Les fans québécois de Jim Steinman et Meat Loaf l’attendaient de pied ferme. Depuis sa création en 2017 à Manchester et après de nombreuses représentations à travers le monde, Bat Out of Hell a enfin posé ses valises à Montréal pour une date unique devant une salle comble.
Entre absurde, humour, kitsch et passions dévorantes, Bat Out of Hell n’est certainement pas une comédie musicale comme les autres. Adaptée des trois albums éponymes de Meat Loaf, parus entre 1977 et 2006, l’œuvre offre aux initiés de quoi se délecter tant les références y foisonnent. Et même pour qui découvre l’univers singulier du célèbre chanteur américain et de son compositeur fétiche, difficile de ne pas reconnaître au moins un titre repris dans le spectacle, à commencer par les incontournables « I’d Do Anything For Love » ou « It’s All Coming Back to Me Now », popularisé par Céline Dion.
Une fresque rock plus grande que nature
Pour donner corps à l’univers post-apocalyptique de l’histoire, la scénographie se veut plus suggestive que réaliste, entre passerelles métalliques, projections sur écran et plateau ouvert. L’ensemble évoque à la fois une friche urbaine, un monde souterrain et une scène de concert rock. Ce cadre visuel soutient bien la théâtralité pleinement assumée du spectacle, nourrie tout autant par les performances, les costumes et la musique, dans une démesure propre à l’univers flamboyant, déjanté et viscéral imaginé par Steinman.
Il faut dire que son œuvre, déjà adaptée à la scène dans Tanz der Vampire, se prête on ne peut mieux à l’exercice. Ses chansons-fleuves, véritables « power ballads », n’ont rien de conventionnel avec leurs multiples couplets, leurs rebondissements et leurs constantes montées en puissance. Pour leur rendre pleinement justice, il fallait cependant trouver des artistes qui ne feraient pas pâle figure face à la voix mythique de Meat Loaf.
Des voix à la hauteur du mythe
Dans le cadre de cette tournée nord-américaine, le chanteur canadien Travis Cormier, finaliste de La Voix (The Voice) 4 au Québec, n’aurait difficilement pu être un meilleur choix pour camper Strat, le leader des Lost, ce groupe de jeunes rebelles figés à jamais à 18 ans. Son charisme, sa présence scénique et sa voix puissante, mais capable de douceur lorsque nécessaire, conviennent parfaitement à ce personnage écorché vif qui tombe éperdument amoureux de Raven, la fille unique de Falco, dirigeant de la ville d’Obsidian, bien décidé à anéantir ces jeunes. Carly Burns, qui incarnait Valkyrie dans la tournée britannique de 2025, interprète ici Raven avec charme et aplomb. Son coffre impressionnant et son timbre de voix chaleureux épousent à merveille les grandes ballades rock du spectacle.
Dans les rôles de Falco et de sa femme Sloane, Travis Cloer et Tori Kocher avaient fort à faire en reprenant les rôles longtemps portés, sur scène comme dans la vie, par Rob Fowler et Sharon Sexton. Entre amour et haine, ils parviennent à rendre leur relation crédible, se donnant à fond, notamment dans le numéro « Paradise by the Dashboard Light ». Habituellement interprétée sur une voiture rétro, remplacée ici par une simple table lors de la représentation montréalaise, la scène fonctionne malgré tout, mais perd un peu de sa force sans cet accessoire important.
À l’opposé de l’autodérision de ce morceau, le couple a également l’occasion de dévoiler une autre facette de son jeu dans son interprétation bouleversante de la nouvelle chanson « What Part of My Body Hurts the Most », composée spécialement pour le spectacle par Steinman et qui s’intègre naturellement à la trame existante.
Un hommage flamboyant à Steinman et Meat Loaf
Bat Out of Hell, c’est aussi le plaisir de voir comment les chansons cultissimes du duo Jim Steinman / Meat Loaf peuvent reprendre vie sur scène à l’intérieur d’un véritable scénario. Il suffit de penser à l’émouvant « Objects in the Rear View Mirror May Appear Closer Than They Are » ou encore à « Two Out of Three Ain’t Bad », interprétée par le troisième duo amoureux de l’histoire, Kris Bona (Jagwire) et Tamara Denecia Daly (Zahara), qui ont su toucher le public avec leur histoire d’amour à sens unique.
Mention spéciale également à Trevor Groce dans le rôle de Tink, clin d’œil à Tinker Bell, le spectacle étant une relecture libre de Peter Pan. Le plus jeune des Lost transmet de façon touchante cette immaturité forcée et cette peur d’être laissée derrière.
Soulignons finalement à quel point ces rôles s’avèrent exigeants, autant vocalement que physiquement. La troupe doit non seulement livrer des partitions redoutables, mais aussi habiter pleinement des personnages continuellement à fleur de peau, coincés dans une tension perpétuelle, entre désir, colère, fougue et vulnérabilité.
Au-delà de ses excès assumés, il faut voir Bat Out of Hell comme un bel hommage à Jim Steinman et à Meat Loaf, tous deux disparus à quelques mois d’intervalle, mais dont l’univers continue de vibrer intensément. En redonnant vie à ces chansons monumentales, le spectacle leur offre d’ailleurs une forme d’immortalité.
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