A la rencontre du quatuor derrière le TFE « Hamilton »

Pour tout travail de fin d’études (TFE), la participation de toute une équipe est essentielle, c’est évidemment le cas pour porter la comédie musicale multi-récompensée Hamilton. Derrière ce projet audacieux se cachent de nombreuses personnes qui y consacrent tout le temps depuis plus d’un an. Des prémices jusqu’à la résidence qui s’est tenue début août, metteur.se en scène, chorégraphe et artiste se confient à Musical Avenue pour nous faire partager leur aventure.

C’est une vraie synergie qui réunit ces artistes dont les chemins les mènent tous au Cours Florent. Iona Cartier et Alexandre Dupuis-Pasqualini font partie de la classe libre comédie musicale (promo IV) ; on a déjà pu mesurer leur talent dans Jamie et Miss Saigon. Loïc Suberville a déjà participé à des productions aux Etats-Unis, et nous a laissé un magnifique souvenir de son interprétation de Jean Valjean dans le spectacle Les Misérables l’année dernière. Quant à  François Jankowski, on a pu le voir entre autre dans Grease, ou tout récemment dans Titanic après ses trois années de formation au Cours Florent.

Tous les quatre participent à l’élaboration du TFE Hamilton, qu’il s’agisse de la mise en scène, la traduction, les chorégraphies, en tant qu’acteur ou chef de projet (et parfois plusieurs de ces rôles en même temps). Il était donc impossible de les rencontrer séparément. Leur travail se complète et leur énergie de groupe est communicative.

Note de la rédaction : nous conserverons dans les lignes qui suivent le style dialogué de nos échanges avec l’équipe créative

Musical Avenue (M.A) : Pouvez-vous nous en dire plus sur la naissance du TFE Hamilton?

François Jankowski : Dès ma deuxième année au Cours Florent je commençais à réfléchir à un TFE, mais sans aucune idée précise. Lors des cours de fin de deuxième année, nous avions travaillé une chorégraphie sur “Guns and Ships” (extrait de l’œuvre originale Hamilton). Toute notre promotion était persuadée que ça serait notre spectacle de fin de troisième année. Mais on m’a vite fait comprendre que ça ne serait pas le cas. 

L’envie de choisir cette pièce pour mon TFE a vite fait son chemin. J’avais toutefois le sentiment que ce serait impossible à faire à l’échelle du Cours Florent (avec la complexité de la traduction, du niveau de mise en scène…). Le déclic est venu d’une discussion avec Alexandre (Dupuis-Pasqualini). En lui faisant part de mes craintes, il m’a répondu que si on s’arrêtait à faire uniquement ce qui existe déjà en France et qui a déjà été fait, on tournerait vite en rond. La décision était prise, ça serait Hamilton pour mon TFE, en essayant d’amener ce qu’on peut faire lors d’un TFE à un niveau supérieur. 

M.A : On image la quantité de travail à fournir pour un tel projet ; comment avez-vous organisé les différentes étapes ?

F.J : Dès le début j’avais une idée assez précise du cast que je souhaitais. Il n’a finalement plus grand chose en commun avec le projet initial ! Je voulais jouer Alexander Hamilton et j’avais proposé la mise en scène à Loïc Suberville ; c’est finalement l’inverse qui s’est passé. Iona devait s’occuper seule de la mise en scène, en définitive nous la partageons tous les deux. Nous avons organisé les auditions dès le mois d’octobre 2021, et nous nous sommes immédiatement attelés à la traduction. C’est sûrement ce qui nous a pris le plus de temps (dix mois environ). 

Iona Cartier (I.C) : Nous ne pensions pas que ça nous prendrait autant de temps. D’un autre côté on pouvait difficilement commencer les répétitions tant que les chansons n’étaient pas traduites. Je tenais absolument à faire une lecture rapide, mais il a fallu s’adapter et trouver un équilibre en créant chaque partie du spectacle au fur et à mesure de la transposition des textes. 

M.A : Pourquoi ne pas avoir conservé la version originale en anglais ?

I.C : Nous voulions rendre l’œuvre plus accessible pour un public français. D’autant que le style musical n’aide pas à comprendre facilement la version originale. La comédie musicale à Broadway est réputée pour le travail d’écriture très pointu de Lin-Manuel Miranda, il fallait absolument que notre version française soit à la hauteur. François, Loïc, Alexandre et Mallory Cheminet ont tous participé à la traduction. J’y ai pris part également en essayant d’apporter un regard neuf au fur et à mesure de l’avancée du travail. Nous avons essayé d’adapter le flow américain et le débit de paroles, de fondre le style très anglo-saxon dans un rythme adéquat pour notre langue, sans perdre de vue l’esprit d’origine. C’est un véritable challenge, nous avons hâte d’avoir les retours de tous ceux qui verront le spectacle.

Loïc Suberville (L.S) : Nous essayons d’amener notre TFE au plus près de sa forme originale, pour qu’elle soit compréhensible par tous. Même si Lin-Manuel Miranda n’était pas favorable à une adaptation dans une autre langue, l’Allemagne a montré que c’était possible (le spectacle a été présenté à Hambourg dans une version non anglaise pour la première fois en novembre 2021). Alors pourquoi pas une version française ? Ce TFE est un peu comme un workshop ; même si tout ne sera pas parfait dès le début, c’est l’occasion de prouver que cette comédie musicale peut exister chez nous et plaire à un grand public.

M.A : Quelle a été la première chanson que vous avez traduite ?

F.J : Il y a plusieurs étapes pour pouvoir présenter le TFE ; il faut d’abord produire un teaser d’une durée comprise entre 4 et 10 minutes (c’était au mois de janvier pour nous), puis présenter un extrait d’une quinzaine de minutes devant un jury (au mois d’avril). On s’est donc tout de suite concentré sur la chanson phare “Alexander Hamilton”, qu’on pense être la plus connue et qui résume une bonne partie du spectacle. La chanson dure un tout petit moins de 4 minutes, il fallait donc que l’on ajoute quelques secondes pour atteindre la durée minimale requise. En faisant des recherches dans les livres d’histoire, nous avons trouvé une lettre adressée à Georges Washington par Alexander Hamilton. Après l’avoir aussi traduite, nous l’avons intégrée au teaser même si elle ne fait pas partie du spectacle original. 

I.C : Nous avons ensuite conservé ce numéro pour la présentation devant le jury en avril dernier, et ça sera bien sûr un moment fort du spectacle. On repense sans cesse la mise en scène et l’écriture de ce numéro pour l’adapter à la salle du Cours Florent ; il y a encore des surprises à découvrir !

M.A : Comment vous êtes vous organisés pour assurer la mise en scène sur l’ensemble du spectacle ?

F.J : Nous sommes co-metteurs en scène avec Iona. Plutôt que de travailler ensemble sur tous les tableaux et risquer de nous opposer, nous avons décidé de nous répartir les scènes, pour que chacun puisse travailler librement sur ce qui lui est confié. Nous avons beaucoup communiqué entre nous pour expliquer comment chaque tableau commence ou se termine ; on se fait confiance et nous restons ouverts aux suggestions l’un de l’autre.

I.C : Tout au long de la pièce, l’ensemble fonctionne comme un narrateur ; j’ai essayé de remodeler les chorégraphies, pour adapter les déplacements et mouvements du spectacle de Broadway à nos moyens. La mise en scène est fixée dans ses grandes lignes, mais la résidence nous permet de tester directement ce qu’on a imaginé. Chaque artiste s’approprie le texte et les scènes et nous allons conserver, au fur et à mesure, ce qui est le plus vivant. 

Mettre en scène à deux, c’est savoir trouver le bon compromis entre toutes nos idées, et garder une hiérarchie. On s’attache à élaborer nos transitions, sans jamais imposer à tout prix son point de vue. L’essentiel est de garder une belle unité tout au long du spectacle, et obtenir le meilleur résultat. 

M.A : Comment avez-vous abordé le travail des costumes, avec les contraintes budgétaires limitées d’un TFE ?

Alexandre Dupuis-Pasqualini : Il fallait d’abord décider quel style général nous allions donner : soit conserver les costumes originaux d’époque, soit donner une touche plus moderne. Finalement nous avons opté pour un entre-deux, en gardant des marqueurs visuels forts (comme les chemises à jabot pour les hommes, ou des couleurs affirmées pour les robes des femmes). Sans pouvoir imiter les vêtements d’origine, j’essaie de garder l’essentiel pour que chaque personnage puisse être immédiatement reconnaissable. Vu l’espace disponible sur la scène du Cours Florent, cela devient vite compliqué de revêtir des robes à cerceaux et d’organiser les déplacements. J’ai donc cherché ce qui est adaptable, et permet de réaliser les chorégraphies sans multiplier les contraintes.

M.A : Pour conclure, comment voyez-vous la suite de ce projet ?

Nous n’avions aucune formation de metteur en scène ; grâce à notre TFE nous avons l’occasion d’apprendre tout en dirigeant les artistes. Maintenant, nous espérons mener ce projet le plus loin possible. Pouvoir le jouer aux hivernales du Cours Florent nous permettrait de proposer de nouveaux ajustements et retravailler les tableaux qui nous satisfont le moins. Le spectacle commence à être de plus en plus connu (avec les tournées dans le monde mais aussi la captation disponible sur plateforme) ; on a la conviction que le spectacle traduit associé à sa notoriété peuvent inciter de plus en plus de monde à le découvrir sur une scène française. Avoir de multiples comédies musicales à Paris jouées simultanément, même si on ne les affectionne pas forcément, serait une vraie force. Les TFE, c’est l’occasion de proposer toujours plus de diversité. 

Photo Cagnotte TFE Hamilton

Musical Avenue remercie Iona Cartier, Alexandre Dupuis-Pasqualini, Loïc Suberville et François Jankowski (selon qui “Noëlle est super”) pour leurs révélations sur ce projet. Pour soutenir le TFE Hamilton, rendez-vous sur la cagnotte en ligne, et abonnez-vous à la page Instagram pour en découvrir encore plus.

Hamilton - TFE
Fabrice Felez

Fabrice Felez

Après une enfance où mes loisirs sont centrés autour de la musique et de la danse, c’est tout naturellement que la comédie musicale se présente à moi. En parallèle de mes études de droit, je m’initie aux spectacles, tant modernes que plus traditionnels, qui font naître en moi une véritable passion. Cet élan me pousse à intégrer l’équipe de Musical Avenue pour partager mes découvertes et vous donner envie d’apprécier les trésors de la scène parisienne et française.
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