme son personnage, Grégori Baquet aime l'ouvrir et ne se contente pas du statu quo.
Il reconnaît que sa personnalité lui joue parfois des tours : "Quand quelqu'un me fait chier, je le dis".

Mais ce caractère bien trempé ne saurait pas à lui seul expliquer sa longue absence du théâtre musical.
En effet, sa carrière ne s'est pas arrêtée à Roméo et Juliette, loin de là. "Je fais tellement de choses différentes que dans chaque domaine que j'aborde on se dit que ce n'est pas ici que je fais mon vrai métier. Quand je fais de la comédie musicale on se dit que je suis plus un acteur qu'un chanteur, et quand je fais des téléfilms on se dit l'inverse. Alors que je ne vois pas vraiment la différence : quand je joue, quand je chante ou quand je réalise, c'est pareil pour moi, et je ne pense pas faire l'un plus mal que l'autre".
Grégori Baquet s'estime en quelque sorte victime de la vision très fermée qu'on a en France des artistes pluridisciplinaires. "Les gens se disent qu'on ne peut pas tout faire bien, car ceux qui nous dirigent n'arrivent même pas à faire une seule chose correctement !"

À bien y regarder, il aurait préféré être né en Angleterre (où il a travaillé pour des séries de la BBC) ou aux États-Unis, où il n'aurait pas été regardé de travers pour ses véléités de toucher à tout.
Ce qui est certain, c'est que si Baquet n'est pas né dans le bon pays, il est né dans la bonne famille pour développer un goût prononcé pour le spectacle.
Son père, Maurice Baquet, était un violoncelliste virtuose, comédien et acteur de talent qui a tourné avec les plus grands (Pierre Prévert, Jean Renoir). Sa mère était chorégraphe pour la télévision.
Et sa sœur Anne est atteinte du même virus puisqu'elle est actuellement à l'affiche du Théâtre Le Ranelagh avec Anne Baquet - Non, je ne veux pas chanter!, un spectacle dans lequel elle mêle elle aussi ses talents de chanteuse lyrique et de comédienne.

La famille est un pivot indispensable dans la vie de Grégori Baquet. Plutôt que d'entrer dans le jeu des mondanités du show-business, le comédien a toujours préféré privilégier les siens. "J'ai un petit garçon de  11 ans et je suis très casanier : j'aime rentrer chez moi".
L'amour de la musique se transmet d'ailleurs à la prochaine génération : "Mon fils chante déjà dans les chœurs de la Maîtrise des Hauts de Seine (chœurs de l'Opéra de Paris), mais je n'ai pas envie de la pousser. On verra ce qu'il veut faire. Pour moi, ça s'est imposé comme une évidence, je ne me suis pas posé la question : la musique on ne peut pas l'abandonner".

La musique ne l'abandonnera pas non plus, et évidemment, quand on lui demande quel est son plus grand rêve de musical, il répond avec malice et sans hésitation "Aller jouer à Broadway ou sur Picadilly Circus, chez ceux qui ont inventé la comédie musicale !"
Face à toute la passion et la bonté que dégage Grégori Baquet, on ne peut rien lui souhaiter de mieux, mais on espère avant tout le revoir plus souvent sur la scène musicale !

Propos recueillis par Baptiste Delval et Pierre Stril.

1 réponse

  1. Aurélie Robert
    Salut, j'adore ce que fait Grégori Baquet. Depuis ses débuts dans Extrème limite, je suis tout sur lui. Je suis fan de la première heure.Mon rêve le plus cher dans ma vie serais de pouvoir échanger quelque phrases avec lui ou de pouvoir le rencontrer.J'ai tout suivie de sa carrière, mais je regrète de ne pas le voir plus souvent à la télé. Je le trouve très bon dans ce qu'il fait, et il est aussi très séduisant.A bientôt.Aurélie.

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