Pour cette nouvelle saison, l’Essaïon accueille pendant l’automne et l’hiver le spectacle musical Encore une Marilyn (mais cette fois-ci la vraie !). Plongée dans la vie de Marilyn Monroe portée par l’espiègle Alice d’Arceaux.
Marilyn Monroe sous toutes les coutures
Vêtue d’une robe rose et de quelques bijoux Alice d’Arceaux accueille le public dans la pénombre du caveau de l’Essaïon. Le spectacle s’ouvre sur l’iconique « Diamonds Are a Girl’s Best Friend », une manière de désamorcer l’attente du tube le plus célèbre de l’actrice-chanteuse et d’inviter le spectateur à découvrir pleinement les mille et une autres facettes de Marilyn.
De robes, il en sera beaucoup question pendant ce spectacle dont l’identité visuelle se construit entre des éclairages soignés et une sublime garde-robe. Tout au long du spectacle, la comédienne change et rechange de tenue, revêtant une nouvelle robe pour chaque période de la vie de Marilyn – ou plutôt chacun de ses plus célèbres films. Nadège Buflay, la créatrice des costumes mérite à ce sujet les félicitations : on reconnait du premier coup d’œil la robe légère blanche de Sept ans de réflexion ou celle rouge vif de Gentlemen Prefer Blondes.
Le jeu de lumières est également digne d’une mention particulière : la salle de l’Essaïon est une salle compliquée à allumer et la metteuse en scène Sophie Forte parvient merveilleusement à mettre en valeur l’actrice principale, à créer les multiples atmosphères lumineuses propices au propos du spectacle, de la salle de cinéma à la froideur d’une chambre vide ou la festivité d’une soirée mondaine. On sent le soin mis à reproduire des images devenues cultes de l’actrice, autant dans ses films que dans des interviews ou photographies.
Trouver la lumière dans un destin tragique
Le thème du spectacle est annoncé dès les premières répliques. Il sera question de Marilyn Monroe et des multiples fantômes qui ont peuplé son existence : producteurs, maris, mère, journalistes… ainsi que son alter égo, Norma Jean, la femme qui est devenue Marilyn mais n’est pas disparue dans cette transformation. Chacun des personnages secondaires sera interprété par Guillaume Nocture, comédien et excellent guitariste, qui donne la réplique et accompagne Alice d’Arceaux pendant toute cette succession de pages de vie. Il interprète à la guitare ces chansons devenues des standards, depuis « My Heart Belongs to Daddy à « Happy Birthday Mr. President ».
Dès le début, le ton semble rapidement posé : il se veut léger et humoristique. L’enfance de Marilyn est présentée de manière expéditive et comique pour rapidement venir à sa carrière de starlette, puis de star sur laquelle s’attardera la narration. Pourtant, le spectacle se heurte rapidement à la réalité de la biographie torturée de l’actrice : il est difficile de garder une pointe d’humour en racontant une vie si empreinte de gravité, de violence et de domination. Le récit ne cache pas les noirceurs derrière la vie de paillettes. De cette difficulté à trouver sa juste distance avec la biographie de Marilyn nait une forme de confusion chez le spectateur : le spectacle a-t-il une vocation hommage ou documentaire ? S’agit-il de redonner à Marilyn la voix sur son propre récit ou d’exposer les multiples anecdotes des magazines people ? Le titre en lui-même entretient ce doute entre détachement et fidélité à l’histoire tortueuse de l’actrice.
Un hommage passionné
Pourtant, il est indéniable que l’interprète principale, la talentueuse Alice d’Arceaux, déborde d’intérêt et d’affection pour l’actrice qu’elle incarne. On sent le soin avec lequel elle a travaillé son rôle, ses gestes, ses postures pour incarner Marilyn avec espièglerie et légèreté. Sa voix est belle et juste, mais bien distincte de celle de l’actrice. Ainsi, le spectateur familier de son timbre sensuel et particulier ne croira pas à un seul moment qu’il se trouve devant Madame Monroe.
Pour conclure, Encore une Marilyn (mais cette fois-ci la vraie !) offre un spectacle soigné qui brille par son esthétique et ses interprètes, mais dont l’écriture alterne entre sérieux et comédie sans réellement trouver son équilibre. C’est pourtant lorsqu’il renonce à être un biopic fidèle de l’actrice, dans ses tentatives de distanciations, ses anachronismes et élans d’enthousiasme, que le spectacle sonne le plus juste. S’il ne parvient pas toujours à cueillir l’émotion, il offre de belles chansons sur de magnifiques images qui replongent les passionnés dans les plus grandes pages de l’histoire du cinéma.
