Avec Art majeur actuellement présenté au Studio Théâtre, la Comédie-Française met un peu plus en lumière la richesse des talents pluridisciplinaires qu’elle regorge et enjambe joyeusement les frontières qui séparent musique et théâtre.
La chanson, un art majeur ?
Tout commence par un débat entre Serge Gainsbourg et Guy Béart : la chanson est-elle un art majeur ? Et puis d’abord, qu’est-ce qu’un art majeur ? Pour interroger la place de la chanson dans nos vies, Guillaume Barbot confient le soin à quatre écrivains d’écrire sur la musique qui a changé leur vie. Leurs textes sont alors confiés à quatre comédiens qui leur donnent vie sur scène. Cela créé un concert à nul autre pareil, un spectacle entre poésie, littérature et musique, un spectacle où les mots et les notes s’entremêlent pour raconter des histoires intimes qui touchent le public en plein cœur.
Un concert-théâtre kaléidoscopique
Le public est accueilli devant une scène remplie d’instruments : piano, guitares, basse, batterie, clavier… qui évoque une scène dans un bar, une réunion d’amis qui viendraient faire un bœuf ensemble et se raconter leur vie. Sauf qu’à la Comédie-Française, cela n’a rien d’une discussion de comptoir. Sur cette scène du Studio-Théâtre, viennent prendre place cinq interprètes : la rayonnante Léa Lopez, l’incomparable Thierry Hancisse, l’émouvante Véronique Vella, le déroutant Axel Auriant guidé et accompagnés par le musicien Pierre-Marie Braye-Weppe.
À tour de rôle, ils prennent le micro pour nous partager le texte qui leur a été confié, entrecoupant leur narration de chansons, laissant les histoires dialoguer, jouant avec les intensités. Quel talent et quelle maîtrise sur scène ! Tout est juste, sensible et puissant : autant dans le travail de la voix, que dans le jeu d’acteur ou le maniement des instruments. Le répertoire est varié, allant de Barbara à Indochine, de David Bowie à Camille.
Si le public est un peu perdu les premières minutes devant l’étrange forme hybride qui lui est présenté, il est rapidement saisi par la force de présence et d’interprétation qui émane de ce plateau. Il lâche prise et se laisse emmener par ces merveilleux conteurs musicaux. Dans un jeu d’évocations, la musique prolonge le texte, l’enrichit et le nourrit. Elle apporte la douceur, l’énergie, le mystère et la nostalgie.
Un subtile travail de lumières
Derrière cette scénographie de concert en apparence simple, il convient de souligner le merveilleux travail de lumières de Benjamin Lebreton et Nicolas Faucheux qui cache une grande sophistication. Ils parviennent par la seule force des projecteurs à créer des ambiances radicalement différentes pour chaque passage du spectacle, s’adaptant au ton du récit, à l’interprète, à la musique pour mettre en valeur les trois. Si le public ne s’ennuie pas une seule minute, c’est également à eux qu’il le doit.
Art majeur est un hommage à l’interprétation, à la force du jeu théâtral et musical porté par quatre magnifiques comédiens. Nourri d’un registre musical éclectique, il parlera à tous les âges. En ressortant, le spectateur n’aura plus qu’une certitude : impossible de considérer la chanson comme un art mineur après tout ce qu’elle nous a fait traverser pendant plus d’une heure de spectacle.
