Critique : "Les Chevaliers de la Table Ronde" par Les Brigands, à l'Athénée Théâtre et en tournée

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Les Brigands reviennent encore une fois sur la scène de l’Athénée Théâtre pour nous servir une opérette doucement folle dont ils ont le secret.
Après l’épatant diptyque Croquefer / L’Île de Tulipatan en 2013, les revoici dans une production du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, qui a pour vocation la redécouverte du patrimoine musical français du grand XIXe siècle.
La talentueuse troupe lyrique s’attaque désormais au répertoire méconnu de Louis-Auguste Florimond Ronger, dit Hervé, contemporain de Jacques Offenbach auquel il dispute le titre de père de l’opérette.
Les Chevaliers de la Table Ronde est la première grande opérette d’Hervé, après une succession d’œuvres en un acte pour deux personnages qu’il créa dès 1854 dans son café-concert des Folies-Concertantes (aujourd’hui le Théâtre Déjazet).
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Parodie vaudevillesque du cycle arthurien, cet opéra-bouffe en trois actes s’attache moins à respecter la légende qu’à plonger ses personnages héroïques dans des situations rocambolesques.
Le Duc Rodomont, prince déchu, offre en premier lot sa fille unique Angélique en récompense à un tournoi de chevaliers. Mélusine, fameuse ensorceleuse, aime Roland de Ronceveau qui s’éprend d’Angélique, dont la belle-mère fait cocu le duc entre les bras de Sacripant, le secrétaire du précédent, avec la complicité de Merlin (fils de l’enchanteur), dont le jeune ménestrel, Médor, aimerait conquérir la jeune ingénue.
Mélusine solde ses philtres et se révèle maîtresse dominatrice adepte du bondage ; Roland est une racaille bedonnante et docile ; ses compagnons chevaliers forment une équipe de foot portée sur la binouse… Les portes claquent, les énergumènes vibrionnent, les quiproquos magistraux s’enchaînent devant un public hilare, les nœuds de l’intrigue trouvent une résolution délicieusement facile : on retrouve tous les ingrédients d’une opérette exquise !
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La mise en scène de Pierre-André Weitz regorge de trouvailles aussi absurdes que merveilleuses, comme une duchesse de 3 mètres de haut, des chevaliers-danseuses, des simulations de parties fine ou des jeux d’ombres chinoises poétiques. Le motif rayé noir-blanc s’installe dans les moindres recoins de la scénographie, et, bien plus qu’un procédé graphique séduisant, révèle à chaque nouvelle scène sa pertinence : dans l’évocation d’un zèbre, des tenues des footballeurs de la Juventus de Turin, des rideaux dont le duc sans-le-sou fait fabriquer sa garde-robe, du chapiteau de cirque où Mélusine retient son amant prisonnier…
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Sous la direction de Weitz, les chanteurs lyriques se dévoilent tous un peu clowns, dans des rôles excessifs qui leurs permettent de s’en donner à cœur joie.
Damien Bigourdan, dans le rôle du Duc, est prodigieusement éblouissant dans chacune de ses apparitions. Son grand numéro du premier acte est sans doute le plus captivant de la pièce, et ses talents de comédien – qui ne sont pas sans rappeler la loufoquerie des Robins de Bois – offrent des moments comiques jubilatoires.
Ingrid Perruche (Révélation Artiste Lyrique de l’Année aux Victoires de la Musique Classique) lui donne la réplique dans le rôle de l’infidèle duchesse Totoche, et fait mouche à tous les coups grâce à ses interventions grandiloquentes et ambivalentes.
Samy Camps incarne quant à lui un Roland à l’accent de banlieue grotesque, dont les répliques autant que la diction provoquent des éclats de rires à chaque fois qu’il ouvre la bouche. On accordera une mention toute particulière à Théophile Alexandre dans le rôle de Lancelot du Lac, comédien-chanteur qui démontre des qualités de danseur exceptionnelles.
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Tout comme le reste de la distribution, ils font montre d’une maîtrise vocale remarquable. La partition d’Hervé, en dépit de son apparente facilité – qui lui permet de séduire nos oreilles avec l’efficacité d’un tube pop – regorge de pièges dont les interprètes relèvent le défi haut la main.
Difficulté supplémentaire, les arrangements musicaux initialement écrits pour orchestre symphonique ont été transcrits et réduits pour 12 instruments par Thibault Perrine (Le Chanteur de Mexico). Les puristes pourraient y voir un dévoiement de la partition originale, mais le travail accompli par le jeune arrangeur parvient à restituer tout le charme de l’œuvre, et l’on serait bien tatillon de bouder le plaisir d’entendre une formation de cette taille accompagner en direct chaque soir les 13 chanteurs.
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Hélas, si le livret est drôle et rondement mené, il n’en est pas moins plombé par une quantité démesurée de solos. Bien trop nombreux, pas toujours passionnants, ils alourdissent la représentation qui s’éternise… Un défaut majeur qui expliquera sans doute le peu de succès rencontré par l’œuvre à sa création en 1866. La concurrence est rude à l’époque : l’Opéra-Comique conquiert la plus grande partie du public avec Mignon d’Ambroise Thomas, et Offenbach triomphe avec La Vie Parisienne au Palais-Royal, à l’approche bien plus contemporaine comparée aux héros de la mythologique arthurienne. 
Heureusement pour les Brigands, les amateurs d’opérettes n’hésiteront plus aujourd’hui à aller découvrir ces Chevaliers de la Table Ronde pour lesquels le public se montre conquis.
Crédit photos : Guillaume Bonnaud


Les Chevaliers de la Table Ronde
Les Chevaliers de la Table Ronde, opéra bouffe de Florimont Ronger dit Hervé
À l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet
7 rue Boudreau
75009 Paris
Du 16 décembre 2016 au 7 janvier 2017, à 19h ou 20h
Production : Palazzetto Bru Zane ; mise en scène : Pierre-André Weitz; paroles : Henri Chivot, Alfred Duru ; direction musicale : Christophe Grapperon ; transcription : Thibault Perrine ; costumes et scénographie : Pierre-André Weitz ; assistante à la mise en scène : Victoria Duhamel ; travail corporel : Iris Florentiny, Yacnoy Abreu Alfonso ; lumières : Bertrand Killy ; chef de chant : Nicolas Ducloux.
Avec : Damien Bigourdan, Antoine Philippot, Arnaud Marzorati, Manuel Nuñez Camelino, Ingrid Perruche, Lara Neumann, Chantal Santon Jeffery, Clémentine Bourgoin, Samy Camps, David Ghilardi, Théophile Alexandre, Jérémie Delvert, Pierre Lebon
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