David Lescot nous avait surpris et ravis avec Une Femme se déplace et La Force qui ravage tout. Son nouveau spectacle, L’Enfant unique, était présenté cette semaine au Théâtre de la Ville à Paris.
Un trio familial à travers le temps
L’Enfant unique raconte le parcours d’une famille, de la rencontre des parents en passant par la naissance de leur fille, ainsi que leur quotidien à mesure où celle-ci grandit. Le public suit donc cette famille à travers les années, entre joies simples et maux de notre temps : pollution, maladie, précarité financière, santé mentale… Autant de thématiques qui affleurent au détour des conversations. Construit autour d’une succession de scènes de vie, la pièce est à l’image d’une sitcom ancrée dans une réalité douce et sombre. Le cœur de la narration demeure la question de la famille aujourd’hui, la difficulté d’élever un enfant, de grandir et de maintenir les liens à mesure que le temps passe.
Sur scène, on retrouve des habitués de la compagnie du Kaïros dont Ludmilla Dabo, fidèle à elle-même : elle interprète la mère dont la vie s’engage sur une trajectoire inattendue. A ses côtés, la révélation de ce spectacle est indéniablement Sarah Brannens, qui avait déjà joué dans la trilogie jeune public J’ai trop peur de David Lescot. Elle incarne à la perfection le personnage de Myrto, la fille du couple, d’abord bébé, enfant puis adolescente, retraçant sa croissance et sa construction avec conviction et brio : une belle performance d’actrice !
Une écriture comme une partition
La plume de David Lescot est toujours aussi acérée, jouant des mots comme s’il s’agissait de notes de musiques. Les répliques s’enchainent et offrent une musicalité délicieuse à l’oreille. Cette musicalité de la langue est soutenue par une partition jouée par les comédiens eux-mêmes qui se relaient au piano, aux percussions, à la harpe ou à la guitare pour nourrir l’atmosphère du spectacle. Le chant est malheureusement très peu présent, même dans sa forme parler-chanter ; David Lescot lui-même définit plutôt son œuvre comme une « comédie musicale parlée ». La puissance du texte est la première des qualités de ce spectacle : chaque mot est choisi et pesé avant de se déposer à la suite du précédent dans une rythmique bien huilée qui regorge de touches d’humour et de philosophie. On retiendra notamment la puissance de la tirade furieuse de Myrto face à sa mère, ou le truculent échange des parents qui ne savent plus comment ils ont rencontré les parents de Théobald.
L’arène de la vie
Pour présenter cette tranche de vie, le metteur en scène a choisi une scénographie comme une arène, entourée de gradins de bois d’où apparaissent et disparaissent par des jeux de trappes les différents personnages. Cet espace encerclé incarne au gré des lumières et des accessoires un salon, une piscine, une rue, un bureau une cour de récréation ou un hall de gare. Ce choix s’adapte plus ou moins bien selon les situations, demandant parfois des ajustements un peu lourds pour de courtes scènes : s’il fonctionne parfaitement pour la piscine, par exemple, il est moins convaincant pour camper une chambre à coucher.
L’Enfant unique offre une dentelle de mots pour traduire la complexité des relations familiales avec une grande justesse. Mêlant humour et gravité dans un juste équilibre, le spectacle, malgré quelques longueurs, capte son auditoire et l’emporte dans le quotidien de cette famille plus vraie que nature qui reflète si justement les relations humaines contemporaines.
