La dernière rencontre de Musical Avenue avec le travail d’Arthur Jugnot remonte au face à face avec Denver, le dernier dinosaure, l’exemple type du spectacle jeune public qui plaît autant aux enfants qu’aux parents. Avec Tout feu tout flamme, laissez à l’entrée du théâtre vos leçons d’histoire et la gravité du sujet pour embarquer dans le train du gag potache, du décors en carton pâte et autres joyeusetés. Nous allons vous expliquer pour quelles raisons la dernière création d’Arthur Jugnot vaut justement la peine d’acheter son billet direction Orléans et ses quelques détours.
Présenté au Off d’Avignon cet été, Tout feu tout flamme réunit une majorité de l’équipe créative de Denver, le dernier dinosaure autour d’Arthur Jugnot qui renouvelle l’expérience d’un moment musical sans chichi, particulièrement drôle (il faut aimer l’humour décalé) et bien ficelé. Si on suit Jeanne d’Arc, la jeune femme que rien n’arrête contre les anglais, on suit également Jeanne, celle qui entend non pas des voix mais des chansons qui sont à l’origine du destin que nous lui connaissons. De – grosses – libertés sont prises avec l’histoire : codes détournés, abondance de clins d’œil et anachronismes : c’est bien entendu ce qui fait le sel du spectacle.
L’Histoire comme terrain du jeu
Ici, la fresque historique se transforme en aventure musicale dont la liberté de ton est présente dans toutes les composantes du travail scénique et constitue le premier ressort de l’univers proposé dans le spectacle. La succession des différents tableaux participent à une narration très forte et visuelle jouant avec l’imaginaire du spectateur. Même si les décors sont peu volumineux et statiques, l’effet de mouvement est toujours présent donnant une dimension romanesque. Les choix scénographiques composent un univers où les références historiques se parent d’une fantaisie pleinement assumée. Les costumes vivent également avec leurs propres codes et alimentent volontairement la nature loufoque de la direction artistique. Arthur Jugnot a donc imaginé un espace complet dans lequel l’imagination est la bienvenue et prend le pas sur la réalité historique.
Le plaisir du spectacle à l’état pur
Le public est séduit par cet univers très identifié, univers qui doit beaucoup à l’énergie sans faille de sa distribution qui tire le fil du jeu à son maximum. Pierre Bénézit, Zoé Bidaud (Denver, le dernier dinosaure), Victor Bourigault (POST! Comédie musicale d’un présent proche), Djamel Mehnane (Emilie Jolie, Flashdance The Musical) et Sara Sousa forment une troupe particulièrement investie, dont la complicité et la générosité amènent à un renouveau permanent de l’esprit comique. Chacun dans son individualité s’empare de son personnage avec liberté et vivacité : difficile par exemple de résister à un Roi Charles VII totalement à côté de la plaque ou à l’amoureux transi de Jeanne qui revient toujours à la charge. Leur polyvalence est sans appel : ils passent du jeu théâtral au chant, de la danse à la comédie burlesque sans vaciller. On ne peut pas dire qu’ils manquent d’énergie.
La musique de Romain Trouillet occupe également une place essentielle dans cette aventure en lui donnant de la force et en renforçant les ressorts comiques largement utilisés, le rythme et les sonorités à l’image de la pitrerie : enlevé et avec finesse. Le titre « Ne pars pas » en est une parfaite illustration. Les chorégraphies de Zoé Bidaud viennent compléter cette partition avec dynamisme et précision, offrant de beaux moments de mouvement collectif et de jeux de jambes comme on les aime. Si la quasi-totalité du spectacle se veut cocasse, Arthur Jugnot se paie le luxe d’intégrer un final rappelant que humour et émotion ne sont pas forcément contradictoires. La scène du bûcher est glaçante et traduit sous un autre prisme la qualité de cette production.
En sommes, pas de réels points faibles dans cette composition, dès l’instant où on accepte d’accéder à cette folie généreuse, bien dirigée et au service d’un récit solide et parfaitement exécuté.
Tout feu tout flamme est le remède du moment pour amorcer la période hivernale.
Pour prendre votre place, c’est par ici.
Crédit Photos : Alejandro Guerrero
