Critique : « Kimberly Akimbo » au Hampstead Theatre

Temps de lecture approx. 3 min.

Joyeuse atmosphère et chansons entrainantes sont au programme dans le spectacle Kimberly Akimbo multiprimé aux Tony Awards et actuellement à l’affiche à Londres. 

Dans un décor d’accueil de patinoire, le public fait la connaissance de Kimberly, interprétée par l’enthousiasmante Maria Friedman (Passion, Ragtime). Cette héroïne se révèle bien plus jeune qu’elle n’en a l’air : atteinte d’une maladie génétique, elle vieillit quatre fois plus vite que la normale lui donnant l’apparence d’une femme de 60 ans quand elle n’est qu’adolescente. Ses journées se partagent entre ses camarades de lycée prisonniers d’amours secrets platoniques et sa famille dysfonctionnelle : son père est alcoolique, sa mère narcissique et sa tante une reprise de justice sans scrupules. Nous la suivons dans l’année de son seizième anniversaire, correspondant à l’espérance de vie moyenne des personnes atteinte de sa maladie. 

Crédit photo : Mark Brenner

Un condensé de bonne humeur

En dépit des apparences d’une intrigue sombre et pesante, le spectacle se révèle solaire et enjoué. Les chansons et les dialogues débordent d’humour et les rires retentissent vivement dans le public tout du long. Les passages de journal filmé de la maman qui, sur l’album du spectacle, semblent inutiles, apportent un véritable potentiel comique dans la construction de la narration. Cette bonne humeur semble pourtant presqu’excessive lorsqu’on prend du recul sur le tragique de l’histoire et du destin des personnages. Le spectacle est si feel good qu’il en oublie d’être émouvant et que la perspective de la mort, pourtant imminente et inévitable, disparait. Une touche plus douce-amère aurait donné au spectacle une dimension plus puissante. 

Par ailleurs, le choix de la maladie de Kimberly interroge : le fait qu’elle vieillisse plus vite que la normale n’intervient que de manière très marginale dans l’histoire. Elle ne résonne qu’avec les régulières mentions du temps qui passe et en particulier lors de la chanson « Our Disease ». En réalité, elle aurait pu souffrir de n’importe quelle autre maladie que cela n’aurait pas modifié le spectacle. Ce choix apparait donc davantage comme une occasion manquée qu’un véritable ressort narratif. 

Crédit photo : Mark Brenner

Un décor qui se replie et se déplie

L’action se déroule sur un plateau tournant qui se transforme tantôt en couloir de lycée, en accueil de patinoire ou en maison de trois étages. Le tout est surplombé d’une grande horloge qui rappelle le thème principal du spectacle : le temps qui passe, les opportunités saisies, les occasions manquées, la difficulté de grandir et de vieillir. Avec une distribution réduite à une dizaine d’interprètes pour une scène imposante, cette scénographie permet d’éviter un sentiment de vide et de donner la sensation d’une classe entière avec uniquement une poignée de lycéens effectivement sur scène. 

Crédit photo : Mark Brenner

Une partition pleine d'énergie

Musicalement, le spectacle offre de véritables moments de régal : la cohérence des paroles avec la musique témoigne une nouvelle fois du talent de Jeanine Tesori (Shrek, Fun Home, Caroline or Change), mêlant les bons mots avec des mélodies dynamiques et impertinentes. On retiendra notamment l’improbable et délicieuse chanson d’amour « Anagram » ou le truculent « How to Wash a Check ». 

Kimberly Akimbo est un spectacle qui a tous les ingrédients d’une belle tragédie douce-amère, mais se révèle une joyeuse comédie excessivement optimiste. Portée par la partition entrainante de Jeanine Tesori et des interprètes ridiculement attachant, ce spectacle offre la garantie d’une soirée haute en couleur de rire et de bonne humeur. 

Kimberly Akimbo
Image de Segolene Boulai

Segolene Boulai

Après une enfance bercée par les claquettes de Fred Astaire et la voix de Marnie Nixon, mon amour de la comédie musicale nait lors d'un inoubliable passage à Broadway pour voir "Matilda". Dès la fin du voyage, je me mets à grappiller toutes les informations possibles sur ce genre idéal pour moi qui ne veux pas choisir entre la danse, le théâtre, la musique et le cinéma. L'arrivée à Paris est l’occasion de découvrir la place croissante du spectacle musical en France, au-delà de tout ce que je soupçonnais. Et here I am ! ayant à cœur de partager toujours davantage cette passion, je rejoins l’équipe de Musical Avenue en 2021.
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