Critique : « Paddington The Musical » au Savoy Theatre de Londres

Temps de lecture approx. 7 min.

La nouvelle coqueluche du West End porte un chapeau rouge et a toujours un sandwich à la marmelade à portée de main. Depuis ses premières représentations, Paddington The Musical suscite un enthousiasme sans limites. Retour sur cette petite merveille qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

C’est l’événement scénique de la saison londonienne. Paddington The Musical, qui retrace les aventures du célèbre et adorable petit ours péruvien imaginé par Michael Bond, est sur toutes les lèvres depuis son arrivée au Savoy Theatre le 1er novembre 2025. Le spectacle affiche complet des mois à l’avance, avec des prix de plus en plus exorbitants (une fâcheuse tendance bien présente à Broadway et qui commence à envahir le West End), le tout sous une avalanche de critiques dithyrambiques et pas moins de onze nominations au Olivier Awards. Si le grand public et la presse ne sont pas toujours sur la même longueur d’ondes (The Great Gatsby en offre un parfait exemple), Paddington semble mettre tout le monde d’accord et s’impose comme la coqueluche de Londres, créant un engouement que l’on n’avait pas vu depuis l’arrivée d’Hamilton au Royaume-Uni.

Il faut dire qu’au-delà de la comédie musicale, il est difficile de faire un pas dans les rues de Londres sans apercevoir un objet ou une illustration dérivée de ce charmant mammifère à chapeau. Plus qu’une star, Paddington est érigé au rang de trésor national. La preuve la plus marquante reste encore son apparition aux côtés de la Reine Elizabeth II dans une vidéo réalisée à l’occasion du Jubilé de platine de cette dernière. La question n’est donc pas pourquoi Paddington est une comédie musicale à succès, mais plutôt pourquoi ça n’a pas été fait plus tôt ?

Look after this bear

Il aura tout de même fallu une bonne décennie pour que ce projet, mené par la société de production de Sonia Friedman (Harry Potter and the Cursed Child, Stranger Things : The First Shadow ou encore le revival de Merrily We Roll Along) voit le jour. Pour l’écriture du spectacle, la tâche est confiée à deux personnes qui font leurs débuts dans le monde de la comédie musicale : le chanteur britannique Tom Fletcher, principalement connu pour être l’un des membres et le compositeur principal du groupe McFly, signe ainsi la partition. Le livret, lui, revient à Jessica Swale, autrice de pièces de théâtre qui a rencontré un certain succès avec Nell Gwynn, un spectacle sur la vie de cette comédienne du XVIIe siècle et sa liaison avec le roi Charles II. Les deux artistes sont épaulé.es dans cette aventure par le metteur en scène Luke Shepard qui, pour le coup, connaît bien la comédie musicale. Parmi ses faits d’armes, on peut notamment citer The Little Big Things, la première production anglaise d’In The Heights, le revival actuel de Starlight Express et & Juliet. Excusez-nous du peu.

Paddington The Musical © Johan Persson

Et donc, que vaut le spectacle ? Mérite-t-il vraiment un engouement aussi gigantesque ? N’y allons pas par quatre chemins : c’est un grand oui. Paddington The Musical est une merveille du début à la fin. Prenez Marry Poppins et Matilda, mélangez-les, et vous pouvez avoir une petite idée de ce qui se passe sur la scène du Savoy Theatre. Le livret, très bien ficelé, reprend de manière assez fidèle l’intrigue du film de Paul King. On rencontre notre héros dès son arrivée à Londres depuis son Pérou natal, et la trame suit son adaptation perturbée par la méchante taxidermiste Millicent Clyde, déterminée à capturer le petit ours pour l’empailler. Comme dans les meilleurs Disney, la présence d’un antagoniste charismatique est primordiale ; une mission amplement réussie avec ce personnage qui représente l’un des atouts majeurs de l’œuvre. Avec ses airs de Cruella, teintée du grotesque bon enfant des pantomimes anglaises, Victoria Hamilton-Barritt (In the Heights, Cinderella) ne fait qu’une bouchée de ce rôle truculent et laisse planer avec malice une ombre menaçante, apportant un contraste bienvenue à l’abondance de mignonnerie.

Une sucrerie à savourer sans modération

Car oui, une comédie musicale sur Paddington se doit d’avoir une grande dose de mignonnerie, à commencer par le rôle-titre. Dès l’annonce de ce projet, la question se posait de comment faire vivre cet adorable petit ours sur scène. Plutôt qu’une présentation stylisée, comme ce qu’a fait Julie Taymor avec Le Roi Lion, l’équipe créative a opté pour une option beaucoup plus littérale. Le rôle est donc partagé entre deux interprètes : l’un sur scène qui anime le costume de l’intérieur, et l’autre en coulisse qui parle et chante pour le personnage. Un parti pris habilement exposé dans la première scène, mettant ainsi en valeur les deux personnes donnant vie à Paddington. Dans le costume, Arti Shah insuffle une belle énergie et physicalité à la marionnette, tandis que James Hameed lui prête sa voix cristalline, parfaitement mise en valeur par la partition, et rappelle les intonations de Ben Whishaw (qui double le personnage dans les films) lors des dialogues. Ensemble, les deux artistes livrent une très belle prestation, soutenue par le travail incroyable de Tahra Zafar qui a réalisé la plus mignonne des marionnettes.

Teddy Kempner (Mr Gruber) et James Hameed (voix de Paddington) © Johan Persson

La partition, quant à elle, se révèle délicieuse de bout en bout. Pourtant novice en matière de comédies musicales, Tom Fletcher signe un travail remarquable qui rappelle celui de Tim Minchin (Matilda, Groundhog Day). Certes, les paroles ne sont pas aussi brillantes, mais la puissance mélodique reste indéniable. Entre la touchante ballade de Paddington « The Explorer and the Bear », l’air machiavélique de Millicent « Pretty Little Dead Things », ou encore les grands numéros d’ensemble « The Rhythm of London » et « Marmelade », toutes les chansons sont un régal pour les oreilles et restent en tête longtemps après la représentation. Associé à un livret très efficace et rehaussé par une mise en scène spectaculaire, Paddington The Musical nous offre quelque chose que l’on ne voit plus si souvent dans les nouvelles comédies musicales : de la magie théâtrale. À l’heure où la majorité des productions investissent dans des écrans sophistiqués, quel plaisir de voir de vrais décors imposants sur scène. Les écrans ne sont pas totalement absents, mais leur présence sert juste à appuyer la perspective créée par les éléments solides. Une réussite visuelle de la part du décorateur Tom Pye, couplée aux très beaux costumes de Gabriella Slade, tous fabriqués avec des matériaux récupérés. Une très belle initiative qui mérite d’être soulignée.

Victoria Hamilton-Barritt (Millicent Clyde) © Johan Persson

Une distribution de haute volée

Enfin, il faut mentionner la distribution exceptionnelle que compte ce spectacle, en plus des trois artistes cité.es plus haut. Les interprètes de la famille Brown – Amy Ellen Richardson, David Birch (doublure d’Adrian Der Gregorian) et les jeunes Delilah Bennett-Cardy et Stevie Hare – forment un quatuor solide et attachant, entourant Paddington avec beaucoup de douceur et d’humour. Si les rôles ne sont pas nécessairement flamboyants, ils portent l’âme de ce spectacle qui traite avant tout de l’importance de la famille choisie. La flamboyance provient de la belle galerie de seconds rôles : Tom Eden est hilarant en Mr Curry, complice malgré lui des combines de Millicent, Amy Booth-Steele se taille un beau succès en présidente de l’association des géographes, Brenda Edwards et Jáiden Lodge (doublure de Timi Akinyosade) inondent de joie de vivre le plateau dès qu’iels apparaissent, et Tarinn Callender est très charismatique en gentil assistant (et quelle voix!). Et puis il y a le plaisir toujours aussi fort de voir jouer Bonnie Langford (42nd Street, Old Friends), véritable West End Royalty, qui semble rajeunir d’années en années, prouvant qu’elle est toujours dans une forme olympique. Et oui, elle tape toujours un grand écart à la fin de son numéro (ça doit être contractuel).

Bref que dire de plus si ce n’est que Paddington The Musical est un véritable enchantement qui mérite l’enthousiasme collectif et sa cascade de récompenses. Une comédie musicale on ne peut plus anglaise, qui offre une belle déclaration d’amour au genre ainsi qu’à la ville de Londres, et qui n’a pas fini de faire les beaux jours du West End.

Paddington The Musical © Johan Persson
Paddington The Musical
Image de Romain Lambert

Romain Lambert

Membre de Musical Avenue depuis juin 2012, je suis passionné bien évidemment de comédies musicales mais aussi de ballets. Je passe la majorité de mes soirées entre l'Opéra Garnier, Bastille et le Théâtre du Châtelet. Je voue un véritable culte a Stephen Sondheim et j'essaye de chanter "Glitter and be Gay" sous la douche.
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