Critique : “Un Soir de Réveillon” par la compagnie Les Brigands à la Nouvelle Ève

La compagnie Les Brigands nous offre pour les fêtes une exquise comédie musicale swing des années 1930, aussi romantique qu'impertinente.

Viviane, une jolie demi-mondaine, prépare chez elle un superbe réveillon de Noël. Monique, une jeune fille de bonne famille, passe à l'improviste et convainc Viviane de la retenir pour la soirée. Afin de préserver l'incognito, on l'appellera Ninon. Reste à obtenir l'autorisation d'Honoré, le chauffeur de la famille, qui suit partout Monique et l'attend en bas.
La fête bat son plein à l'arrivée de Gérard Cardoval, un riche industriel de Roubaix qui vient de divorcer et entend désormais devenir un "vrai parisien". Comme de bien entendu, il a tout de suite le coup de foudre pour Ninon. Comme de bien entendu, vont s'ensuivre péripéties et quiproquos croustillants !

Rodrigue Fernandes, Emmanuelle Goizé et Gilles Bugeaud dans

Rodrigue Fernandes, Emmanuelle Goizé et Gilles Bugeaud dans "Un Soir de Réveillon" par les Brigands à la Nouvelle Ève

Les riches s'encanaillent

La jolie opérette que voilà ! Œuvre du compositeur Raoul Moretti (Trois Jeunes Filles Nues), sur des paroles de Paul Armont et Marcel Gerbidon, et des couplets de Jean Boyer et Albert Willemetz (Yes! ; Ta bouche), Un Soir de Réveillon n'a rien de la comédie musicale sage et fleur bleue : la pièce nous plonge dans les mœurs dissolues des gens du monde et nous présente une jeune héroïne qui préfèrerait être cocotte qu'une demoiselle bonne à marier. Sans aucune vulgarité pour autant, on y découvre notamment un invité polisson qui aime à faire sauter les fusibles lors des soirées mondaines pour favoriser les rapprochements dans l'obscurité, ou qui entonne une chanson de marins fort peu convenable. Audace et modernité rythment ce texte qu'on prend un formidable plaisir à redécouvrir aujourd'hui.

Créée en 1932 aux Bouffes Parisiens avec une distribution de qualité mettant notamment en scène l'illustre Arletty dans une baignoire, et le fantaisiste Dranem dans le rôle d'Honoré, la pièce connaît un tel succès qu'elle est adaptée au cinéma quelques semaines seulement après sa première.

Marie Oppert, Flanna Obé et Emmanuelle Goizé dans

Marie Oppert, Flanna Obé et Emmanuelle Goizé dans "Un Soir de Réveillon" par les Brigands à la Nouvelle Ève

Pour cette nouvelle version, le metteur en scène Vladislav Galard prend le parti de réduire la distribution originale – qui comptait quinze interprètes accompagnés d'un chœur de huit "membres de la Bande Joyeuse" – à cinq comédiens (accompagnés de deux musiciens), tronquant considérablement la galerie des personnages secondaires, et coupant au passage quelques chansons peu essentielles à l'intrigue principale. Le résultat, fort réussi, forme un tout à la fois cohérent, dynamique, et parfaitement calibré.

Les arrangements, réduits eux aussi (pour un accordéon et une guitare), assortis à l'interprétation en direct sans micro, donnent un charme certain au parti pris modeste de cette version. Mais attention : aucune économie de talent chez les Brigands !
On retrouve particulièrement l'esthétique achromique de leurs scénographies en noir et blanc, convergeant ici dans un bal final coloré et festif, dénouement peu surprenant mais présentant tous les avantages de sa concision.
Mais plus encore que l'aspect visuel des productions de la compagnie, c'est bel et bien dans l'excellence des artistes qu'on retrouve la signature unique des Brigands.

Romain Dayez et Marie Oppert dans

Romain Dayez et Marie Oppert dans "Un Soir de Réveillon" par les Brigands à la Nouvelle Ève

Marie Oppert et Flannan Obé : un duo stellaire

Marie Oppert (The Sound of Music ; Quand la guerre sera finie) est délicieuse dans le rôle de Monique/Ninon, qui lui permet d'explorer avec brio sa voix lyrique. La jeune femme, qu'on a plaisir à retrouver régulièrement à l'affiche de nombreux spectacles musicaux, est absolument parfaite en jeune fille hardie qu'ennuie la perpective d'un mariage arrangé.

Le duo qu'elle forme avec Flannan Obé (Croquefer & Tulipatan ; La Nuit d'Elliot Fall) constitue la colonne vertébrale de l'opérette. Et quelle colonne ! Obé est prodigieusement fabuleux en serviteur dévoué et trop raisonnable, aux antipodes de sa jeune maîtresse.
Chacune de ses interventions provoque l'hilarité du public, culminant avec le numéro "C'est fini", véritable enchaînement de gags autour d'un quiproquo le faisant passer, aux yeux du personnel d'un restaurant japonais, pour l'amant de Cardoval (interprété par Romain Dayez, dont la prestation de jeune premier nous a en revanche moins convaincus).

Emmanuelle Goizé et Gilles Bugeaud (qui nous avaient offert le très sympathique Oh-la-la oui oui) complètent la distribution avec leurs personnages drôlatiques.

Le répertoire de la comédie musicale d'entre-deux-guerres n'en finit plus de nous séduire, et on espère que les Brigands poursuivront leur exploration du genre tant ce Réveillon est enchanteur !

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Crédit photos : Claire Besse


Un Soir de RéveillonUn Soir de Réveillon, de Raoul Moretti, par la compagnie Les Brigands

À la Nouvelle Ève
25 rue Pierre Fontaine – 75009 Paris
Du 6 novembre au 26 décembre 2017
Les lundis de novembre et les mardis de décembre à 20h30 

Musique : Raoul Moretti ; paroles : Paul Armont & Marcel Gerbidon ; couplets : Jean Boyer et Albert Willemetz ; mise en scène : Vladislav Galard ; scénographie et costumes : Bogdan Hatisi.

Avec : Gilles Bugeaud, Romain Dayez, Emmanuelle Goizé, Flannan Obé, Marie Oppert.
Musiciens : Rodrigue Fernandes (accordéon) et Rémi Oswlad (guitare).

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