Douze ans après son dernier passage au Québec, Montréal a de nouveau le grand bonheur d’accueillir la comédie musicale The Lion King pour une série de représentations jusqu’au 6 septembre prochain, dans le cadre de sa tournée nord-américaine. Et même si elle approche maintenant de ses trente ans de création, cette comédie musicale signée Elton John et Tim Rice n’a pas pris une ride. Au contraire !
La magie du théâtre à l’état pur
À l’heure où les technologies s’emballent et où l’intelligence artificielle se glisse partout, The Lion King propose tout autre chose : de l’art vivant. Exit les écrans LED, les projections vidéo ou les décors numériques devenus légion dans bon nombre de comédies musicales ces dernières années ; ce grand classique, adapté du film de Disney de 1994, mise sur le corps humain, l’objet et le mouvement. Et c’est sûrement ce qui le rend si spécial : cette façon de mettre en scène le cercle de la vie et l’unicité de chaque être vivant. C’est aussi ce qui le rend particulièrement émouvant.
Quand la mécanique devient poésie
Alors que Julie Taymor aurait pu imaginer une adaptation très technologique du dessin animé, elle a choisi un tout autre parti pris. Au lieu de chercher à dissimuler la façon dont l’illusion est créée, elle la montre, donnant naissance à ce qu’elle appelle le « double event » : on voit simultanément l’animal et l’être humain qui lui donne vie.
Cela crée des effets étonnants, comme avec le guépard, dont le corps est lié à celui de l’interprète qui actionne ses pattes à l’aide de tiges. Les mouvements de l’humain deviennent alors ceux du félin dans une chorégraphie d’une grande poésie. Pour d’autres personnages, comme Zazu, Timon et Pumbaa, les manipulateurs demeurent eux aussi parfaitement visibles à côté ou derrière la créature. Et pourtant, très vite, on ne voit plus qu’elle.
Même si la technologie qui se cache derrière le spectacle est extrêmement complexe, son esthétique, elle, est volontairement artisanale et profondément théâtrale. Au-delà des traditions de masques et de marionnettes qui sont au cœur de la mise en scène, la perspective forcée, les mécanismes visibles et les décors en mouvement participent eux aussi à cette magie qui ne cherche jamais à cacher ses ficelles. Bien au contraire : The Lion King nous les montre, comme pour mieux rappeler que l’imagination du spectateur fait elle aussi partie du spectacle.
Une scène d’ouverture mythique
Contrairement à d’autres comédies musicales qui tardent parfois à prendre leur envol, The Lion King frappe fort dès les premières secondes. Sa scène d’ouverture n’est pas devenue mythique pour rien. Voir ainsi défiler, depuis la salle jusqu’à la scène, les différents animaux de l’histoire est particulièrement saisissant, tandis que retentissent les premières notes de « Circle of Life », entonnées par Rafiki, le mandrill et chamane, campé ici par Zama Magudulela, dont la présence et la voix donnent immédiatement le ton. Les chants et sonorités sud-africaines, qui ponctuent le spectacle, contribuent eux aussi largement à son caractère résolument vivant et organique.
Ce n’est certainement pas le seul numéro à donner des frissons au public : « They Live in You » et sa reprise « He Lives in You », pour ne citer qu’eux, comptent également parmi les moments les plus réussis du spectacle. Mais au-delà de ses leçons de vie et de ses scènes les plus dramatiques, The Lion King est aussi truffé d’humour. La désormais célèbre philosophie du « Hakuna Matata » – vivre sans souci – portée par le duo Timon et Pumbaa, apporte une légèreté bienvenue.
Si la distribution de cette production en tournée est impeccable, soulignons particulièrement l’assurance des jeunes interprètes de Simba et Nala, Josiah Watson et Journey Compas, qui impressionnent autant par leur naturel que par leur aisance sur scène.
Une histoire qui n’a rien perdu de sa force
Même si l’on connait tous l’histoire du jeune Simba, victime des manigances de son terrible oncle Scar, on se laisse une nouvelle fois emporter par sa quête, tant le récit conserve son efficacité. La perte, l’exil, l’amitié, la transmission, puis la reconquête de son identité : près de trente ans après la création du spectacle, ces grands thèmes n’ont rien perdu de leur force.
Et surtout, après toutes ces années, The Lion Ling rappelle que l’on peut encore créer de l’émerveillement avec des corps, des objets, de la lumière et beaucoup d’imagination.
