Paris is magique s’installe au Théâtre de la Gaîté Rive Gauche pour tout l’été, et même au-delà. Une toute nouvelle comédie musicale qui navigue entre comédie potache et romance sincère, le tout en égrainant les clichés sur la capitale.
L’été est désormais bien installé, les épisodes caniculaires s’enchaînent, et les théâtres de la capitale prennent congé au fur et à mesure que les parisien.nes partent en vacances. Au milieu de ce chaos estival, alors que la quasi-totalité des professionnel.les du spectacle sirotent des pacs à l’eau à Avignon, le théâtre de la Gaîté Rive Gauche fait le pari fou de lancer la « première comédie musicale sur Paris et les Parisiens ». Une création originale et musicale alors que la saison théâtrale est au point mort ? Il y a de quoi attiser la curiosité !
Du rêve à la réalité
Le spectacle suit la trame suivante : Nicolas, un brillant cardiologue parisien expatrié à Tokyo, décide de revenir quelques jours dans sa ville natale accompagné de sa petite amie japonaise, Kim. Cette dernière est toute excitée à l’idée de voir pour la première fois la ville de ses rêves et s’imagine déjà jouer les Emily in Paris. Sauf que lors du vol, Nicolas apprend l’existence du « syndrome de Paris », un phénomène médical bien réel touchant principalement les touristes japonai.ses, les plongeant dans un état de profonde dépression après avoir réalisé que Paris n’est plus la Ville Lumière d’antan. Nicolas décide alors de mentir à sa bien-aimée pour la protéger et va tout mettre en œuvre pour que son séjour à Paris soit le plus magique possible.
Pour raconter cette histoire, Paris is magique dispose d’une équipe créative assez inattendue. D’un côté, on retrouve le tandem composé par Nicolas Nebot et Dominique Mattei, qui s’est notamment illustré avec des comédies musicales jeune public de qualité comme Jules Verne et, plus récemment, La Maison hantée (récompensée cette année aux Trophées de la Comédie Musicale). De l’autre, Sacha Judaszko, humoriste révélé au grand public grâce à l’émission On n’demande qu’à en rire, qui a par la suite écrit des comédies de boulevard à succès comme La Moustâche. Des auteurs venant d’univers assez différents, et cela se remarque dans l’écriture du spectacle.
Une histoire d'amour teintée de clichés
Paris is magique se vend sur le papier comme une comédie romantique qui raille les travers des parisien.nes, mais il y a finalement deux spectacles en un : d’un côté, une franche comédie, et de l’autre une véritable romance. L’aspect comique, principalement développé pendant la première partie du spectacle, cumule tous les clichés possibles sur la capitale et ses habitant.es : les parisien.nes désagréables, tout le temps en grève, qui dépensent plus d’un SMIC pour un 9m2 sous les toits et se font insulter par les serveur.ses entre deux fientes de pigeons. Des blagues plutôt efficaces à défaut d’être originales – après tout, il n’y a pas toujours besoin de réinventer la roue – mais qui tournent un peu en rond et finissent par devenir lourdes assez rapidement. Un certain manque de finesse qui se fait aussi sentir au niveau de l’exposition des personnages secondaires, principalement les personnages féminins, à savoir la mère de Nicolas accro à la chirurgie esthétique et l’ex-petite amie qui n’a pas tourné la page et essaye de le récupérer.
Passée la moitié de la soirée, le ton change rapidement et l’histoire d’amour entre Kim et Nicolas prend une place beaucoup plus importante. On n’est ici pas vraiment dans une comédie romantique, mais plutôt dans une vraie et, plutôt belle, histoire d’amour. La mièvrerie n’est certes jamais très loin, mais il faut reconnaître que la narration est bien structurée, avec des enjeux clairement établis et un sentiment d’urgence qui émane des personnages principaux. Le tout est bien aidé par les musiques de Dominique Mattei, qui représentent l’une des qualités principales du spectacle. Comme sur Jules Verne, le compositeur prouve qu’il a un véritable talent pour les mélodies. Si on le sent un peu hors de son élément dans les numéros comiques, il livre de très belles ballades avec un lyrisme assumé plaisant et très à propos.
C’est également très agréable de voir une comédie qui n’a pas peur d’être sincère quand il le faut, avec en plus une mise en scène qui ne cherche pas à parasiter les moments plus intimistes avec des effets superflus. Celle-ci se révèle très efficace tout au long de la soirée, même si elle se repose un peu trop sur l’utilisation d’écrans et une surabondance de projections qui paraissent générées par IA (un véritable fléau qui envahit lentement mais sûrement le théâtre). C’est d’autant plus dommage que le spectacle propose une scène en ombre chinoises très réussie, bien plus satisfaisante et créative que cet enchaînement d’images toutes faites.
Une distribution « magique »
L’autre point fort du spectacle réside dans sa distribution, pleine d’artistes talentueux.ses qui donnent vie avec conviction à cette histoire, faisant passer plus facilement les lourdeurs du livret. C’est particulièrement visible pour les personnages féminins qui, entre de mauvaise mains, seraient tombés dans la caricature facile : Lorie Lina est rayonnante sans être niaise en Kim, Joy Esther, que l’on retrouve avec plaisir dans une comédie musicale, trouve des subtilités insoupçonnées dans cet archétype de l’ex petite-amie revancharde, et Estelle Danière s’en donne à cœur joie en mère fantasque (une fois que l’on parvient à passer outre son maquillage outrancier). Du côté des rôles masculins, Christophe Mai se montre très touchant en Nicolas, et Laurent Kiefer offre une présence rassurante dans le rôle du père. Toute la panoplie de personnages annexes est campée par les excellent.es Thierry Gondet et Véronique Hatat (l’une de nos meilleures actrices de caractère) qui donnent vie à ce Paris de carte postale.
Malgré un résultat un peu inégal et quelques lourdeurs, les qualités de Paris is magique finissent donc par l’emporter. Le tout se déguste comme un film d’amour au charme un peu kitsch sur les bords, mais qui réussit à charmer son public. Un spectacle à découvrir jusqu’à l’été prochain, avec même l’arrivée d’une tête bien connue en la personne d’Alexandre Faitrouni, qui sera en alternance avec Thierry Gondet.
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