Pour fêter ses 10 ans, la troupe de comédie musicale Singing on the Roof a investi la MPAA Saint-Germain pour quatre soirs avec la comédie musicale Heathers. Une œuvre aussi populaire qu’exigeante, à laquelle le collectif se confronte avec succès.
Depuis quelques années, la comédie musicale s’est imposée dans la programmation de la MPAA Saint-Germain grâce à l’arrivée de nombreux collectifs amateurs venus y jouer leurs œuvres préférées, en français ou en anglais. Singing on the Roof en fait partie et nous avait notamment fait découvrir l’année dernière Curtains, un titre plutôt méconnu de Kander & Ebb, dans une production mettant bien en valeur leur talent et leur enthousiasme. Cette année, alors que la troupe célèbre son 10e anniversaire, leur choix s’est porté sur un spectacle beaucoup plus populaire : Heathers : The Musical.
Le phénomène « Heathers »
Adaptée du film éponyme (Fatal Games en français), la trame suit Veronica Sawyer, une jeune fille prise malgré elle dans l’implacable jungle qu’est son lycée, où les réputations se font et se défont à la vitesse de l’éclair. Profitant d’un concours de circonstances, elle parvient à atteindre le Graal ultime : faire partie des Heathers, la clique des reines du lycée menée par la redoutable Heather Chandler. Parallèlement, elle rencontre J.D., un garçon aussi mystérieux que toxique, et tombe sous son charme. Ce dernier va l’entraîner dans une boucle meurtrière dont elle aura bien du mal à se dépêtrer.
Après une présentation en version concert, avec Annaleigh Ashford (Sweeney Todd) et Jeremy Jordan (The Great Gatsby), excusez-nous du peu, Heathers : The Musical voit le jour en 2013 à Los Angeles, avant de débarquer à New York en off Broadway l’année suivante. L’écriture du projet est confiée à deux habitués des adaptations scéniques de films cultes : Laurence O’Keeffe et Kevin Murphy, connus respectivement pour leur travail sur Legally Blonde et Reefer Madness. Le spectacle rencontre un certain engouement, particulièrement auprès des adolescent.es et jeunes adultes. Mais il faudra attendre la première londonienne en 2018 dans une version légèrement remaniée pour que le phénomène Heathers prenne son essor. Depuis, ce qui était un spectacle un peu niche vénéré par une poignée de fans est devenu un large succès, très régulièrement repris en Angleterre (notamment cet été à Londres), et qui a récemment eu droit à un revival de premier plan à New York. Le phénomène dépasse également la sphère du monde de la comédie musicale. La série Riverdale lui a même dédié un épisode spécial, reprenant une large partie de la partition, avec un succès certes discutable.
Une œuvre universelle
L’engouement pour ce titre se fait sentir dès l’entrée en salle à la MPAA Saint-Germain, quasiment complète pour les quatre représentations. Au-delà de la famille et cercles proches des artistes, des fans de l’œuvre ont fait le déplacement, arborant des tenues faisant référence aux personnages, pour le plaisir de voir cette comédie musicale qu’iels adorent. Certain.es attendent même les artistes à la fin pour leur demander des autographes. Preuve qu’en France, il y a aussi un engouement pour ce spectacle. Il faut dire qu’à l’instar d’autres pièces se déroulant dans un lycée (Dear Evan Hansen, The Prom…) Heathers regorge de thèmes auxquels il est facile de s’identifier : la difficulté de se faire accepter et d’exprimer son identité, le désir d’appartenir à un groupe, la peur d’être rejeté… Des situations qui font directement écho aux expériences de chacun.es, même si elles sont ici abordées dans un scénario beaucoup plus rocambolesque que dans la réalité (du moins, on l’espère pour vous). Ajoutez à cela une partition pop-rock qui enchaîne tube sur tube : il est facile de voir pourquoi cette pièce est si populaire.
Cela faisait d’ailleurs plusieurs années que le collectif Singing on the Roof souhaitait monter cette comédie musicale, et leur enthousiasme à la jouer se retranscrit parfaitement sur scène. Comme pour Curtains, il y a de quoi être impressionné par leur énergie et leur professionnalisme face à la qualité du spectacle présenté. Pendant presque 2h30, iels donnent vie à cette pièce, la jouant dans sa quasi-intégralité, sans temps mort ni hésitation visible, et le tout en anglais. La mise en scène, assurée par Cybill Clerger assistée par Nolwenn Bruneel et Ines Shyti, se montre particulièrement fluide et efficace, jouant habilement des limites techniques et financières de ce genre de projet, rehaussé par les belles chorégraphies de Marie-Liane Lekpeli. Avec un orchestre de huit musicien.nes sur scène (un véritable luxe), la musique est parfaitement mise en valeur avec un très beau travail d’harmonie. Un exploit qu’on ne peut qu’applaudir tant la partition ne ménage pas les interprètes. Les rôles de Veronica et JD, incarné.es respectivement par Nina Vukovic et Naoufal Alami-Hassani, sont particulièrement écrasants à cet égard. Mais les deux comédien.nes relèvent le défi avec honneur, ne montrant aucun signe de fatigue après leur troisième représentation consécutive. Globalement, tou.tes mériteraient d’être cité.es et c’est un plaisir de retrouver les interprètes qui étaient dans Curtains l’année dernière s’approprier des rôles parfois diamétralement opposés.
Encore une belle soirée, donc, en compagnie des membres de Singing on the Roof qui se lancent déjà dans un nouveau défi de taille pour la saison prochaine : Parade, le chef-d’œuvre de Jason Robert Brown et Alfred Uhry. (Iels sont d’ailleurs à la recherche de musicien.nes et d’un.e chef.fe d’orchestre, à bon entendeur). Un projet ambitieux qu’il nous tarde de découvrir.
