Portrait : Howard Ashman, un auteur éternel

«Partir là-bas», «Histoire éternelle» ou encore «Suddenly Seymour», autant de titres culte que l’on doit à Howard Ashman. A l’occasion des 30 ans de La Belle et la Bête, retour sur un auteur qui a marqué toute une génération.

« Si je pouvais partir là-bas »

Howard Eliott Ashman naît le 17 mai 1950 d’une mère chanteuse et d’un père fabriquant de cornets de glaces. Très vite, le jeune Howard se passionne pour le théâtre et n’hésite pas à créer des saynètes avec ses jouets. Pas étonnant de le voir intégrer une troupe à l’âge de 9 ans. Le garçon va même jusqu’à monter des comédies musicales dans la cave de la maison familiale auxquelles il conviait sa famille et le voisinage.

Il quitte par la suite sa ville natale de Baltimore pour aller étudier le théâtre à l’université de Boston. Il n’y reste qu’un an avant d’être transféré au Goddard College où il obtient son diplôme en 1974. C’est à ce moment-là qu’il se tourne vers la mise en scène et l’écriture. Mais le jeune homme rêve d’un destin bien plus grand.

« Je veux m’envoler dans le bleu de l’espace »

Une fois son diplôme en poche, Ashman s’envole pour New York en espérant y faire carrière. Il est dans un premier temps engagé dans une maison d’édition spécialisée dans la littérature jeunesse. Cela ne l’empêche pas d’écrire ses deux premières production théâtrales Cause Maggie’s Afraid of the Dark et Mud Season. Si les deux pièces sont jouées le temps d’un week-end, elles reçoivent un accueil mitigé de la part du public et ne trouveront pas de producteur. Après cet échec, Ashman part durant 2 années au Burkina Faso pour y faire du bénévolat.

Il revient par la suite à New York en 1976 où il se lance dans l’écriture de la comédie musicale Dreamstuff. L’année suivante, la pièce The Confirmation qu’il a écrite durant ses années universitaires se trouve un producteur et lui offre la reconnaissance du milieu théâtral. Le succès de cette création permet à Ashman d’accéder à la direction du WPA Theater pour lequel il officie en tant que directeur artistique.

« I, Eliot Rosewater »

Devant la réussite de The Confirmation, Howard Ashman se lance dans un nouveau challenge : l’adaptation d’un roman de Kurt Vonnegut en comédie musicale. Pour cela, il soumet le projet à Lehman Engel, fondateur d’un atelier qui réunit de nombreux créatifs de Broadway. Ce dernier lui présente alors Alan Menken, un jeune compositeur qui fait ses premiers pas à Broadway.

L’alchimie entre les deux hommes est immédiate et l’écriture de God Bless You, Mr Rosewater débute. La pièce est alors jouée en mai 1979 au WPA Theater. Si la critique est conquise par le show, le public lui n’est pas au rendez-vous. Mais cet échec ne démoralise pas le duo qui s’attelle par la suite à l’écriture d’un nouveau projet.

« Suddenly Seymour »

Pour leur nouvelle idée de comédie musicale, Ashman et Menken se mettent en tête d’adapter le film La Petite Boutique des Horreurs sorti en 1960 (dans lequel jouait notamment un tout jeune Jack Nicholson). L’histoire tourne ainsi autour de Seymour Krellborn, un jeune fleuriste qui découvre une plante se nourrissant de sang humain.

Afin de ne pas reproduire les erreurs de leur précédente création, Ashman insiste pour une production intimiste dans laquelle ne joueront que 9 artistes. La première du show a lieu le 6 mai 1982 au WPA Theater situé Off-Off-Broadway. Le musical déménage par la suite au Orpheum Theater où le succès est au rendez-vous. Les critiques apprécient notamment l’humour noir du spectacle ainsi que les chansons incluses dans la production.

Le spectacle reste plus de 5 ans à l’affiche du Orpheum Theater et s’exporte bien vite à l’international tandis que certaines des chansons telles que «Suddenly Seymour» ou «Somewhere That’s Green» deviennent incontournables. Le parolier n’hésite également pas à s’impliquer dans les adaptations de la pièce et notamment celle jouée au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1986.

« I will live in Disneyland »

L’année 1986 est particulièrement chargée pour Howard Ashman. Suite au succès du spectacle sur scène, il supervise l'adaptation cinématographique de La Petite Boutique des Horreurs et écrit deux nouvelles chansons pour l'occasion. En parallèle, il débute l’écriture d’une nouvelle comédie musicale intitulée Smile, inspiréef d’un film racontant les mésaventures d’organisateurs d’un concours de beauté. Le spectacle est alors joué pour la première fois à Baltimore avant d’être transféré à Broadway en novembre 1986. Mais le succès n’est pas au rendez-vous, ce qui frustre Ashman au plus haut point.

Pourtant une nouvelle opportunité se présente à lui. Passionné par le cinéma d’animation, il répond à l’appel des Studios Disney pour écrire l’une des chansons de leur future production Oliver & Compagnie. Ashman leur livre alors la chanson «Il était une fois à New York City» tout en imposant sa vision créative. Jeffrey Katzenberg, alors directeur de la Walt Disney Company, lui offre par la suite la possibilité de travailler sur les futurs projets de la firme. Le choix de Ashman se porte alors sur un projet en particulier.

« Sous l’océan »

C’est durant la production de Oliver & Compagnie que Howard Ashman entend parler de La Petite Sirène. Si le projet intéresse l'auteur, ce dernier constate qu’il est au point mort depuis des années. Cela n’arrête pas Ashman qui demande à Menken de venir l’épauler pour remettre le film sur les rails. Ainsi, les deux hommes ne se contentent pas seulement d’écrire les chansons du long-métrage, ils participent même activement au processus créatif de ce dernier.

C’est notamment Ashman qui donne à Ariel ce désir d’ailleurs ou à Ursula toute l’extravagance qui la caractérise. Il va même jusqu’à superviser les enregistrements de la bande originale prouvant ainsi son implication majeure dans le projet.

La Petite Sirène sort sur les écrans américains en novembre 1989 et devient rapidement un véritable succès tant public que critique. Le film est si populaire que deux de ses chansons sont nommées aux Oscars. C’est finalement « Sous l’Océan » qui remporte la récompense tant convoitée dans la catégorie « Meilleure Chanson Originale ».

Pourtant la cérémonie n’est pas le moment de joie espéré. C’est ce soir-là après la consécration de leur chanson que Ashman choisit d’annoncer à son partenaire de toujours qu’il est séropositif.

« Histoire éternelle » et « Nuits d’Arabie»

Mais cette nouvelle est loin d’arrêter Howard Ashman qui continue de se plonger dans son travail pour Disney. Il propose alors aux Studios, un projet de scénario inspiré des Contes des Mille et Une Nuits pour lequel il écrit plus d’une dizaine de chansons. Mais une autre entreprise mérite alors toute l’attention du parolier : La Belle et la Bête.

Comme pour La Petite Sirène, Ashman s’investit corps et âme dans le projet, non seulement en participant à l’élaboration du scénario mais également dans le choix de la distribution vocale du film.
Mais son état de santé déclinant ne lui permet plus de suivre à 100% la production du film. Il est alors contraint de finir son travail depuis chez lui. Pour être au plus proche de leur collaborateur, l’équipe du film va même jusqu’à s’installer dans un hôtel voisin de son domicile.

Le 10 mars 1991, les Studios Disney présentent, pour la première fois, quelques extraits de La Belle et la Bête à la presse américaine. La réaction est plus que positive et l’équipe se rend à l’hôpital Saint-Vincent dans le centre de Manhattan pour partager leur joie avec Howard. L’homme est véritablement affaibli mais témoigne de sa confiance quant au succès du film.
Howard Ashman s’éteindra 4 jours plus tard sans avoir pu voir le film terminé.

Et l’homme devint légende

La Belle et la Bête sort finalement le 13 décembre 1991. Comme pour La Petite Sirène, l'oeuvre est un succès et devient même le premier film d’animation à se voir nommé à l’Oscar du Meilleur Film. Il obtiendra finalement 2 Oscars dont celui de la Meilleure Chanson Originale pour « Histoire Éternelle ».


Après ce film, les studios Disney sortiront Aladdin dans lequel Howard s’était également investi avant son décès. Pas moins de 3 chansons écrites par Ashman se retrouvent dans le montage final (« Nuits d’Arabie», « Je Suis Ton Meilleur Ami» et « Prince Ali»).

Même après sa mort, l’ombre d’Howard plane encore à Broadway où ses chansons sont interprétées au sein des adaptations scéniques de La Belle et la Bête (1993) et Aladdin (2011). Certaines de ses compositions, telles que « Proud of Your Boy», abandonnées lors des productions des long-métrages se voient même réintégrées au sein de ces spectacles.

Howard Ashman s’est bien vite imposé comme un auteur de légende dont la musique aura bercé l’enfance de nombreuses personnes. Il aura su donner sa voix emblématique à une petite sirène, mais également une âme à une bête et pour cela, il restera à jamais éternel.



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