Critique : "Come from away" au Schoenfeld Theatre à New York

Come from away raconte la semaine qui suit les événements terroristes du 11 septembre 2001 dans la petite ville de Gander, à Terre-Neuve au Canada, où 38 avions ont été re-routés de manière inattendue. 


Nommé aux Tony Awards dans toutes les catégories majeures, Come from away est un petit bijou à voir actuellement à Broadway. Le tour de force de ce show musical ? Parvenir à maintenir en haleine les spectateurs pendant tout le spectacle (joué sans entracte) sans jamais tomber dans le mélodrame, grâce à une énergie et une coordination impeccable des 12 artistes de la distribution. Avec seulement 12 chaises, 2 tables sur scène et l’aide des musiciens de l’orchestre, ils réussissent à créer une atmosphère pleine de joie et d’énergie qui tranche avec la gravité des événements du 11 septembre, subtilement évoqués au cours de la comédie musicale sans jamais les mentionner ouvertement et précisément.

Une oeuvre et une musique qui prennent aux tripes

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence des membres de la troupe sur scène : ils enchaînent sans cesse dans des rôles différents, se laissant tour à tour la parole dans une coordination et une rapidité qui vous laisse ébahis tout le long du spectacle, ce d’autant plus qu’ils participent constamment à la préparation des séquences suivantes en réorganisant des éléments du décors ou en changeant de vêtements. Les jeux de lumières de Howell Binkley (récompensé par un Tony Award pour Hamilton l’an dernier) sont tout aussi épatants et accompagnent parfaitement tous les mouvements de scène jusqu’à ne laisser aucun répit aux spectateurs (laissant d’ailleurs peu de place aux applaudissements !).
La musique et les chansons sont entièrement intégrées à l’intrigue pour un effet dramaturgique démultiplié. À cet égard, « Welcome to the Rock » et « In The Bar / Heave away » sont des morceaux très puissants où on se laisse transporter par les choeurs et l’enthousiasme communicatif des artistes qui nous embarquent dans un tourbillon d’émotions  à la fois avec leurs incertitudes et peurs mais aussi et surtout avec leur solidarité et amitiés naissantes.

Un spectacle sans star mais avec un showstopper de Jenn Colella

 

Parmi la troupe des 12 artistes, difficile de mettre en lumière un artiste plutôt qu’un autre tant ils contribuent tous à part égale à l’intrigue avec un talent épatant. On notera malgré tout la présence de Kendra Kassebaum (Glinda dans Wicked à Broadway), Rodney Hicks (Rent) ou encore Joel Hatch (Billy Elliot), des artistes affirmés de la scène new-yorkaise. Ils n’ont guère de solos à se mettre sous la dent puisqu’ils interagissent en permanence, ce qui peut laisser une forme de frustration aux spectateurs qui n’ont pas forcément le temps d’en savoir énormément sur leurs personnages. En même temps, c’est aussi un soulagement et en quelque sorte une bonne surprise de ne pas avoir à « subir » un enchaînement de solos pour se focaliser sur le collectif et la découverte des interactions forcées entre les passagers de nationalités diverses d’un vol bloqué pour une durée incertaine dans la ville paumée canadienne.
Le seul moment d’arrêt du spectacle (« Me and the Sky ») fait figure d’exception avec un solo empli d’émotions et de caractère de Jenn Colella, dans le rôle d’une pilote d’avion qui a dû lutter pour se faire une place dans le ciel et qui se retrouve ici coincée entre un sentiment de panique intérieure causée par la mort d’un ami pilote au Pentagone et son obligation de rester calme et lucide pour maintenir l’unité au sein de ses passagers engagés sur un vol Paris-Dallas.

Nommée aux Tony Awards pour ce rôle, Jenn Colella a toutes ses chances de remporter le trophée de la meilleure artiste féminine dans un rôle secondaire malgré une concurrence sauvage cette année avec Stéphanie J. Block (Falsettos), Kate Baldwin (Hello, Dolly!), Rachel Bay Jones (Dear Evan Hansen) et Mary Beth Peil (Anastasia). Pour la remplacer en cas de pépin physique, la production de Come from away n’a d’ailleurs pas choisi n’importe qui pour incarner son personnage (Julie Reiber, qui a joué Elphaba dans Wicked durant plusieurs années à Broadway) tant cette chanson difficile marque un tournant du spectacle.


En résumé, si certains peuvent regretter l’absence de décors grandiloquents ou pointer la similitude du style des chansons de Come from away, de notre côté nous avons été conquis en plein coeur par cette comédie musicale qui a réussi à transformer un sujet difficile en un condensé de bonne humeur et d’espoirs bienvenus en ces temps pas toujours bienheureux.

Come from away, de David Hein et Irene Sankoff
Stephany Kong

Stephany Kong

Parisienne de naissance et de cœur (ici c'est Paris !), fan de Disneyland et de cinéma américain, j'ai grandi au Japon et à Singapour puis découvert la comédie musicale au cours de mes études en Angleterre avec "Wicked". Devenue une fervente supportrice du genre, j'ai rejoint MusicalAvenue à mon retour en France, en parallèle de mon activité professionnelle de chef de projet chez EDF.
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