Compte-rendu : showcase d'”Une vie” au Théâtre Lepic de Paris

Patrick Alluin, metteur en scène et directeur artistique de la Compagnie Mireno Théâtre, a présenté le premier acte de son nouveau projet le 19 juin dernier au Théâtre Lepic, à Paris. Il s'agit de l'adaptation en comédie musicale du célèbre roman Une Vie de Maupassant. Et les prémices sont assez prometteurs.

"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." Ainsi se conclut le roman Une Vie, écrit par Guy de Maupassant en 1883. Pour Patrick Alluin, Eric Chantelauze (Comédiens ! ; L'homme de Schrödinger) et Didier Bailly (La Poupée Sanglante ; Huckleberry Finn), aux manettes de l'adaptation en comédie musicale de cette œuvre, les planètes semblent en tout cas bien alignées actuellement. En témoignent les applaudissements nourris qui ont suivi la présentation du premier acte de ce projet mercredi dernier au Théâtre Lepic.

Une distribution brillante

C'est suite à une demande du directeur du Théâtre de la Huchette pour sa prochaine saison que Didier Bailly a commencé à partir en quête de LA bonne idée pour un spectacle musical. Au hasard de ses recherches dans sa bibliothèque, il est tombé sur Une Vie. Le tour était joué. Le roman raconte l'histoire de la candide et passive Jeanne le Perthuis des Vauds, qui à 17 ans quitte le couvent de Rouen dans lequel ses parents l'avaient envoyée pour retourner dans la demeure familiale située sur la côte normande, les Peuples. Elle est alors prête à entamer une nouvelle vie et se berce de douces illusions jusqu'au jour où elle fait la rencontre de Julien de Lamare, dont elle tombe follement amoureuse. Mais rapidement après leur mariage, elle découvre en lui un être égoïste et brutal, bien loin de l'image qu'elle se faisait de l'amour. Par la suite, entre trahisons et décès, la vie de Jeanne ne sera rythmée que par des désillusions… 

Difficile de mettre en scène ce roman sombre de Maupassant, à l'écriture plus suggérée qu'explicite et essentiellement basé sur les descriptions et les non-dits. Pourtant, le premier acte qui nous a été présenté mercredi est plutôt prometteur. Dans l'ensemble, la distribution est très talentueuse et colle parfaitement aux personnages. On y retrouve des habitués des planches tels que Marie Oppert (Quand la guerre sera finie ; Peau d'âne), qui incarne à la perfection le personnage naïf et innocent de Jeanne, Marion Préité (Comédiens ! ; Les Aventures de Tom Sawyer) impeccable dans la peau de Rosalie, la sœur de lait de Jeanne, Arnaud Leonard (Oliver Twist ; Chance) en Gustave de Fourville, Christian Abart (Le Roi Lion ; La Revanche du Capitaine Crochet) dans la soutane de l'abbé Picaud, Mathilde Hennekinne (50 et des Nuances ; Alice au Pays des Merveilles) en Constance de Fourville, Alexandre Jérôme (La Poupée Sanglante ; Chance), qui se met littéralement à nu pour incarner Julien de Lamarre, ou encore Stéphanie Labbe et Nicolas Dangoise respectivement dans les rôles de la baronne et du baron Le Perthuis des Vauds. 

Entre réalité et fiction

Côté mise en scène, seules quelques chaises et une table étaient présents sur scène pour tenter de nous plonger tour à tour aux Peuples, chez les Perthuis des Vauds, et dans la chambre d'une maison close où se trouve Maupassant. Les auteurs ont en effet pris le parti de faire raconter les déboires de Jeanne par Maupassant lui-même, incarné là encore par Alexandre Jérôme, qui se confie sur son roman à Zélie, une jeune prostituée également jouée par Marie Oppert. Un choix judicieux, qui nous permet de prendre du recul face aux situations souvent plombantes des héros de papier de l'auteur. La légèreté de certaines scènes est d'ailleurs bienvenue pour éviter de tomber dans le pathos et une atmosphère trop lourde, déjà accentuée par les costumes entièrement noirs des personnages – sauf pour Maupassant et Zélie, tout de blanc vêtus, là encore comme pour contrebalancer ce que vivent les personnages d'Une Vie.

Côté partition, inspirée de l'opérette et de la musique populaire française, si les morceaux ne restent pas forcément en tête, ils sont habilement mêlés à l'intrigue et reflètent bien les caractères et émotions des personnages ; le solo de Jeanne, qui attend désespérément de connaître la vie et l'amour à la sortie du couvent, en est l'illustration. Quant aux paroles, elles mélangent réécriture et vraies répliques des personnages de Maupassant.

En résumé, cet avant-goût d'Une Vie nous a fait entrapercevoir une comédie musicale qui reste fidèle à l’œuvre de Maupassant, tout en lui insufflant un peu de fraîcheur bienvenue. Pour l'heure, en revanche, le projet est toujours en cours d'écriture et nous ne savons pas encore à quel moment le public aura le plaisir de découvrir ce spectacle dans son intégralité. Affaire à suivre !

Crédit photo : Maina Salmon


Une Vie, de Didier Bailly, Eric Chantelauze et Patrick Alluin

Livret et Musique : Didier Bailly ; Livret : Eric Chantelauze ; Livret et Mise en scène : Patrick Alluin ; Costumes : Julia Allegre ; Lumières : Eric Charansol

Avec : Marie Oppert, Marion Préité, Arnaud Léonard, Stéphanie Labbé, Alexandre Jérôme, Mathilde Hennekinne, Nicolas Dangoise et Christian Abart.

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