Rencontre : Laurent Bentata (Stage Entertainment France)

Rencontre : Laurent Bentata (Stage Entertainment France)

Laurent Bentata est un personnage clé chez Stage Entertainment France. Présent depuis la création de la filiale en 2005, il y occupe aujourd’hui la fonction de directeur marketing. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la reprise de Cabaret dont la tournée vient de débuter. Il nous a parlé de l’actualité, mais aussi des projets à moyen terme de la plus grande société de production de musicals en France.

Musical Avenue : Les représentations de Cabaret se sont arrêtées en 2007 aux Folies Bergère. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de reprendre le spectacle ?

Laurent Bentata : Une de nos motivations premières était de monter la tournée. Lorsqu’on l’a joué à Paris il y a cinq ans, beaucoup de gens n’ont pas eu le temps de voir Cabaret, non seulement à Paris, mais dans toute la France. Il a fallu construire cette tournée, et trouver une salle à Paris, ce qui n’est jamais évident.

Nous avons eu un coup de coeur avec les équipes du Théâtre Marigny quand nous les avons rencontrées. Ils avaient besoin d’un spectacle fort pour lancer leur saison. Dans ce genre de situations, les décisions sont souvent liées à des rencontres, des opportunités ou des coups de cœur. C’est ce qui s’est passé avec Pierre Lescure.

Rencontre : Laurent Bentata (Stage Entertainment France) / Photo : Julien Vachon pour Musical Avenue

MA : Depuis 2007, Stage Entertainment semble s’orienter vers des spectacles tout public (Le Roi Lion ; Mamma Mia!). Y a-t-il une catégorie de spectacles privilégiée aujourd’hui ?

LB : Il y a une vraie complémentarité entre Cabaret, une pièce dans laquelle l’émotion est forte et pesante, et Mamma Mia! ou Le Roi Lion, qui sont beaucoup plus grand public et festifs. De toute façon, le dénominateur commun reste le même : Broadway. De plus, je suis certain que beaucoup de spectateurs qui viennent voir Cabaret ont vu Mamma Mia!, et inversement.

Plus il y aura de spectacles comme ceux-là, plus le public averti viendra. C’est ce que l’on vit déjà à Mogador, où nous cherchons à créer – en toute modestie – une sorte de temple des musicals. Quand les gens y viennent, ils le reconnaissent comme l’endroit où ils peuvent voir un spectacle populaire, mais de qualité.

Je crois que les gens commencent à nous identifier, que ce soit par le lieu ou par nos spectacles précédents. C’était notre volonté au départ de ne jamais communiquer sur la marque Stage Entertainment. Maintenant que nous avons fait nos preuves, nous commençons à communiquer sur le nom qui se cache derrière ces productions.

Photo : Brinkhoff/Mögenburg © Littlestar

MA : Dans les autres pays d’Europe, Stage Entertainment a une politique agressive d’achats de lieux. Qu’en est-il pour la France ?

LB : Nous étudions cette possibilité. La spécificité du marché français, c’est une concurrence très forte, avec 400 levers de rideaux tous les soirs à Paris. C’est moins le cas en Allemagne, ce qui nous fait nous demander si le public français peut accepter autant de spectacles. Acheter un spectacle n’est pas donné à tout le monde, c’est un investissement très lourd qu’il faut amortir.

Quand on voit un beau musical, ça donne envie d’en voir un autre. Sur Mamma Mia! l’an dernier, nous aurions peut-être vendu encore plus de billets s’il y avait eu d’autres productions à côté. La coexistence de plusieurs spectacles de qualité crée une envie et multiplie les points de convergence.

MA : Autre nouveauté, les tournées de Mamma Mia! et Cabaret. N’est-il pas nuisible à la qualité des spectacles de jouer dans des Zéniths ?

LB : Malheureusement, on trouve très peu de salles de 1.500 places en France. Si l’idée est de permettre au plus grand nombre de voir Cabaret, la solution va consister à plafonner la jauge dans ces grandes salles. Pour Cabaret, nous avons essayé de mettre en place un Zénith le plus intimiste possible – si l’on peut dire – avec 2.500 places. Aux Folies Bergère, la capacité était de 1.300 places.

Photo : Brinkhoff/Mögenburg

Aux États-Unis, les créateurs américains ont présenté le spectacle dans des salles de parfois 5.000 personnes. Le raisonnement est le même sur la question de l’adaptation en français. Nous pourrions jouer les spectacles en anglais, à l’instar de ce que fait très bien M. Choplin au Théâtre du Châtelet. On tiendrait deux mois, parce que la clientèle n’excède pas 50.000 personnes. Notre idée forte, c’est de faire découvrir le musical au plus grand nombre, d’où le positionnement clair de Stage sur ces questions.

MA : Stage Entertainment crée de plus en plus de spectacles originaux dans le monde. À quand la première création 100% française ?

LB : Aux Pays-Bas et en Allemagne, ils ont réussi à monter avec succès des spectacles locaux. La volonté existe de pousser chaque pays à développer son spectacle sur une idée. J’espère que dans deux ou trois ans, nous serons capables de proposer quelque chose, mais c’est un projet qui doit mûrir dès aujourd’hui.

On a de la matière en France : on a prouvé qu’on avait des comédiens, des auteurs. Nous avons tout, reste à trouver l’histoire, et bien l’écrire. Nous sommes très sollicités, mais nous devons trouver le projet dans lequel nous nous reconnaissons le mieux, par rapport aux valeurs que nous souhaitons défendre.

[ Retrouvez sur Musical Avenue notre évènement spécial Cabaret ainsi que les critiques de Mamma Mia! et Cabaret, et l’actu de Sister Act, le prochain musical de Broadway produit par Stage Entertainment France ]

Photos de Laurent Bentata : Julien Vachon pour Musical Avenue

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