Critique : "Belles de nuit – Le musical" au Théâtre Trévise à Paris

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Cette réouverture de portes s’est faite attendre. Autant celle du Théâtre de Trévise fermé pour travaux suite à une explosion dans sa rue au mois de janvier dernier, que celle des portes de la maison close des Belles de nuit, le spectacle musical. Ce spectacle offre une plongée coquine mais certainement pas édulcorée dans la vie de celles qui travaillaient dans les maisons closes avant leur fermeture à l’après-guerre.
Une intéressante réflexion sur le plus vieux métier du monde
La polémique est la même aujourd’hui qu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale quand Marthe Richard, une ancienne prostituée devenue conseillère d’arrondissement de Paris, dépose une loi qui impose dès avril 1946 la fermeture des maisons closes. Malgré des ambitions de bienséance pour punir une société dite responsable d’une débauche organisée, c’est le sort des milliers de jeunes femmes qu’elle rend incertain entre espoir d’une vie meilleure ou destin tragique à la rue sous le joug d’hommes violents. L’intelligence de ce spectacle est de ne pas prendre un parti politique pour la question mais d’exposer à travers le destin de quatre femmes les diverses conséquences de cet arrêté. Certaines avaient fait le choix de la prostitution, certaines en étaient la victime. Mais toutes semblaient se sentir rassurées dans cet établissement, mais si des rêves d’ailleurs nourrissaient souvent leurs pensées. Le spectacle raconte la complicité tout comme la cohabition parfois difficile, le contrôle qu’elles tentaient d’excercer sur leurs corps tout comme leur impuissance, leurs fantasmes éveillés tout comme la violence de la réalité.
Une distribution féminine à l’honneur
Chez les Belles de Nuit, ce seront les femmes à la manoeuvre. Une femme d’ailleurs en particulier : la tenancière Yvonne (interprétée par Bénédicte Charpiat) qui nous touche par sa froideur de femme d’affaires qui cache un passé tortueux et une profonde et sincère tendresse pour ses filles. Ses filles, ce sont Lucienne, la très sensuelle écorchée vive au caractère trempé interprétée par Audrey Rousseau, Jeanne la femme fatale qui n’a pas froid aux yeux incarnée par Sarah Tullamore, et Jacote, la gamine naïve, insouciante et attachante, jouée par Roxane Le Texier. Une très charmeuse et talentueuse brochette de femmes qui vous chantent leurs états d’âme avec raffinement (attention, c’est exigé par la tenancière !) accompagnées au piano, à l’accordéon, mais aussi au ukulélé et à la flûte traversière. Et qui courtisent le public avec des textes saupoudrés d’humour polission qui ne laisse pas les spectateurs.rices indifférent.es.
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Un décor stylisé qui invite à l’encanaillement
C’est dans un simple et très sophistiqué décor de vitrines qui fait immédiatement penser à la prostitution du fameux quartier rouge d’Amsterdam que l’on pénètre chez les Belles de Nuit.  La scénographie ne fait qu’évoquer le monde de la nuit où vivent, ou plutôt survivent, nos héroïnes. Réverbère, liserais fluos, lueurs bleues et orangées, la lumière tamisée sensualise l’espace où les hommes sont invités à payer pour leur plaisir, mais ne peut cependant pas masquer les drames qui s’y jouent. Tout comme les jolies et lascives tenues d’époque de nos héroïnes excitent les appétits les plus lubriques mais ne peuvent vraiment cacher les blessures.
Le spectacle est un plaisir pour les yeux comme pour les oreilles. On n’y regrette juste qu’au niveau général du rythme du spectacle, on s’attarde finalement plus sur les discussions et querelles liées aux éventuelles conséquences du contexte exposé dès le début, la fermeture imminente de la maison, que sur les véritables péripéties de l’histoire qui en sont les conséquences violentes. Ces dernières semblent trop brièvement abordées, alors qu’elles sont le véritable enjeu du propos. Peut-être par respect, peut-être par pudeur.  
On ne peut que vous recommander d’oser pousser les portes de ce spectacle qui invite le spectateur à s’encanailler mais l’incite aussi à méditer sur les répercussions dramatiques d’un sujet de société qui concerne autant les hommes que les femmes et ranime la polémique depuis la nuit des temps. Le spectacle est prévu jusqu’au 8 juin au Théâtre Trévise.


BellesdeNuit-visuel-40X60-2019-BD_Belles de nuit – Le musicalde Jonathan Kerr et Bénédicte Charpiat
A partir du 5 avril 2019
Au Théâtre Trévise
14 rue de Trévise – 75009 Paris
Livret : Bénédicte Charpiat et Jonathan Kerr ; Musique, paroles et mise en scène : Jonathan Kerr
Avec : Benoît Urbain, Roxane Le Texier, Gwenaëlle Chouquet ou Sarah Tullamore, Audrey Rousseau, Jonathan Kerr et Bénédicte Charpiat
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Margot Capespine

Margot Capespine

Etudiante en cinéma, c'est ce dernier qui m'a mené à la comédie musicale en visionnant les perles de l'âge d'or d'Hollywood. Le virus s'est développé avec une passion pour la version spectacle vivant de ce genre, jusqu'à envahir ma vie professionnelle puisque je produis les spectacles et parades d'un célèbre parc d'attractions dans l'est parisien. J'ai rejoint Musical Avenue et sa merveilleuse équipe en 2013 par envie de développer la légitimité et la popularisation de ce genre qui mérite d'être incontournable à Paris.
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