Critique : « J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep » au Théâtre Clavel

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A l’affiche du Théâtre Clavel depuis le 22 octobre dernier, J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep, écrit et mis en scène par Thomas Bernier, est un petit bonbon pop et coloré qui, sous ses airs légers, est peut-être l’une des meilleures surprises de cette rentrée 2026. Une bulle de fraîcheur bienvenue en ces temps troublés.

Certains rêvent d’être chanteur, pompier, princesse ou encore médecin. D’autres rêvent d’être Meryl Streep, ni plus ni moins. C’est le cas de Jessica, 32 ans, conseillère en emploi qui décide du jour au lendemain de tout plaquer suite à un drame personnel (le décès de sa tatie Loretta) pour accomplir ce qu’elle pense être sa destinée : devenir Meryl Streep en suivant un plan d’action millimétré inspiré de la carrière de la célèbre actrice.

Un univers joyeux et coloré

Tel est le point de départ de la comédie musicale J’ai toujours rêvé d’être Meryl Streep, actuellement proposée au Théâtre Clavel à Paris. Son auteur et metteur en scène Thomas Bernier, que l’on a notamment pu applaudir en tant qu’interprète dans Grease, Le Tour du monde en 80 jours ou encore West Side Story à l’Opéra du Rhin, est très clair dans sa note d’intention : il s’agit ici de faire preuve de légèreté et de proposer du réconfort « face à un contexte mondial anxyiogène ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est réussi.

Crédit photo : Maxime Guerville

Plantons tout d’abord le décor : créé par Patrick Bernier, celui-ci est on ne peut plus simple, composé de deux structures amovibles ornées de néons pouvant s’ouvrir et se tourner au gré des changements de scène et de quelques éléments de mobilier tels que des chaises, une table et un miroir. Le tout, dans des couleurs vives et acidulées faisant la part belle au rose bonbon. Le rendu peut paraître parfois trop épuré, mais rappelons que nous sommes ici dans l’écrin intimiste du Théâtre Clavel et que l’excès de décor ne fait pas forcément un bon spectacle. Et puis, qu’est-ce que cela fait du bien d’être enfin dispensé d’écrans projetant des images douteuses en IA dont usent et abusent tant de productions de spectacles musicaux actuellement ! Tout est ici très artisanal, poussé et amené par les comédiens eux-mêmes mais sans jamais nuire au rythme et tout en étant même parfois inclus dans la narration.

Quand Jessica rencontre Meryl

Dans ce décor oscillant entre paillettes et sobriété évoluent les principaux protagonistes du spectacle : Jessica bien sûr, dont la mise en œuvre du plan farfelu incombait le soir de notre venue à la toujours très pétillante et talentueuse Jeanne Jerosme (Starmania ; Company), son ami d’enfance Nathan, incarné ce soir-là par Bastien Monier (Les Misérables ; Sherlock Homes: L’Aventure musicale), et toute une panoplie d’autres personnages hauts en couleur – les parents de Jessica, le metteur en scène de théâtre torturé, la présidente du fan club (ou de la secte, on ne sait plus trop) de Meryl Streep, etc… – interprétés par Lucie Riedinger (La Famille Addams ; Robin des Bois, la légende… ou presque) et Nicolas Soulié (Rebecca au festival Bruxellons!). Mention spéciale à ce-dernier, hilarant dans chacun de ses rôles. Notons également la présence vocale de Meryl Streep herself… ou plutôt de l’une de ses voix françaises, Frédérique Tirmont, dans une scène très drôle dont on ne dévoilera pas ici la teneur.

Crédit photo : Maxime Guerville

Au niveau musical, la partition signée par Charlotte Gauthier et Thomas Bernier, avec des arrangements de Nicolas Del Gallo et Charlotte Gauthier également, bénéficie d’une écriture ciselée sur des airs allant de la pop au tango en passant par la folk et les ballades plus classiques. Des influences diverses au service de morceaux directement intégrés à la narration, dans un style très « Broadway ». Le tout n’est pas sans rappeler des spectacles tels que Legally Blonde et comprend, bien sûr, des références directes à l’univers de Meryl Streep (Mamma Mia !,…) Un petit regret, cependant : on aurait espéré peut-être un peu plus de moments chantés.

Que ferait Meryl Streep ?

« What would Meryl Streep do » ? Non, vous n’êtes pas à un débrief de Marlène Schaff à la Star Academy, mais bien devant l’un des moments musicaux les plus réjouissants du spectacle, faisant directement référence à une expression de la culture artistique populaire consistant à se demander ce que ferait la célèbre actrice dans telle ou telle situation. Un titre enjoué et efficace aux envolées presque inspirées du gospel, brillamment interprété par le trio Lucie Riedinger/Bastien Monier/Nicolas Soulié sur une chorégraphie au dynamisme contagieux. De manière générale, le spectacle est agrémenté de nombreux clins d’œils à la carrière de Meryl Streep, de la Route de Madison au Diable s’habille en Prada en passant par Kramer contre Kramer, et à diverses anecdotes entourant sa carrière.

Crédit photo : Maxime Guerville

Mais tout comme les vêtements pailletés ne font pas la star, la méthode, aussi élaborée soit-elle, ne fait pas non plus l’icône ; cela, Jessica va l’apprendre à ses dépens, toujours dans une veine très humoristique. Ce qui n’empêche pas le personnage de montrer tant son côté déjanté que sa vulnérabilité. Car sous des dehors drôles et légers, le spectacle se veut également émouvant et pose une question cruciale : Jusqu’où peut-on idolâtrer sans se perdre soi-même au passage ? « Ce spectacle, c’est aussi une ode aux originaux, aux marginaux, à celles et ceux sur qui on ne parierait pas », commente d’ailleurs Thomas Bernier au sujet de son œuvre. « C’est un hommage à ces personnes qui doutent, qui manquent de confiance, qui se sous-estiment alors qu’ils ont en réalité la force des géants et sont capables, même sans le savoir, de soulever des montagnes. » Un véritable propos, donc, que la to-do list méticuleuse et pouvant prêter à sourire de Jessica ne fait que mettre en lumière.

Pour le reste, on ne peut que vous encourager à mettre sur votre propre to-do list le fait d’aller voir J’ai Toujours rêvé d’être Meryl Streep tant qu’il en est encore temps ! Un spectacle joyeux et dynamique, porté par des interprètes qui ne boudent clairement pas leur plaisir d’être sur scène et qui fait véritablement du bien en cette période morose… et ce, qu’on soit fan de Meryl Streep ou non.

J’ai Toujours Rêvé d’être Meryl Streep
Image de Chloe Enkaoua

Chloe Enkaoua

J'ai trois passions dans la vie : les voyages, les romans de Stephen King et les comédies musicales. En grandissant au milieu de quatre grandes sœurs, j'ai été biberonnée aux films musicaux, de "Hair" à "The Chorus Line" en passant par "West Side Story", "Grease" et "Fame". Depuis 2008 et mon arrivée à Paris pour exercer le métier de journaliste, j'écume les salles de spectacles pour y découvrir les nouvelles comédies musicales à l'affiche. Et lorsque je le peux, celles de Broadway et du West End également !
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