Stephen Sondheim fête ses 90 ans aujourd’hui !

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Le compositeur d’Into the Woods et Sweeney Todd souffle aujourd’hui ses 90 bougies. L’occasion rêvée de revenir sur sa carrière et de (re)découvrir ses œuvres majeures dans une sélection (non exhaustive) de ses chansons.

Broadway doit énormément à Stephen Sondheim, qui a contribué à façonner la comédie musicale actuelle. Même si vous connaissez peu son œuvre, vous avez pu entendre certaines de ses chansons dans des séries et films dernièrement, de “Send in the Clown” dans Joker à « Being Alive » dans Marriage Story
Actuellement, deux de ses œuvres sont à l’affiche à Broadway : West Side Story et Company (basé sur la production de Londres et mettant en scène Patti LuPone). Sunday in the Park with George devrait ouvrir sur le West End en juin prochain avec Jake Gyllenhaal (Le Secret de Brokeback Mountain ; Donnie Darko) à l’affiche. Côté grand écran, des adaptations de ses créations sont en préparation, dont Merrily We Roll Along, réalisé par Ryan Murphy, (Glee ; Pose) avec Ben Platt à l’affiche (Dear Evan Hansen ; The Book of Mormon), Passion pour la chaîne HBO, ainsi que Follies, basé sur la mise en scène de 2017 au Royal National Theatre à Londres. En prime, les amoureux du disco pourront apprécier la compilation de reprises Losing My Mind : A Sondheim Disco Fever Dream, disponible dès aujourd’hui.
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Bien que Stephen Sondheim soit peu joué en France, il existe de nombreux moyens pour se familiariser avec son œuvre. Des captations de ses comédies musicales (souvent avec les distributions originales) ou de concerts hommages sont facilement trouvables sur la toile (de façon légale).
Sondheim est réputé pour ses mélodies et plus particulièrement pour ses paroles. Il fait partie du petit clan d’artistes de Broadway qui manipulent aussi bien les mots que les notes. Pour fêter l’anniversaire du monstre sacré du théâtre musical, nous vous proposons de parcourir ses créations à travers ses chansons : 
West Side Story (1957) : “Something’s coming”
West Side Story, œuvre révolutionnaire de Broadway mêlant danse, drame et musique, marque les débuts de Sondheim sur la grande avenue en tant que parolier. Il avait seulement 27 ans à l’époque. Pour cette comédie musicale, le jeune compositeur collabore avec la crème de la crème : Leonard Bernstein (On the Town ; Candide), Arthur Laurents (Gypsy ; La Cage aux Folles), Jerome Robbins (Un violon sur le toit ;Bells Are Ringing), Hal Prince (The Pajama Game ; Le Fantôme de l’Opéra), et plus tard Robert Wise (La Mélodie du bonheur ; Star!) pour l’adaptation filmique. Bien que les musiques soient signées Leonard Bernstein, Sondheim compose tout de même quelques mélodies, dont celle de « Something’s Coming ».
« Something’s Coming » par Jimmy Bryant (voix) et Richard Beymer (acteur) : 
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Gypsy (1959) : “Rose’s Turn”
Gypsy est considéré comme l’une des meilleures comédies musicales intégrées (book musical en anglais), la forme de comédie musicale que nous connaissons maintenant. A nouveau, Sondheim se charge des paroles pour des musiques composées cette fois par Jule Styne (Funny Girl ; Les hommes préfèrent les blondes). Inspirée de la vie de l’effeuilleuse Gypsy Rose Lee, la pièce se concentre sur sa mère tyrannique et têtue, Rose, prête à tout pour que ses filles réussissent dans le music-hall. « Rose’s Turn », chanson finale de Gypsy, est l’un des « showstopper » les plus iconiques de Broadway.
« Rose’s Turn » par Patti LuPone :
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A Funny Thing Happened on the Way to the Forum (1962) : “Comedy Tonight”
Première œuvre de Sondheim dans laquelle paroles et musiques lui seront confiées. La production sera un grand succès et recevra même le Tony award de la meilleure comédie musicale. Néanmoins, bien que le public apprécie la partition, Sondheim encore trop anonyme à l’époque sera peu salué pour son travail. Le jeune talent n’est même pas nommé aux Molières américains pour sa composition. Il recevra tout de même la reconnaissance qu’il mérite pour Forum bien des années plus tard.
« Comedy Tonight » par Nathan Lane et la troupe de A Funny Thing Happened on the Way to the Forum :
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Anyone Can Whistle (1964) : “Anyone Can Whistle”
Anyone Can Whistle est le plus gros échec de Sondheim, avec uniquement neuf représentations à son ouverture. Cette œuvre était trop avant-gardiste et n’a pas trouvé son public. Pourtant, Angela Lansbury (Mame ; Arabesque) y fait ses débuts dans le rôle principal. Elle retrouvera Sondheim 15 ans plus tard dans Sweeney Todd. La chanson titre d’Anyone Can Whistle est l’une des compositions les plus douces et envoûtantes de Sondheim. Sa simplicité en fait son charme.
« Anyone Can Whistle » par Lee Remick : 
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Do I Hear a Waltz? (1965) : “We’re Gonna Be All Right”
Le mentor de Stephen Sondheim, Oscar Hammerstein (Oklahoma! ; Carousel), avait un souhait : que son protégé collabore un jour avec son associé, l’immense Richard Rodgers (South Pacific ; Anna et le roi). Ce fut chose faite après la mort d’Hammerstein avec Do I Hear a Waltz?. Malheureusement, les deux hommes sont trop différents et n’arrivent pas à s’entendre. L’un est très ancré dans le classicisme de Broadway qu’il a lui-même créé ; l’autre est inspiré par la modernité. L’association se passera très mal, à tel point que Rodgers proclamera à Sondheim à propos de la chanson “We’re Gonna Be All Right” : « ça, c’est de la merde ! » Do I Hear a Waltz? sonnera également la fin de la collaboration entre Sondheim et Arthur Laurents, avec lequel il avait travaillé sur West Side Story, Gypsy et Anyone Can Whistle.
« We’re Gonna Be All Right » par Jason Danieley et Marin Mazzie :
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Company (1970) : “Getting Married Today”
Avec Company, Stephen Sondheim entre dans une nouvelle ère, à la fois pour sa carrière et pour Broadway. Le compositeur a enfin réussi à se faire un nom et gagne une réputation qui ne cessera de croître. La comédie musicale sera sa première collaboration avec Hal Prince en tant que metteur en scène. Le duo régnera sur Broadway pendant toutes les années 1970 avec cinq créations, dont trois gagneront le Tony Award de la meilleure comédie musicale. Company raconte l’histoire d’un new-yorkais, trentenaire et célibataire qui n’arrive pas à s’engager. Tous ses amis sont en couple et se désespèrent de le voir seul. 50 ans plus tard, l’œuvre fait son retour à Broadway avec son rôle principal qui devient une femme. Preuve que Company a continué à évoluer pendant plusieurs années et a toujours trouvé un écho à toutes les époques. Quand on dit Company, on pense forcément à Patti LuPone et sa version de “Ladies Who Lunch”. Mais pour varier les interprètes, nous avons sélectionné un autre « showstopper » de la comédie musicale.
« Getting Married Today » par Katie Finneran :

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Follies (1971) : “I’m Still Here”
Un an après Company, Stephen Sondheim et Hal Prince se penchent cette fois sur la nostalgie dans Follies. Une ancienne troupe de music-hall se retrouve des décennies plus tard à l’occasion de la destruction de leur théâtre pour trinquer à leurs jeunes années. L’œuvre flamboyante contient quelques uns des plus beaux tubes de Sondheim : « Losing My Mind », « Could I Leave You », « Too Many Mornings »… Il est très difficile de n’en choisir qu’un. Mais on ne peut pas résister à Elaine Stritch qui chante “I’m Still Here”, alors âgée de 85 ans, pour le concert anniversaire des 80 ans de Stephen Sondheim. 
« I’m Still Here » par Elaine Stritch :
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A Little Night Music (1973) : “Send in the Clowns”
A Little Night Music est l’une des œuvres de Stephen Sondheim qui a eu le plus de succès à Broadway grâce à son aspect plus accessible. Pourtant, comme toutes les autres œuvres du compositeur, celle-ci est aussi subtile, riche et émouvante. « Send in the Clowns » deviendra le titre le plus connu de Sondheim, et restera la seule de ses chansons qui figure dans l’American Songbook (liste des standards du répertoire américain).
« Send in the Clowns » par Barbra Streisand :
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Pacific Overtures (1976) : “Someone in a Tree”
Pacific Overtures est une pièce unique inspirée de l’art japonais du Kabuki, qui met en scène une distribution entièrement asiatique. Elle retrace l’ouverture du Japon à la culture occidentale et aux Etats-Unis au XIXème siècle, racontée du point de vue des Japonais. Lorsque l’on interroge Stephen Sondheim, il affirme que sa chanson préférée parmi toutes ses compositions reste « Someone in a Tree ».
« Someone in a Tree » par la troupe de Pacific Overtures : 
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Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street (1979) : “A Little Priest”
Le duo Sondheim/Prince clôture les années 1970 avec terreur et grandiloquence dans le premier « thriller musical » de Broadway. Une œuvre comme aucune autre auparavant, mêlant drame, cannibalisme, musique et humour noir. Elle raconte l’histoire du barbier vengeur Sweeney Todd qui tue ses clients pour que sa voisine, Mrs Lovett, cuisine des tartes avec leur chair. Dans la chanson “A Little Priest”, qui démontre à merveille tout le génie de Sondheim, les deux associés du mal s’imaginent quels goûts auront les tourtes selon la position sociale de leurs « ingrédients » : les prêtres ont bon goût mais on n’en trouve que le dimanche, les violonistes sont trop filandreux, un avocat c’est coûteux, le primeur c’est bio… Un vrai délice !
« A Little Priest » par Len Cariou et Angela Lansbury :
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Merrily We Roll Along (1981) : “Not a Day Goes By”
Les années 1980 marquent un nouveau tournant pour Stephen Sondheim. Ses œuvres sont acclamées par les critiques mais font peu d’entrées. Merrily We Roll Along, le deuxième flop de Sondheim, ne fait pas exception avec seulement 60 représentations. Il faut dire que l’artiste n’a pas ménagé son public avec un concept une fois de plus assez original : la pièce commence à la fin et remonte le temps pour retracer le parcours de ses personnages à l’envers. A la suite de cet échec, Prince et Sondheim prendront des chemins différents tout en restant de grands amis. Par ailleurs, Stephen Sondheim poussera la chansonnette lui-même dans une version d’”Opening Doors” pour le documentaire Six by Sondheim, comme un pied de nez aux producteurs qui l’ont pressé de faire des chansons qu’on peut fredonner pour convenir au public.
« Not a Day Goes By » par Bernadette Peters : 
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Sunday in the Park with George (1984) : “Sunday”
Après le flop de sa précédente production, Stephen Sondheim trouve son nouveau tandem avec le librettiste James Lapine (Falsettos ; Le Bossu de Notre-Dame). Ensemble, ils collaboreront sur Sunday in the Park with George, Into the Woods et Passion. Leur première création est certainement la plus artistique de Sondheim. Celle-ci met en scène le peintre français Georges Seurat lorsqu’il peint Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte. La chanson « Sunday » clôture le premier acte de façon époustouflante en recréant sur scène et en direct le fameux tableau dont s’inspire la pièce. Grâce à cette œuvre complexe rendant hommage à l’Art et au pointillisme dans ses motifs musicaux, le compositeur décroche son prix Pulitzer, récompense majeure du journalisme et des arts. Une contrepartie réconfortante aux Tony Awards de cette saison, où la pièce perdra dans pratiquement toutes les catégories contre La Cage aux Folles
« Sunday » par la troupe de Sunday in the Park with George :
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Into the Woods (1987) : “It Takes Two”
La comédie musicale de Stephen Sondheim la plus connue en France grâce au film de Rob Marshall. Stephen Sondheim et James Lapine revisitent la psychologie des contes de fées. La même année sort le mastodonte Le Fantôme de l’Opéra d’Andrew Lloyd Webber (Evita ; Cats), le compositeur rival de Sondheim qui fête aussi son anniversaire aujourd’hui. Les deux créations seront en étroite compétition aux Tony Awards cette saison-là. Sondheim remporte le Tony Award de la meilleure composition, mais Webber gagne la catégorie reine de la meilleure comédie musicale de l’année.
« It Takes Two » par Chip Zien et Joanna Gleason :
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Dick Tracy (1990) : “Sooner or Later”
Stephen Sondheim compose également pour le cinéma (notamment Stavisky d’Alain Resnais, cinéaste qu’il admire beaucoup). Dans un style différent de ses habitudes, le compositeur tend le micro à Madonna pour le film Dick Tracy, et remporte un Oscar. Il ne lui manque maintenant plus qu’un Emmy Award pour réussir un PEGOT (Pulitzer, Emmy, Grammy, Oscar et Tony), qui consiste à remporter au moins une victoire dans chacune des récompenses américaines majeures en matière d’arts.
« Sooner or Later » par Madonna :
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Assassins (1990) : “Unworthy of Your Love”
Stephen Sondheim ne fait jamais rien comme les autres. Dans Assassins, il met cette fois à l’honneur les assassins de présidents américains. Sujet assez atypique, conformément aux habitudes de l’artiste, mais toujours avec des mélodies et des paroles profondes. L’année dernière, Ryan Murphy rendait hommage à la chanson « Unworthy of Your Love » dans sa dernière série, The Politician
« Unworthy of Your Love » par Ben Platt et Zoey Deutch :
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Passion (1994) : “I Read”
Pour l’une de ces dernières comédies musicales, Stephen Sondheim adapte sur planches le film d’Ettore Scola, Passione d’Amore. Le génie des mots parle souvent d’amour certes, mais très rarement en suivant les schémas habituels de Broadway. Ses couples se déchirent souvent, se séparent ou se trompent. Dans Passion, en revanche, il se concentre sur un amour sincère et puissant, au point d’en mourir. Cette année-là, Sondheim sera récompensé pour la sixième fois du Tony Award de la meilleure partition. Il reste à ce jour le compositeur le plus récompensé à l’équivalent américain des Molières avec huit statuettes dans toute sa carrière.
« I Read » par Donna Murphy :
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Joyeux anniversaire Stephen Sondheim !
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Philémon Heutte

Philémon Heutte

J'ai toujours été passionné par les comédies musicales depuis tout petit. Dans mon enfance, j'ai suivi des cours de musique, de théâtre et de cinéma. Comme je regardais "Chantons sous la pluie" en boucle, j'ai décidé d'apprendre les claquettes à 11 ans. A force de parler sans cesse de comédies musicales, j'ai rejoint l'équipe de Musical Avenue fin 2018 pour continuer à partager ma passion. J'ai une immense admiration pour Stephen Sondheim, ma première critique pour le site était une de ces œuvres pour mon plus grand plaisir.
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