Critique : « Cole Porter in Paris », une plongée rafraîchissante dans le Paris musical des Américains

Parce qu’un petit peu de nostalgie ne fait pas de mal et que nos vies manquent toujours désespérément de jazz, le nouveau spectacle des Frivolités Parisiennes (Gosse de Riche, Paris Chéri(es)) est une invitation enchanteresse à remonter le temps pour plonger dans un âge d’or parisien des années 1920 tel que l’a connu le célèbre compositeur de Broadway, Cole Porter. Un spectacle comme une petite friandise à savourer sans modération !

« Do You Want to See Paris ? » : une promenade au pays des inspirations de Cole Porter

A la fin de la Première Guerre Mondiale, Cole Porter s’installe à Paris. Il y reste une dizaine d’années dans une vie de luxe au cœur la haute société parisienne où il connaît des histoires d’amour mouvementées que ses chansons relatent. Plus qu’une véritable intrigue, Cole Porter in Paris propose une déambulation dans l’imaginaire parisien de Cole Porter : à partir des chansons que le compositeur a écrites lors de son séjour ou à propos de la capitale française. Le public est invité à plonger à sa suite dans les années folles d’une élite parisienne qui n’est que fêtes et musique.

L’ambition est moins de créer un juke-box musical qu’utiliser le récit autobiographique en toile de fond comme prétexte pour faire découvrir, à travers une succession de tableaux, le formidable répertoire d’un des « Big Five » de Broadway, « le plus francophile des compositeurs-lyricistes américains » — pour reprendre les termes de Christophe Mirambeau, metteur en scène du spectacle.

Crédit Photo : Hélène Pambrun

Un numéro d’équilibriste réussi

Les chansons s’enchaînent à un rythme impressionnant : tantôt un extrait d’une minute, tantôt un grand numéro de cinq minutes. Pourtant, loin de dégager une image d’accumulation, le spectacle parvient à une harmonie qui allie brillamment les numéros d’ensemble et les chansons plus intimistes, les airs joyeux à ceux plus moroses, les standards jazzy et ceux plus lyriques.

Intelligemment, la chanson « I Love Paris », qui est la chanson la plus attendue pour tout spectacle alliant Paris et Cole Porter, est évacuée dès le début. La suite du spectacle nous emmène en terre plus ou moins inconnue avec un certain équilibre entre de délicieuses découvertes (« Pilot Me », « Most Gentlemen Don’t Like Love », « Take Me Back to Manhattan ») et quelques grands titres connus des amateurs de jazz mais dont les superbes arrangements en font de vraies redécouvertes (« Love for Sale », « You’re the Top », « Let’s Misbehave »).

Crédit Photo : Thomas Amouroux

« Go into your Dance » 

Les numéros d’ensemble sont particulièrement savoureux. Ils rappellent les revues de l’Entre-deux-guerres – sans les excès de froufrous, paillettes et plumes. Chacun constitue un tableau qui révèle une facette de l’atmosphère des années folles. Le public voyage dans une publicité de bain de soleil à Venise, dans un bal masqué proche de celui du film Un Américain à Paris ou dans les bas-fonds d’un film de gangster. Les interprètes y sont bien plus que de simples chanteurs : du charleston aux claquettes, ces numéros sont une occasion supplémentaire pour proposer des chorégraphies variées et enjouées sur des rythmes des Roaring Twenties (années rugissantes).

Crédit Photo : Hélène Pambrun

Les chansons sont présentées dans leur version originale c’est-à-dire un anglais joyeux parsemé d’expressions françaises. Tout le spectacle est surtitré en bilingue français-anglais, et les interprètes passent d’une langue à l’autre avec fluidité tout au long de la représentation. Musicalement, Cole Porter in Paris est impeccable. Juchés sur deux plateformes rondes mobiles, les musiciens swinguent depuis le centre de la scène et sont complètement intégrés au spectacle.

Sur scène, les rôles ne sont pas fixes. Comme dans un rêve, un même interprète peut passer, au détour d’un accessoire, d’un rôle à l’autre sans qu’il soit toujours facile de s’y retrouver, mais qu’importe. Il suffit de se laisser emporter par la musique.

Crédit Photo : Hélène Pambrun

Cole Porter est interprété tantôt simultanément, tantôt alternativement par trois acteurs ce qui offre la possibilité de belles harmonies : Yoni Amar (La Belle et la Bête, Le Livre de la Jungle), Richard Delestre (Normandie, Paris Chéri(es)) et Matthieu Michard (Louise Weber dite la Goulue). Côté rôles féminins, l’alliance de la voix d’opérette de Marion Tassou (Normandie, le Diable à Paris) à celle plus jazzy de Léovanie Raud (Chance !, Michel for ever) apporte, là encore, un nouvel éventail de couleurs musicales au spectacle. Et tout cela se conjugue en un véritable bonheur pour les oreilles...

Une alliance de couleurs, de formes et de mélodies

... et les yeux ! Sur scène, très peu d’accessoires et un décor très coloré. Un grand escalier accueille les entrées et sorties des personnages, un piano fait écho aux deux cylindres où sont perchés les musiciens. Les atmosphères des chansons sont suggérées par des formes géométriques suspendues comme dans un tableau d’art abstrait. Un astucieux jeux d’éclairage qui nous emmène tantôt au Maroc, sur une plage ou dans un appartement luxueux. Une scénographie impeccable qui renforce l’impression de tourner les pages d’un livre d’images ou d’un catalogue de mode, tant les costumes – signés Casilda Desazars – sont beaux et tout en finesse.

Vous en ressortirez des étoiles plein les yeux et des ailes sous les pieds avec une terrible envie de chanter votre amour à la Seine, à Notre-Dame ou à la Tour Saint Jacques (selon l’itinéraire que vous prenez pour rentrer) et à la vie parisienne en général. Pour ceux qui voudraient prolonger le plaisir, une playlist avec les chansons du spectacle est disponible. Même s’il peut sembler déplacé de dire ça à l’approche de l’hiver, Cole Porter in Paris est un spectacle rafraichissant comme une limonade un jour de canicule !

Réservations possible ici.

Bande-annonce du spectacle Cole Porter in Paris

Cole Porter in Paris, des Frivolités Parisiennes.

Au Théâtre du Châtelet, 2 rue Edouard Colonne, 75001 Paris.

Du 11 décembre 2021 au 1er janvier 2022.

Paroles et musique : Cole Porter ; Conception, dialogues et mise en scène : Christophe Mirambeau ; Décors et costumes : Casilda Desazars ; Chorégraphie : Caroline Roëlands ; Création lumières : Renaud Corler ; Création sonore : Stéphane Oskeritzian ; Assistante mise en scène : Eva Foudral.

Orchestrations : Jean-Yves Aizic, Antoine Lefort, Matthieu Michard, Pablo et Samson Tognan ; Chef de chant : Jean-Yves Aizic.

Distribution : Léovanie Raud, Marion Tassou, Charlène Duval, Yoni Amar, Richard Delestre et Matthieu Michard ; Ensemble : Mélodie Avezard, Guillemette Buffet, Céleste Hauser, Lisa Lanteri, Lara Pegliasco, Bart Aerts, Brian Anthony, Thomas Bernier, Max Carpentier et Grégory Garell.

Orchestre : Violon : Johan Renard ; Violoncelle : Pablo Tognan ; Contrebasse : Blanche Stromboni ; Flûte : Julien Vern ; Clarinette : Mathieu Franot ; Saxophone : Eddy Lopez ; Basson : Benjamin El Arbi ; Trompettes : Jérémy Lecomte et Jérôme Lacquet ; Trombones : Marc Abry et Vincent Radix ; Batterie : Sébastien Gisbert ; Accordéon : Eric Allard-Jacquin ; Piano : Matthieu Michard.

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