Critique : “Noé, La Force de Vivre” émerge des eaux à l’hippodrome Paris Longchamp

Attendu initialement pour novembre 2020, reporté en raison du contexte sanitaire, Noé a enfin eu sa grande première le samedi 27 novembre. Nous sommes montés sur l’arche, et vous invitons au voyage.

Un message pour la planète

A l’image des fresques religieuses telles que Les Dix Commandements et Jésus - de Nazareth à Jérusalem, la Bible est source d’inspiration pour les producteurs de spectacles. Essaï Altounian aura mis plus de quatre ans pour le créer. S’inspirant librement des personnages traditionnels de la Genèse, Noé le spectacle musical invite davantage à la réflexion sur l’état du monde et sa protection, plutôt qu’une lecture théologique. 

Face à la méchanceté des hommes, les cieux font s’abattre des pluies diluviennes sur la Terre, pour chasser toute perversion. De façon assez surprenante , on est propulsé, dès l’ouverture, au moment imminent du déluge. Noé (seul choisi pour être épargné) doit alors tout faire pour sauver sa famille et préserver un couple de chaque espèce.

Malgré la renommée de l'intrigue, des clefs manquent à la compréhension de tous. Certains passages peuvent sembler flous ou non exploités. Nous nous demandons même s'il n'aurait pas été préférable de centrer le premier acte sur la génèse et la création de l'arche.

Très vite, le récit interroge sur les valeurs à transmettre : l’autorité du père, l’émancipation, la fidélité, l'amour, la trahison et le pardon. De grands et (peut-être trop) nombreux thèmes abordés lors du spectacle de plus d’une heure trente, sur fond d'écologie. Noé parviendra-t-il à préserver la paix et l’entente entre les hommes, ou sommes-nous condamnés à retomber dans nos travers ? 

Croisant des préoccupations environnementales avec des questions philosophiques, voire spirituelles, on a parfois du mal à saisir où le récit veut nous mener. Les dialogues entre les chansons apportent parfois des réponses, mais ne suffisent pas toujours à emporter le spectateur. Noé n’en reste pas moins un spectacle divertissant.

Un spectacle qui n’oublie pas d’émerveiller les enfants

Ce lieu choisi, à l’extérieur de Paris, pourrait constituer un obstacle supplémentaire (notons toutefois qu’un stationnement est mis à disposition si vous vous rendez à l’hippodrome de Longchamp avec votre véhicule). Il fallait donc une production d’envergure pour occuper l’espace offert sous le chapiteau. Avec 30 chanteurs, danseurs et acrobates sur scène, habillés de projections lumineuses permettant d’alterner les décors, l’énergie des artistes se transmet aisément à toute la salle. Tous professionnels aguerris, ils donnent vie à l’histoire. Vad, incarné par David Jean, personnifie en lui les faiblesses et péchés des hommes. La jeune Maëline apporte une fraîcheur au récit, avec délicatesse ; on retrouve la justesse et la fougue de Yanis Si Ah (déjà survolté dans Grease), ou encore la voix puissante de Sarah Koper, qui s’illustre sur le titre Je te suis. Cela n’enlève rien aux performances de l’ensemble de la troupe, habillée par une scénographie extrêmement moderne.

Si on peut se sentir dérouté par le mapping contemporain (que nous devons à Harold Simon) face à une histoire intemporelle, le parti pris est clairement assumé, et les projections proposent des tableaux en profondeur, faisant varier les décors. C'est une belle réussite, facilitant l'immersion visuelle. Il comble également l'absence d'autres accessoires physiques de grande envergure (à l'exception l’arche incontournable), qui auraient pu permettre d'alterner avec les images vidéos.

Musicalement, le livret est cohérent et inclut habilement des sonorités orientales et africaines, et des évocations de chants traditionnels arméniens. Sans surprise, la bande son enregistrée gagnerait en puissance avec quelques instruments sur scène (notamment pour le titre Délé Yaman aux notes envoûtantes), mais l’on connaît les difficultés que rencontre ce type de production pour inclure la présence de musiciens. Même si le choix de certaines chansons peut ne pas faire l’unanimité, ou interroge sur la contribution à la narration, nous retenons une belle harmonie d’ensemble, et notamment l'emblématique titre Terre.

L'intelligence de Noé reste d’avoir su intégrer de nombreux animaux à l’histoire. Comme nous vous l’annoncions, il ne s’agit pas de simples projections mais bien de personnages articulés, créés dans des ateliers en France et à Londres. Par leurs attitudes naturelles et la fluidité des mouvements, ils occupent totalement leur place sur scène. Le tableau de l’ouverture de l’arche reste mémorable, et les yeux des enfants brillent au passage des animaux à travers les allées du chapiteau. Nous ne vous en dirons pas plus, pour vous laisser envahir par l'émotion qui étreint la salle aux premiers pas du lion. 

Porteur des valeurs très actuelles, Noé ambitionne de distraire autant que d’éveiller les consciences. Les alternances des danses, chants et des nombreux personnages noient peut-être un peu les belles émotions procurées, notamment dans l’acte 2 qui gagne en harmonie. Qu’importe, le message environnemental sert de fil rouge et invite chacun à s’interroger sur les actions qu’il peut mener. Car ce sont bien l’espoir et l’importance de nos choix qui continuent de résonner en chacun après la fermeture du rideau. Hâtez-vous d’embarquer sur l’arche et découvrez avec Noé que les origines de notre monde ne sont pas si éloignées de notre quotidien.


Noé "La Force de Vivre", le spectacle musical

A partir du 27 novembre 2021 jusqu’au 30 janvier 2022 A l'hippodrome de Paris Longchamp

Compositeur : Essaï Altounian ; Parolière : Léa Ivanne ; Metteur en scène : Johan Nus ; Chorégraphe : Valérie Masset ; Assistant chorégraphe : Loïc Faquet ; Costumière : Virginie H ; Scénographe : Emmanuelle Favre ; Création vidéo : Harold Simon ; Création lumière : Sébastien Lanoue ; Fabrication des animaux : Carole Allemand, Sébastien Puech et leurs équipes ; Directrice de casting : Laurence Guillet

Avec : Essaï Altounian, Sarah Koper, Jade Boinet, Pierre-Arthur Lemoine, Maëline, Christina Koubbi, David Jean, Julien Vital et Yanis Si Ah ; Doublures et alternants : Cécile Nodie, Jean-Louis Dupont, Jeanne Renoux, Anna Mayroux-Lacomblez, Fiona Pincé

Danseurs : Jade Patisson, Fiona Pincé, Charlotte Bossu, Julien Pittiloni, Andréa Apadula, Isaies Santamaria, Chloé Dumielle, Alan Homo, Naomie Jean-Gilles, Julie Allaigre, Lucas Siffert, Jérémy Boulanger, Antoine Huppert, Antoine Lafon, Eloïse Manseau, Camille Lopez, Mathieu Cobas, Olivier Tida Tida, Julien Djiele, Marie Montégu, Louis Rouzaire, Laura Costes, Yonah Barral, Benedetta Pia d'Onafrio, Nolwenn Battaglini

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