Critique : “The Frogs” au Jermyn Street Theatre à Londres

Quelques semaines après Anyone Can Whistle à l’Union Theatre, une autre rareté de Stephen Sondheim se voit revisiter pour la première fois sur une scène londonienne au Jermyn Street Theatre. 

Écrit en 1974 dans la foulée de Company, Follies et A Little Night Music (la période la plus prolifique du compositeur américain), The Frogs a été écrit par Burt Shevelove et interprété dans la piscine de l'Université de Yale. Le spectacle a déjà compté dans ses rangs de prestigieux artistes comme Meryl Streep et Sigourney Weaver et a d'abord été repris au Brentford Baths à Londres pour une dizaine de représentations en 1990.

Un spectacle revu par Nathan Lane et Stephen Sondheim en 2004

Ce n’est en revanche qu’en 2004 que cette pièce a été donnée sur une vraie scène à Broadway au Lincoln Center avec le livret de Burt Shevelove, revu et corrigé par Nathan Lane (The Bird Cage et The Producers à Broadway et au cinéma), ainsi que sept nouvelles chansons écrites pour l’occasion par Stephen Sondheim.

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C’est cette version qui, après 92 représentations à Broadway, traverse finalement l’Atlantique pour une première version intimiste dans un minuscule théâtre en plein cœur du West End. Adapter les comédies d’Aristophane de 405 av. J.C et les mélanger avec le « vaudeville » de Broadway était un challenge mais, bien que parfois loufoque, l’histoire a de forts accents politiques.  Le numéro d’ouverture « Invocation and Instructions to the Audience » n’est pas sans rappeler le « Comedy Tonight », qui ouvre A Funny Thing Happened on the Way to the Forum, le premier grand succès de Sondheim, qui lui aussi mélangeait le « vaudeville » et l’antiquité.

The Frogs, un musical atypique !

Le deuxième acte tourne autour de Dionysos et son ami Xanthias, qui se dirige vers Hades, envahi par les grenouilles, afin de ramener George Bernard Shaw et de l’engager dans un débat de Shakespeare. À ce moment, les dialogues un peu verbeux prennent un peu trop le pas sur les numéros musicaux. Heureusement, les nombreuses références à Broadway, comme « You Did It » (extrait de My Fair Lady), allègent un peu le processus. La distribution est du premier choix, avec Michael Matus dans le rôle de Dionysos et George Rae dans celui de Xanthias. Les secondes rôles sont également excellents, comme Chrish McGuigan dans le rôle de Harakles et Li-Tong Hsu dans celui de Virilla. 

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Quels changements pour cette version de 2017 ?

La mise en scène de Grace Wessels est toujours efficace, comme le sont les chorégraphies de Tim McArthur et Kitty Whitelaw. Il est facile d’imaginer qu’à Broadway les chorégraphies de Susan Stroman donnaient à cette œuvre une autre ampleur, mais l’intimisme convient peut-être mieux à cette œuvre, comme la présence de seulement quatre musiciens, met peut-être plus encore en valeur les orchestrations originales de Jonathan Tunick, réduites pour l’occasion par Tim Sutton.

Les double-sens et anachronismes sont nombreux dans le livret et, même s'il n’est pas toujours cohérent et si la partition et loin d’être le meilleure du "maître" Sondheim, The Frogs reste une amusante addition aux œuvres classiques du compositeur américain, à découvrir jusqu'au 8 avril au Jermyn Street Theatre.

Credit photos : David Ovenden


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Au Jermyn Street Theatre à Londres
Jusqu'au 8 avril 2017

Musique et paroles : Stephen Sondheim ; Orchestrations originales : Jonathan Tunick ; Mise en scène : Grace Wessels ; Direction musicale : Tim Sutton ; Design : Gregor Donnelly ; Chorégraphies : Tim McArthur

Avec : Michael Matus, George Rae, Bernadette Bangura, Martin Dickinson, Li-Tong Hsu, Chris McGuigan, Nigel Pilkington, Emma Ralston, Jonathan Wadey

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