Critique : “Texas in Paris” à l’Auguste Théâtre (Festival de l’Imaginaire)

La 20ème édition du Festival de l'Imaginaire, attaché à faire découvrir au public français la richesse et la diversité des expressions culturelles du monde, programmait pour deux représentations exceptionnelles Texas in Paris, pièce musicale country et gospel créée en 2015 off-Broadway.

Une occasion rare : la scène de l'Auguste Théâtre accueillait cette semaine Lillias White (Barnum ; Dreamgirls), artiste américaine récompensée en 1997 d'un Tony Award du Meilleur Second Rôle Féminin pour son interprétation dans la comédie musicale The Life de Cy Coleman.

Texas in Paris s'inspire de faits réels. Fin 1989, la Maison des cultures du Monde réunit à Paris, pour 17 concerts de musiques traditionnelles texanes, un duo improbable : John Burrus est un cow-boy blanc de 65 ans, dont la vie se résume au débourrage des chevaux, aux rodéos, et à la musique ; Osceola Mays est une poétesse populaire noire de 80 ans des faubourgs de Dallas. Jamais auparavant ont-ils chanté de façon professionnelle. Et pour Osceola, c'est l'occasion de quitter les frontières de son Texas natal pour la première fois de son existence.

Lillias White et Scott Wakefield dans

Lillias White et Scott Wakefield dans "Texas in Paris"

Témoignage de cette rencontre improbable, la pièce offre une analyse subtile de la collision entre leurs deux univers. À Paris, les deux musiciens sont traités d'égal à égal ; mais difficile pour eux d'oublier la ségrégation absurde qui régit leurs existences au Texas. 

Tout les oppose : lui est un guitariste et banjoïste taciturne qui chante des chansons de garçons vachers, sur les troupeaux, les bêtes sauvages, les plaines et les femmes. Elle interprète des negro-spirituals a capella, tapant des pieds et dans ses mains pour appuyer sa ferveur. Lui n'a accepté ce voyage que par intérêt matériel. Elle y voit une occasion inespérée de découvrir le Monde. Il n'a que faire de remettre en question le status quo. Elle le pousse à remettre en question l'ordre raciste dans lequel sont ancrées leurs traditions. 

Leur antagonisme, qui se traduit jusque dans leurs styles musicaux de prédilection, commencera à s'effriter lorsque leurs chansons se mêleront harmonieusement, et qu'ils trouveront dans leur foi en Dieu la base d'une entente, peut-être propice à la naissance d'une amitié incongrue.

Scott Wakefield et Lillias White dans

Scott Wakefield et Lillias White dans "Texas in Paris"

La mise en scène d'Akin Babatunde s'efface avec sobriété pour laisser le poids de leurs mots (et de leurs silences) imprimer leur trace en nous. Alan Govenar, artisan et témoin de cette rencontre, signe le texte de leurs conversations (réelles ou imaginaires) et tisse avec finesse le fil de leur rencontre.

Sans esbroufe, la pièce est à l'image de ses protagonistes : authentique et sincère. Portée par des interprètes de talent, elle offre une opportunité unique de se plonger dans des traditions musicales méconnues chez nous.

Dans le rôle d'Osceola Mays, Lillias White offre une prestation éblouissante et émouvante des gospels qu'interprétaient les esclaves dans les champs de coton. Son partenaire de scène Scott Wakefield (Bright Star) incarne à merveille la voix et les talents musicaux de ces cowboys qui peuplent l'imaginaire américain.


Texas in ParisTexas in Paris d'Alan Govenar

À l'Auguste Théâtre
6 impasse Lamier
75011 Paris

Les 13 et 14 décembre 2016 à 20h30

Mise en scène : Akin Babatunde ; Texte : Alan Govenar

Avec : Lillias White et Scott Wakefield

 

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