Critique : Week-end Bernstein à la Philharmonie de Paris

Leonard Bernstein est à l’honneur cette année ! Après la sortie d’une nouvelle adaptation de West Side Story au cinéma, voici que la Philharmonie a consacré un week-end entier à ce formidable compositeur et chef d’orchestre.

Mille nuances de Bernstein

Le week-end s’est articulé en plusieurs temps autour de concerts, bien entendu, mais aussi d'ateliers musicaux pour petits et grands.

Tout a commencé avec un concert autour du clarinettiste David Krakauer qui interprétait certaines de ses propres compositions en dialogue avec des pièces de Leonard Bernstein.

Par la suite, le spectacle familial West, présenté par Mab Collectif, offrait une redécouverte de West Side Story. Sur scène, deux artistes revenaient sur leurs souvenirs marquants de l’œuvre à travers un récit en danse, théâtre et musique.

Ensuite, une formation plus intime de musique de chambre aurait dû présenter un programme très américain autour de Gershwin, Copland, Bernstein et Ellington (concert malheureusement annulé).

La journée du samedi s’est achevée dans la grandeur avec un concert symphonique de l’Orchestre national de Lille, dirigé par Alexandre Bloch. Celui-ci a interprété la symphonie « Jeremiah » de Bernstein ainsi que la Rhapsody in Blue de Gershwin.

Le dimanche a franchi définitivement le pas de la comédie musicale avec Wonderful Town, dans une version concert restituée par différents conservatoires et amateurs d’île-de-France.

Le week-end s'est conclu en beauté avec un concert vocal intitulé Bernstein et comédies musicales auquel nous avons pu assister.

L'Orchestre de chambre de Paris s'accorde pendant l'arrivée des spectateurs

Bernstein et comédies musicales : le bonheur des grandes formations musicales

Leonard Bernstein fait partie de ces grands passeurs touche-à-tout qui tissent des liens entre les deux pôles d’une dichotomie vieillotte qui sépare la musique dite « savante » d’une musique « populaire ».

La programmation du concert Bernstein et comédies musicales qui s’est tenu dimanche après-midi à la Philharmonie est à cette image : les créations de Leonard Bernstein côtoient à la fois le répertoire de Francis Poulenc et celui de Nacio Herb Brown.

Quand on est adepte de comédies musicales, qu’il est agréable, parfois, de revenir simplement à la musique. C’est une épreuve du feu : si on peut supporter une musique médiocre quand tout un spectacle se déroule sur scène, l’entendre en concert ne laisse, à l’inverse, aucune alternative. Néanmoins, dans le cas de Leonard Bernstein, aucun risque : la musique se suffit véritablement à elle-même. Quel bonheur donc de se consacrer pleinement à l’écoute de ces musiciens qui sont autrement relégués dans la fosse d’orchestre (quand ils ne sont pas remplacés par une bande-son…).

Orchestre de chambre de Paris (crédit photo : Jean-Baptiste Pellerin)

Du chant lyrique au jazz : l’étendue des inspirations et compositions de Bernstein

Ces musiciens, ce sont ceux de l’Orchestre de chambre de Paris qui étaient entourés de trois femmes pour ce plaisant concert : la cheffe d’orchestre Karen Kamensek, la pianiste Susan Manoff et la soprano colorature Patricia Petibon.

Saluons l’équilibre de la programmation du concert : chaque partie s’ouvrait par une ouverture de comédie musicale (Candide ou Wonderful Town). S’ensuivaient ensuite une agréable alternance de pièces chantées et de pièces orchestrales qui nous emmenaient de part et d’autre de l’Atlantique. Il est cependant toujours déstabilisant d’entendre une voix lyrique reprendre des standards de jazz comme « I Got Rhythm » et captivant de voir une caisse claire reproduire les pas de claquettes de Gene Kelly dans « Singin’ in the Rain ».

Patricia Petibon (crédit photo : Bernard Martinez)

Ce concert a également été l’occasion de (re)découvrir d’autres chansons de Bernstein qui n’ont pas fait partie de comédies musicales mais auraient très bien pu y avoir leur place. La Bonne Cuisine, quatre recettes pour piano et voix composées en 1947 à partir d’un livre de recettes, a donné l’occasion à Patricia Petibon et Susan Manoff de jouer la comédie avec un indéniable sens du burlesque. Quant à la pièce A Julia de Burgos, c’est un véritable coup de cœur et une superbe invitation à découvrir le reste de la pièce Songfest dont elle est extraite et qui rassemble un ensemble de chansons en hommage à de grands poètes.

Bernstein et comédies musicales était une déclaration d’amour à la comédie musicale, lui offrant une place méritée au panthéon de la musique : source d’inspiration et d’épanouissement pour les compositeurs, le répertoire de Bernstein apparaît comme une petite mine d’or que ce concert nous invite à explorer davantage.

Passionnés de comédies musicales et de jazz, vous pouvez d’ores et déjà noter la date des 16 et 17 février prochains : l’orchestre de Paris, dirigé par Wayne Marshall, nous proposera un concert dédié à Gershwin alliant des extraits de Strike up the Band, Girl Crazy ou encore, bien entendu, Un Américain à Paris !


Week-end Bernstein, à la Philharmonie de Paris

Concert Bernstein et comédies musicales, le 9 janvier 2022.

Voix : Patricia Petibon ; Piano : Susan Manoff ; Orchestre de chambre de Paris dirigé par Karen Kamensek.

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