Critique : « Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street » au Lunt-Fontanne Theatre

18 ans après son précédent passage à Broadway, le diabolique barbier de Fleet Street a rouvert son échoppe au Lunt-Fontanne Theatre dans une nouvelle version, mise en scène par Thomas Kail. 

"ATTEND THE TALE of sweeney todd"

S’il y a une œuvre de Stephen Sondheim qui a connu de nombreuses versions, c’est bien Sweeney Todd. De la première exploitation dans laquelle Len Cariou et Angela Lansbury tenaient les rôles, en passant par la version minimaliste de John Doyle, les adaptations de l’histoire du barbier sadique et de sa compagne sont légion. Comment parvenir ainsi à renouveler une histoire déjà racontée à de nombreuses reprises ? C’est le défi que s’est lancé le metteur en scène Thomas Kail (Hamilton). Et autant le dire, c’est une franche réussite !

© Matthew Murphy & Evan Zimmerman

Grâce à une mise en scène des plus simplistes, s’appuyant sur une plateforme en hauteur et amovible et d’une énorme grue, Thomas Kail nous prouve que parfois le minimalisme permet de raconter des histoires de manière plus intense. Tour à tour, échoppe de barbier de Sweeney Todd, chambre dans laquelle la pauvre Johanna est enfermée ou encore asile de fous, les quelques décors créés par Mimi Lien sont utilisés de manière intelligente sans en faire des tonnes et parviennent à représenter l’industrialisation de la ville de Londres qui écrase les personnages, tout en permettant de rendre un hommage vibrant aux décors de Harold Prince utilisés dans la toute première version du spectacle en 1979. À noter également, le travail de la lumière effectué par Natasha Katz qui renforce l’atmosphère angoissante de l’œuvre tout en offrant parfois des tableaux d’une beauté renversante que l’on croirait tout droit sortis d’un tableau impressionniste.

"God that's Good!"

Mais Sweeney Todd ne serait pas l’oeuvre culte qu’elle est sans sa partition musicale ! Et il faut bien dire que Thomas Kail a vu les choses en grand. Souhaitant se rapprocher des orchestrations originales, le metteur en scène s’entoure ainsi d’un orchestre de 26 musiciens présents à chaque représentation qui permettent de donner corps aux partitions de Sondheim. Sous la direction musicale d’Alex Lacamoire, la musique de l’oeuvre se retrouve ici sublimée et donne des frissons aux spectateurs lorsque surviennent les envolées musicales de « Johanna » ou « Epiphany ». 

© Matthew Murphy & Evan Zimmerman

"A pie fit for a king"

Du côté de la distribution, c’est également un quasi sans-faute !

Si Josh Groban n’était pas présent lors de la représentation à laquelle nous avons assistée, Paul-Jordan Jansen porte le rôle du barbier avide de vengeance avec beaucoup d’aisance. Son timbre de voix apporte une dimension inquiétante au personnage et son interprétation permet de rendre le personnage suffisamment attachant malgré les crimes qu’il commet.

Mais le véritable atout du casting reste Annaleigh Ashford qui campe une Madame Lovett, certes plus jeune qu’Angela Lansbury et Patti LuPone, mais terriblement drôle. Enchaînant des blagues et des positions plus improbables les unes que les autres, chacune de ses apparitions provoque l’hilarité du public et l’actrice parvient aisément à se démarquer, si bien, qu’elle a parfois tendance à éclipser la performance de son partenaire masculin.

© Matthew Murphy & Evan Zimmerman

Du côté des seconds rôles, le reste du casting ne démérite pas. Le couple formé par Johanna et Anthony, incarnés respectivement par Maria Bilbao (dont c’est le premier rôle à Broadway) et Daniel Yearwood, fonctionne à merveille sans tomber dans les clichés des amoureux transis, tandis que le duo constitué du Juge Turpin (Jamie Jackson) et du Bailli Bamford (Jonathan Christopher) est particulièrement détestable.
Gaten Matarazzo (bien connu des fans de la série Stranger Things) campe, quant à lui, un Toby plus que convaincant. Tantôt drôle, tantôt touchant, le jeune acteur livre une prestation incroyable et a même réussi à nous émouvoir lors de sa prestation de « Not While I’m Around ».
Enfin, Ruthie Ann Mills incarne une mendiante des plus inquiétantes. Toujours en train de roder autour des protagonistes tel une figure de fatalité, l’actrice parvient à rendre mémorable ce personnage parfois trop souvent laissé de coté.

© Matthew Murphy & Evan Zimmerman

Si l’on pouvait craindre une énième adaptation peu originale de Sweeney Todd, il n’en est rien ! Thomas Kail prouve que le mythe du barbier vengeur a encore de beaux jours devant lui. Grâce à une distribution incroyable et une mise en scène ingénieuse, cette version 2023 est l’un des shows de Broadway à ne pas rater !

4.5/5
Sweeney Todd - The Demon Barber of Fleet Street
Florian Guerard

Florian Guerard

Fan Disney et de cinéma, je grandis en Nouvelle-Calédonie jusqu’à mes 15 ans. C’est à cet âge-là que je découvre le monde de la comédie musicale lors d’un voyage à Londres avec Wicked. Pris de passion pour cet univers, je vadrouille entre Paris, Londres et New York pour en voir le plus possible. Pas étonnant donc de me voir rejoindre Musical Avenue en 2021 pour partager cette passion en parallèle de mon activité professionnelle de Community Manager pour Le Petit Prince.
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