Critique : « No No Nanette » à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet

Temps de lecture approx. 4 min.

Tout le monde connaît la chanson « Tea for Two » mais plus rares sont ceux qui savent qu’elle provient d’une comédie musicale : No No Nanette, composée par Vincent Youmans en 1924. Pour accueillir le printemps, les Frivolités Parisiennes offrent au public de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet une belle recréation du spectacle.

Un vaudeville à l’américaine

Nanette est une jeune fille débordante de vie qui n’en peut plus qu’on lui dise ce qu’elle doit faire ou non. Son oncle et sa tante qui l’élèvent, son amoureux Tom bien trop rangé, tout le monde a son mot à dire sur sa conduite. Alors, quand Tom la demande en mariage, elle ne peut pas accepter avant d’avoir véritablement vécu en dehors de sa cage dorée. Elle décide donc de partir avec ses amis à Atlantic City. En parallèle, son oncle, millionnaire, serait heureux si sa femme n’était pas si économe : comme elle ne dépense pas sa fortune, il a, en cachette, soutenu financièrement trois belles femmes à travers les États-Unis. Mais ce secret lui pèse et il craint que sa femme ne le découvre. Alors, il confie à son avocat, Billy, la tâche de faire sortir de sa vie ces trois femmes en achetant leur silence. Par une suite de quiproquos, tous les protagonistes se retrouvent dans la demeure de vacances d’Atlantic City où les choses s’emmêlent puis se démêlent dans une digne tradition de vaudeville joyeux et enlevé.

© Christophe Raynaud De Lage

Un hymne à la comédie et à la liberté

Pour cette adaptation française, le livret a été traduit et retravaillé par Christophe Mirambeau qui a essayé – avec plus ou moins de succès selon les moments – de dépoussiérer cette histoire qui, comme beaucoup d’œuvres de cette époque, n’a pas nécessairement très bien vieilli. Il a pris le parti d’une Nanette indécise et éprise de liberté jusqu’au bout. Celle-ci est interprétée par l’espiègle Marion Préïté. Bien qu’un peu âgée pour le rôle, elle offre une belle performance malicieuse et délurée avec le talent qu’on lui connaît. Elle partage la scène avec des noms familiers de la comédie musicale : le couple des Smith est campé par Caroline Roëlands (Youpi c’est reparti, Normandie) et Arnaud Masclet (Elisabeth, Company) ; celui des Early par Lauren Van Kempen (Spamalot) et Ronan Dubois (Ciboulette). Tom Trainor, son amoureux transis et coincé est incarné par Loaï Rahman (Les Producteurs). Chacun apporte au registre comique et réjouissant du spectacle avec une mention toute particulière pour Marie-Élisabeth Cornet qui incarne une inoubliable et drôlissime domestique qui n’en finit pas de démissionner.

© Christophe Raynaud De Lage

Une scénographie géométrique aux couleurs chaudes

L’intrigue se passe au cœur des Années folles. Les créateurs ont souhaité retranscrire l’optimisme de cette époque dans l’univers visuel. La scénographie est relativement simple : de grands panneaux verticaux et horizontaux orange, jaune et rose, qui vont et viennent sur plusieurs plans, forment un décor digne de l’art abstrait du Bauhaus. Le tout est complété par un soigneux jeu d’accessoires : fauteuils, téléphone ou formes de tangram animés par un ensemble d’une dizaine d’interprètes en costume noir et chemises colorées. Le spectacle s’installe ainsi dans une forme d’intemporalité. Aussi ingénieux qu’il soit, ce décor finit au bout de trois actes, par lasser alors que le changement d’espace aurait pu donner lieu à un cadre ou une géographie différente. Seules les nombreuses tenues et coiffures rappellent les années 1920 dans une garde-robe bariolée – et parfois douteuse – qui est aussi un des seuls marqueurs permettant d’identifier les changements d’espaces.

© Christophe Raynaud De Lage

No No Nanette offre une partition résolument jazzy, cuivrée et énergique interprétée avec l’habituelle bonne humeur des Frivolités Parisiennes (Cole Porter in Paris, Le Petit Faust, Gosse de Riche). Il est toujours particulièrement plaisant d’entendre ces chansons méconnues du public français et orchestrées pour un grand orchestre. Véritable comédie musicale, ce spectacle laisse également une belle place à la danse avec un ensemble de sept talentueux choristes et de superbes chorégraphies signées Caroline Roëlands. Ils entourent les interprètes principaux avec un enthousiasme et un dynamisme infatigable. Devant ce spectacle, le public parisien remonte le temps d’un siècle en arrière et plonge dans cette bienvenue et réjouissante légèreté des Années folles !

No No Nanette
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