Le rendez-vous était donné dans le 19ième arrondissement de Paris, mais nous avons remonté le temps et voyagé jusqu’à New York avec ce TFE. Film de 1992 puis comédie musicale en 2011, Newsies a remporté la récompense du meilleur chorégraphe lors de la dernière cérémonie des Olivier Awards. Nous étions impatients de découvrir ce travail et son adaptation en français.
Et le monde saura !
Nous avons tout de suite compris que nous allions assister à un spectacle de grande qualité. Dès les premiers pas dans la salle Huster, nous sommes hélés par les Newsies, déjà présents, qui nous distribuent le programme. Le spectacle a déjà commencé, certains attendent qu’on leur donne la pièce, à tel point que le public se demande s’il ne doit pas réellement prévoir une petite rétribution comme cela se fait dans les théâtres. C’est parfait pour nous plonger dans l’ambiance survoltée des rues de New York.
Les premières notes de la bande son se font entendre, sous les projecteurs, Jack Kelly et Crutchie contemplent les toits de New York, que l’on imagine avec eux, et l’on est immédiatement saisi aux notes de la chanson “Santa Fe”. Il faut dire que les compositions d’Allan Menken sont particulièrement mélodieuses et nous captivent immédiatement. En rupture avec ce moment intime, l’action démarre et les Newsies apparaissent de tous côtés, le spectacle est lancé. L’énergie ne retombera pas jusqu’aux applaudissements finaux, presque deux heures plus tard.
Maëliss Aguillon n’a rien oublié du spectacle d’origine et semble avoir pensé à tout. Que ce soit les habits des Newsies, la magnifique robe de Medda ou celle de Katherine Plumber, ou les costumes de Joseph Pulitzer, tout respecte les marqueurs du musical. La traduction française des chansons et du livret est particulièrement fluide, ceux qui découvrent le spectacle saisissent immédiatement les enjeux. Les Newsies maîtrisent les morceaux de groupe, les solos et les chœurs s’entremêlent dans la pure tradition des comédies musicales. La reprise émotionnelle de « Santa Fe » crée un moment suspendu dans le temps. Joshua Nyamey saisit le public (pour tout vous dire, nous avons vu de nombreux spectateurs essuyer discrètement une larme au coin de l’œil).
Newsies oscille entre humour et émotion, avec de grands numéros d’ensemble, qui font tout ce que nous aimons retrouver dans une comédie musicale. Les versions françaises de “The World will know” et “King of New York” sont impeccables. C’est une vraie prouesse quand on connaît l’exigence que demandent ces moments du spectacle : ils doivent combiner des chants groupés, des solos, des alternances chorégraphiques, tout en donnant un sentiment d’unité.



Newsies au féminin
Si dans la version de Broadway la majorité des rôles sont confiés à des hommes, cette version du Cours Florent – comme dans la dernière reprise londonienne du spectacle – fait la part belle à la gent féminine, féminisant certains rôles, jusque dans la traduction. Cette nouvelle dynamique apporte une touche de fraîcheur au spectacle, jouant sur la mixité et l’universalité des difficultés rencontrées par toutes les classes sociales. Aux côtés des rôles habituels de Katherine Plumber et Medda, la troupe des Newsies se pare d’une nouvelle énergie.
Autre fait marquant, chaque artiste exprime son individualité à travers son personnage, mais ils savent également, quand il le faut, former un bloc unitaire, pour parler d’une seule et même voix et porter leurs revendications (“Seize the day”).
La mise en scène est impeccable, et l’on oublie l’étroitesse du plateau. On bascule aisément du bureau de Monsieur Pulitzer au bar de Monsieur Jacobi, en déambulant dans les rues de New York, allant jusqu’à l’orphelinat et les sous-sols de l’imprimerie, et bien sûr le cabaret de Madame Medda. Avec quelques accessoires (comme les sacs de distribution), la magie opère. Sans oublier les piles de journaux qui viennent joncher la scène à quelques moments ! L’apogée arrive au moment de la chanson “Once and For All” pendant laquelle les artistes vont briser le quatrième mur pour distribuer leur manifeste à travers toute la salle : le spectateur devient acteur à part entière, et se sent partie intégrante de la troupe.
Newsies ne serait pas Newsies sans ses chorégraphies survoltées, et cela n’a pas échappé à l’équipe créative. Les chorégraphes n’épargnent pas les comédiens et les font courir un peu partout, nous entraînant dans leurs déambulations. Et quand ils semblent s’arrêter un moment, c’est pour mieux nous offrir de merveilleuses danses d’ensemble, comme l’iconique numéro mêlant claquettes et pas de danse sur feuilles de journaux déchirés, dans une parfaite synchronicité. Sauts et cabrioles alternent avec les pas les plus classiques d’un musical de Broadway, exécutés sur les chaises et tables de bar construits par les élèves eux-mêmes pour l’occasion.
Avec plus d’une vingtaine de personnes dans la distribution (ce qui en fait à notre connaissance le TFE musical réunissant le plus de participants), les numéros de groupe prennent une vraie dimension professionnelle qui émerveille l’assistance. Les chorégraphes et metteurs en scène réussissent avec brio à faire cohabiter tout ce beau monde, pour notre plus grand plaisir.
Pendant près de deux heures, ce TFE nous a enthousiasmé. Les performances vocales et chorégraphiques resteront dans nos mémoires, et c’est surtout l’enthousiasme débordant des élèves fraîchement diplômés pour la plupart, et réunis dans un projet d’envergure, qui nous a ému. Comme une morale en écho au spectacle, ce travail de fin d’études prouve que l’union, l’investissement de chacun et la persévérance du groupe permettent de créer un grand spectacle vivant.

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