Critique : « Deux sans toi, c’est trop peu » à la Comédie Saint-Michel

Ce printemps, la Comédie Saint-Michel a été le théâtre d’une bien jolie découverte : celle de la première création de la Compagnie Sablier. Un spectacle doux amer présenté par de jeunes artistes et qui annonce de beaux lendemains pour cette compagnie…

Une histoire d’amitié, d’amour et de rêve

Dans la salle souterraine de la Comédie Saint-Michel, un public s’installe tranquillement. Personne ne s’offusque que les rideaux ne s’ouvrent pas à 21h30 pétantes. L’atmosphère est plutôt aux retrouvailles entre les spectateurs. Et pour cause ! Ce mercredi 29 juin 2022, c’est la dernière de Deux sans toi, c’est trop peu et le public regorge de passionnés (re)venus voir le spectacle une dernière fois avant l’été.

Deux sans toi, c’est trop peu raconte l’histoire de trois amis : Lily, Sacha et Victor. Trois caractères très opposés aussi : Victor le peintre bohème et impulsif, Sacha le consultant rationnel et mesuré, et Lily, la juriste qui se rêve chanteuse. Alors que leur vie est rythmée par leurs rendez-vous quotidiens dans le même café du Quartier Latin, leurs destins basculent le jour où Lily accepte de chanter dans un bar parisien…

Des codes de la comédie musicale maîtrisés

Impossible de ne pas penser à Sérénade à trois d’Ernst Lubitsch et Merrily We Roll Along de Stephen Sondheim face à une telle histoire. Certes, l’intrigue n’a rien de particulièrement original et les personnages sont assez caricaturaux. Pourtant, il y a un vrai plaisir à se laisser porter par une histoire déjà vue, mais racontée différemment : cela permet de profiter pleinement de chaque petite surprise dans le récit. Les traits d’humour et les chansons apportent alors un véritable plus à ce qui n’aurait été sinon qu’une pièce de théâtre vue et revue. On ne s’ennuie à aucun moment. Le rythme entre narration et musique est équilibré et le spectacle est de bonne durée.

Sur scène, les trois protagonistes sont campés par des anciens du Cours Florent très touchants dans leurs rôles. Ils sont accompagnés au piano par Eytan Dantski, également auteur et compositeur du spectacle. Leur jeu est parfois hésitant, mais jamais faux. Ils incarnent parfaitement le caractère excessif de leurs personnages.

La musique est bien intégrée à l’intrigue. L’ouverture est particulièrement efficace et les morceaux à trois voix – en particulier la « Valse à trois temps » – sont sans doute parmi les plus beaux moments du spectacle. Si toutes les chansons ne sont pas marquantes, on apprécie vraiment le travail d’écriture des paroles. 

Eytan Dantski
Alexis Bercegeay (Sacha) et Coline Girard-Carillo (Lily)

Une mise en scène très réussie

La mise en scène présente de jolies trouvailles : les arrêts sur images de la première scène permettent de présenter, sans s’appesantir, chaque personnage et surtout ses relations avec les deux autres. La plus grande réussite demeure le récit des lettres que s’échangent les personnages. La lecture simultanée par leur auteur et leur destinataire permet de rompre le côté statique. Le spectateur assiste alors à deux événements distincts qui se répondent : d’un côté, les états d’âme de celui qui écrit, et de l’autre, dans le même temps, les réactions de celui qui lit la lettre.

Les décors sont très convaincants. Il n’y a rien d’évident à faire figurer sur la petite scène de la Comédie Saint-Michel des endroits très divers : depuis le café parisien jusqu’à l’appartement new-yorkais de Lily ou la chambre berlinoise de Sacha (parfois même simultanément). C’est pourtant une vraie réussite. À l’aide de toiles peintes abstraites, de copies de tableaux de Van Gogh et de jeux d’ombres chinoises, le public s’y retrouve sans problème dans les différents espaces. Le choix de panneaux mobiles permet également de montrer sur scène que malgré la distance géographique qui les sépare, les protagonistes demeurent liés par la pensée.

Une compagnie à suivre

Deux sans toi, c’est trop peu est l’occasion d’une soirée très plaisante. Le spectacle, même s’il n’est pas toujours très subtil, est d’une grande sincérité et le bonheur de ces jeunes artistes d’être sur scène se ressent dans le public. La Compagnie Sablier connait parfaitement les codes de la comédie musicale. On ne peut que les encourager à continuer et aller plus loin !

Et que ceux qui ont raté les représentations des derniers mois ne s’inquiètent pas : l’album avec les chansons du spectacle devrait très prochainement être disponible sur les plateformes pour les consoler.

Crédit photo : Compagnie Sablier
Deux sans toi c'est trop peu photo2
Les membres de la troupe remercient Clara Hertz, metteuse en scène du spectacle lors de la dernière représentation.
Deux sans toi, c'est trop peu
Segolene Boulai

Segolene Boulai

Après une enfance bercée par les claquettes de Fred Astaire et la voix de Marnie Nixon, mon amour de la comédie musicale nait lors d'un inoubliable passage à Broadway pour voir "Matilda". Dès la fin du voyage, je me mets à grappiller toutes les informations possibles sur ce genre idéal pour moi qui ne veux pas choisir entre la danse, le théâtre, la musique et le cinéma. L'arrivée à Paris est l’occasion de découvrir la place croissante du spectacle musical en France, au-delà de tout ce que je soupçonnais. Et here I am ! ayant à cœur de partager toujours davantage cette passion, je rejoins l’équipe de Musical Avenue en 2021.
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