Critique : « le Syndrome d’Hercule » au théâtre Essaïon

Hercule pourrait-il nous inspirer pour affronter nos peurs ? Voilà un angle original choisi pour cette œuvre. Vous êtes invités à prendre votre courage à deux mains dans cette comédie mytholo-musicale.

Les maux des temps modernes

Tout commence avec la rencontre de mademoiselle Lapythie, qui pratique l’hypno-mytholo-thérapie, une nouvelle discipline dont elle a le secret. Lorsque Blaise, en quête d’un dentiste, se trompe de porte et entre par mégarde dans le cabinet de l’excentrique psychologue, il n’en faut pas plus pour embarquer les deux protagonistes dans l’histoire. Mme Lapythie se donne pour mission d’aider ce patient inattendu, en comparant ses peurs à des défis à relever, comme devait le faire Hercule. 

Sur le papier, l’idée est séduisante : transposer les actions d’un des plus grands héros de l’Antiquité grecque  dans notre quotidien pour permettre notre propre accomplissement. Mais ce choix est un piège scénaristique qui nous enferme dans la nécessité d’affubler le personnage de Blaise de douze phobies (le pauvre homme!) représentant les douze travaux d’Hercule. Il faut alors créer un lien, plus ou moins artificiel, entre les exploits mythologiques et les peurs de Blaise, et les résoudre avec une rapidité parfois déconcertante. On admet que l’histoire, pour être comprise par le plus jeune public, ne doit pas s’encombrer de trop de détails ou d’explications. A plusieurs reprises nous avons cependant du mal à faire le lien avec les travaux d’Hercule, et le trait semble un peu trop grossi pour justifier le recours au mythe.

Certains épisodes sont bien abordés, tel que la phobie des oiseaux. La mise en scène rend hommage à l’œuvre d’Hitchcock, avec un jeu d’ombres et de lumières, et une approche poétique du personnage pour outrepasser ses angoisses. On est heureusement attendri à plusieurs reprises, et bien sûr par les liens d’affection naissant entre les deux protagonistes.

Une narration répétitive

Ni les accessoires, ni les marionnettes utilisées pour amuser les enfants ne suffisent à donner du réalisme à l’intrigue. Blaise enchaîne les séances de semaine en semaine et surmonte une ou deux phobies. Ce mécanisme vite compris, on perd l’effet de surprise des premières minutes. Conscient de cette difficulté, les auteurs s’en amusent et l’assument complètement pour en faire un comique de répétition ; cela reste insuffisant à combler ce que l’on ressent comme un manque de rythme global, et l’on est confronté à une oeuvre inégale, alternant des moments bancals mais aussi de belles idées.

Les acteurs occupent l’espace pour faire vivre leurs personnages. Gilles Sallé aborde son comparse masculin avec aisance mais aussi avec complexité : tout à la fois naïf, timide, volontaire et tendre, il en devient attachant et on se prend de compassion. Nous soulignons aussi l’aspect pédagogique de l’histoire et la volonté de faire découvrir aux plus jeunes les arts mêlés du spectacle vivant. Les références mythologiques sont nombreuses (pas seulement à Hercule d’ailleurs), mais pas nécessairement à la portée de tous. On a parfois un sentiment de déséquilibre entre une écriture trop enfantine pour amuser les parents, et trop subtile pour être appréhendée par les jeunes spectateurs.

Dialogues et chansons s’alternent tout au long de la pièce. Les mélodies viennent illustrer les batailles émotionnelles de Blaise, accompagnées d’un décor général et de petits effets visuels bien pensés, mais sans surprises. Plusieurs styles musicaux se succèdent et la ritournelle marquant le passage d’une semaine à l’autre dans l’histoire recrée une unité et vous reste dans la tête pendant plusieurs jours. Le public est d’ailleurs invité à fredonner cet air au fur et à mesure, et plusieurs moments d’interaction émaillent le spectacle, même si l’échange entre la salle et les personnages peut manquer de dynamisme. 

Sans être inédit, le syndrome d’Hercule est un spectacle léger dont le sujet s’adresse à tous les publics. Pour ne pas garder une impression d’entre d’eux, on oubliera les moments décousus pour se rappeler les traits d’humour et le dénouement émouvant et heureux de ce spectacle mytholo-musical, qui met à l’honneur les valeurs universelles de ténacité, dépassement de soi et d’autres qu’on vous laisse découvrir sur scène.

Le Syndrome d’Hercule
Fabrice Felez

Fabrice Felez

Après une enfance où mes loisirs sont centrés autour de la musique et de la danse, c’est tout naturellement que la comédie musicale se présente à moi. En parallèle de mes études de droit, je m’initie aux spectacles, tant modernes que plus traditionnels, qui font naître en moi une véritable passion. Cet élan me pousse à intégrer l’équipe de Musical Avenue pour partager mes découvertes et vous donner envie d’apprécier les trésors de la scène parisienne et française.
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