Critique : “Moulin Rouge! The Musical” à l’Emerson Colonial Theater de Boston

Vous pensiez que le CanCan n’existait qu’à Paris? Il faudra prochainement également compter sur New York pour envoûter spectateurs du monde entier avec l’adaptation du film "Moulin Rouge" de Baz Luhrman en comédie musicale. Avant son arrivée à Broadway, découvrez en exclusivité notre critique du spectacle qui se jouait en avant-première à Boston cet été. 

De Paris à Broadway

Film culte de 2001, la transposition de Moulin Rouge!  sur scène à toujours été une évidence mais il aura fallu plus d'une quinzaine d’années pour que ce rêve devienne une réalité. Grâce à une équipe créative et artistique cinq étoiles, le projet a pu voir le bout de son nez en ce début du mois de juillet à l'Emerson Colonial Theater de Boston avant d’arriver dans un théâtre à Broadway très prochainement si l’on en croit les réseaux sociaux du show. 

L’histoire reste sensiblement la même à quelques détails prêts. Alors que Satine (bluffante Karen Olivo) brille tel un diamant chaque soir sur les planches du Moulin Rouge, Christian (incroyable Aaron Tveit) est un poète profitant de la vie. Le jour où Harold Zidler (excellent Danny Burstein) décide d’arranger un rendez-vous galant avec un Duc (Tam Mutu) pour financer le futur du "Moulin Rouge", le destin de ces deux inconnus va basculer.

L'impressionnant décor de

La première chose qui frappe dès l’entrée dans la salle de l’Emerson Colonial Theater est l’incroyable immersion qui a été voulue par le scénographe Derek McLane : gigantesque éléphant, drapés de velours rouge et guirlandes de lumières un peu partout, le titre en néon rouge volant au devant de la scène ainsi qu’un réel Moulin Rouge en activité. Le tout sur un fond de musique lounge parisienne inspirée du groupe Gotan Project nous hypnotise avant même que le spectacle n'ait commencé. Une dizaine de minutes avant le début du spectacle, des danseurs en tenues plus que sexy s’installent à travers la salle fixant le public de façon sensuelle, idéal pour vous mettre dans l’ambiance. A 20 heures pile, la lumière se tamise légèrement et deux danseuses avancent sur le devant de la scène en avalant deux sabres dos à dos. Le public se tait, la salle frissonne, le show peut commencer sur les claquements de doigts du désormais iconique "Lady Marmelade" (à l époque interprété par Pink, Mya, Christina Aguilera, Lil' Kim et Missy Elliot).

Danny Burstein incroyable en Harold Zidler

C’est alors que vont s'enchaîner plus de soixante-dix chansons sur près de 2h45 d’une performance aussi époustouflante pour nos yeux que pour nos oreilles. Les décors dépassent l’entendement, chaque scène permet de faire revivre le film sur les planches de façon magistrale. Célèbre à l’époque pour avoir détourné de nombreuses chansons modernes dans ce contexte parisien des années 20, cette nouvelle version de Moulin Rouge! divisera sûrement les fans de la première heure avec son usage des chansons d’un catalogue beaucoup plus moderne comprenant Britney Spears, Beyonce, Lady Gaga, Sia ou encore Katy Perry ! Ces dernières n’ont cependant pas été intégrées gratuitement et leurs paroles résonnent parfois bien différemment dans la peau des personnages notamment lors d’un sublime mash-up des chansons "Crazy" et "Rolling in the deep" de Gnarls Barkley et Adele. Rassurez-vous, quasiment toutes les chansons originales ont été conservées, à l’exception malheureuse du délicat "One Day I’ll Fly Away" qui semblait pourtant taillé pour la scène. Toutes donnent lieu à des tableaux aussi incroyables que prévu à l’image des désormais cultes "El Tango de Roxanne", "Because We Can" et l'émouvant "Elephant Love Medley" rallongé pour clore l’acte 1 dans les étoiles. 

On retiendra également la puissance de l’ouverture de l’acte 2 avec un medley incluant les hits "Bad Romance", "Toxic", "Sweet Dreams" et "Tainted Love" qui frise la standing ovation tant le public est réactif. On appréciera l’intelligence de la production d’avoir intégré un hommage discret à Edith Piaf avec une adaptation du célèbre "Milord" et du cultissime "La vie en rose", un joli clin d’œil à ses spectateurs venant de l’hexagone. Mais mieux vaut garder le secret de tous ces tubes à découvrir en live et qui ne cesseront de vous épater tant ils sont utilisés là où on ne les attend pas.

Satine (Karen Olivo) et Christian (Aaron Tveit)

Il n’y a aucun doute qu’a son arrivée à Broadway Moulin Rouge!  va devenir un des musicals incontournable de la grosse pomme. Sa partition multi-génerationnelle, son nom iconique, ses visuels implacables donnent au public une très forte envie d’y retourner à la seconde où les lumières se rallument. Tout cela n'est qu’une poignée des raisons qui confirmeront son succès. Sa direction artistique pourra refroidir ceux qui s’attendaient à revoir exactement la même chose qu’au cinéma mais Moulin Rouge! a évolué avec son temps et réussit à nous divertir et à nous émouvoir par cette histoire d’amour dramatique. Le pari est hautement réussi. Alors qu’un théâtre est censé être annoncé très prochainement pour son transfert à Broadway, nous vous conseillons fortement d’aller y faire un tour si vous prévoyez un séjour à New-York. Ce cabinet des curiosités, véritable juke-box musical jouissif des dernières décennies vous laissera un souvenir vif et puissant dans votre mémoire. 

Découvrez le clip de "Come What May" interprété par Aaron Tveit

Crédits photo : Matthew Murphy


MOULIN ROUGE Moulin Rouge! The Musical, inspiré du film de Baz Luhrman

Mise en scène : Alex Timber ; Livret : John Logan ; Supervision musicale, orchestrations et arrangements : Justin Levine ; Chorégraphe : Sonya Tayeh

Avec : Aaron Tveit, Karen Olivo et Danny Burstein

Prochainement à New-York

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire. Pas encore inscrit ? Cliquez-ici.